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HORS-LES-MURS #8 – Le capitalisme en insuffisance respiratoire ?

Avec la fermeture de nombreux commerces et de pans entiers de l’économie, le ralentissement des échanges internationaux et la chute de la « croissance », la panique des bourses et l’injection massive de liquidités par les banques centrales, il est tentant d’accorder du crédit aux discours annonçant la fin prochaine de la « mondialisation », du néo-libéralisme, quand ce n’est pas du « capitalisme » lui-même. 

Placé en soins intensifs avec les gouvernements à son chevet, ce dernier vit-il ses derniers instants ? Maintes fois énoncée, la prophétie ne s’est jamais réalisée. Dès lors, faut-il plutôt nous attendre, dans le sillage des turbulences de l’après crise de 2008, à une nouvelle séquence de transformation du « système », voire de radicalisation de ses logiques sur fond de tensions sociales ?


L’économie française en état d’exception
 
(Mediapart)

En France, pour le journaliste de Mediapart Romaric Godin, l’économie aurait basculé dès la mi-mars, avec la mise en place du confinement, dans un mode de gestion « administré », au sein duquel l’État jouerait un rôle prépondérant : « Évidemment, l’économie marchande n’a pas entièrement disparu, loin de là. (…) Néanmoins, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle est en sommeil et l’État a pris le relais en assurant une création monétaire de substitution à cette création de richesses. »

La BCE lance un plan d’urgence historique pour calmer les marchés (Le Monde)

Pour éviter l’effondrement du secteur privé, le gouvernement a sorti l’artillerie lourde, annonçant 45 milliards d’euros en soutien aux entreprises et 300 milliards de garantie sur les crédits. Au niveau international, face aux marchés pris de vertiges, la Banque centrale européenne (BCE) annonçait de son côté « un plan de sauvetage colossal » de 750 milliards d’euros, tandis que les règles d’équilibre budgétaire étaient suspendues par la Commission européenne.

« L’enjeu de cette crise est de planifier la mutation de l’économie »  (Mediapart)

Pour l’économiste Cédric Durand, de telles politiques prennent « le contre-pied complet du dogme des « finances saines » qui vise, en réalité, à garantir au secteur privé le monopole du financement de l’économie. (…) Cette crise, poursuit l’enseignant-chercheur, rend visibles des instruments de politique économique que l’on écartait jusqu’ici. On comprend bien pourquoi elle constitue une opportunité de tourner définitivement la page du néolibéralisme. »

Pour autant, prévient l’universitaire, « il ne faudrait pas se bercer d’illusions. Rien ne se fera sans batailles sociales et politiques. (…) On ne peut que constater que le plus grand soutien est encore une fois accordé par les banques centrales aux marchés financiers, au secteur bancaire et aux très grandes entreprisesL’objectif des autorités reste de sauver l’économie telle qu’elle est, dans sa structure actuelle. »

« Si cette crise est très violente, on peut espérer qu’elle ne sera pas très longue » (Le Figaro)

Dans les milieux financiers, on table sur une crise transitoire et on pense le coup d’après. Tout en préconisant, selon les recettes habituelles, une «  baisse des impôts des entreprises » et « des aides fiscales à l’investissement », l’économiste « en chef » de la banque d’affaires Natixis, Patrick Artus, reconnaît la nécessité d’une « hausse des dépenses dans la santé, l’éducation », une « accélération de la transition énergétique », de même que des embauches de « personnel hospitalier, enseignants, policiers. » Les États, ajoute-t-il, voudront engager un rapatriement des industries stratégiques jusqu’ici délocalisées.

La fin de la mondialisation ? (Foreign policy)

La « mondialisation », telle que nous la connaissons, vit-elle ses derniers instants ? La revue états-unienne Foreign Policy (proche du camp démocrate) pose la question dans son dernier dossier. Si l’un des auteur.e.s juge que « la crise menace d’ouvrir la voie à un monde moins globalisé », d’autres estiment qu’elle débouchera plutôt sur une réorganisation géographique de la production. Laurie Garrett annonce ainsi « une nouvelle étape spectaculaire du capitalisme globalisé, qui verrait les chaînes d’approvisionnement rapprochées et garnies de surplus afin d’éviter de nouvelles ruptures. Ce qui pourrait réduire les profits à court-terme, mais rendre la totalité du système plus résilient. »

La capitalisme du coronavirus, et comment le combattre   (The Intercept)

Alors, « business as usual » ? La journaliste canadienne Naomi Klein tente d’attirer l’attention sur le risque d’une nouvelle « stratégie du choc » qui, en lieu et place d’une remise en question des orientations habituelles, verrait au contraire les gouvernements profiter de la crise pour approfondir les politiques néolibérales.

« Nous connaissons, illustre-t-elle, les plans de Trump : une stratégie du choc dans la pandémie. Privatiser la sécurité sociale, fermer les frontières, enfermer toujours plus de migrants. (…) Mais la fin de l’histoire n’est pas écrite. Nous avons aussi, à portée de main, un éventail d’idées alternatives. Beaucoup étaient jugées trop radicales il y a encore une semaine. Aujourd’hui, elles commencent à être considérées comme la seule voie raisonnable pour sortir de la crise. »

Crise et Reprise – Le coronavirus et l’économie aux États-Unis (Agitations)

Le devenir des marchés sera en tout état de cause lié à l’état de santé du cœur de la machine, à savoir l’économie états-unienne. L’historien Aaron Benanav, spécialiste du chômage, alerte sur les conséquences de la crise sur les classes populaires du pays, évoquant « un cataclysme en cours sur le marché du travail ». Et de prévenir : « 2019 aura été une année de soulèvements dans le monde entier. Attendez-vous à ce que 2020 en apporte davantage. »

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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HORS-LES-MURS #7 – Face aux violences domestiques, les réponses laissent sceptique

@dayofisa

Pour des milliers de femmes et d’enfants, le foyer n’est pas un lieu sûr. En période de confinement, il devient même un piège. « Ces dernières semaines, tandis que s’aggravaient les pressions économiques et sociales et que la peur s’installait, le monde a connu une horrible flambée de violences domestiques », a déclaré dimanche 5 avril le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avant de lancer un appel mondial à protéger les femmes et jeunes filles « à la maison ». 

En France, cette flambée était notable dès la première semaine du confinement. « En zone gendarmerie », ces violences ont augmenté de « 32% en une semaine », et, dans la zone de la Préfecture de police de Paris, elles ont été en hausse de « 36% en une semaine ».  Les mesures d’urgence adoptées depuis laissent celles et ceux qui travaillent de longue date sur des violences de genre sceptiques. En matière de droits des femmes comme à l’hôpital, les annonces grandiloquentes – et parfois déroutantes – ne suffisent pas à rattraper des années d’incurie.

Un phénomène mondial (France Inter)

Le phénomène est mondial. « En Chine, berceau de l’épidémie qui sort progressivement d’une quarantaine drastique de plusieurs semaines, l’association des Droits de la femme Weiping a fait état d’un triplement des violences rapportées », peut-on lire sur France Inter. Le même article fait état d’une « hausse de 25% des appels et des signalements sur le web au Royaume-Uni, des appels qui augmentent de 16% en Espagne, une augmentation de 40 ou 50% au Brésil, et de 20% au Texas. »

« Il n’est pas interdit de fuir » ( Nous toutes)

« Il est déconseillé de sortir, il n’est pas interdit de fuir », repète le collectif féministe #Noustoutes sur les réseaux sociaux. Une avocate spécialisée dans la défense des victimes de violences conjugales a même laissé son numéro de portable pour recevoir à toute heure du jour et de la nuit les appels à l’aide des femmes confinées avec un homme violent.

Déluge d’annonces, de numéros et de mesures d’urgence (Le Monde)

Depuis trois semaines, le gouvernement français multiplie les annonces : mise en place d’un dispositif d’alerte dans les pharmacies, possibilité de prévenir la police par SMS ; financement de 22 000 nuits d’hôtel pour faciliter les mises à l’abri et les éloignements, déblocage d’un million d’euros pour les associations etc.


« Certains commissariats ne prennent plus de plaintes » (La Croix)

Dans le même temps, les associations déplorent que « certains commissariats ne prennent plus de plaintes. » Elles demandent au gouvernement « des mesures pour que le conjoint violent soit confiné ailleurs, loin de ses victimes potentielles, jusqu’à la fin de la crise sanitaire ».

Une plateforme de logement pour permettre l’éviction des conjoints violents (Ouest France)

Le gouvernement a annoncé l’ouverture « d’une plateforme temporaire de logements, qui permettra l’éviction des conjoints violents. » La sécrétaire d’État en charge de l’égalité femmes- hommes, Marlène Schiappa, précise également que « les 20 000 nuitées d’hôtels supplémentaires que nous destinons aux femmes pourront également servir, en complément de cette plateforme, pour faciliter l’éviction du conjoint violent. » 

« Pour sauver des vies un SMS ne suffira pas » (Le Monde)

Des chercheuses spécialistes des violences de genre et des institutions judiciaires, affirment que ces mesures ne sont pas adéquates. « Pour sauver des vies, il ne suffit pas d’empiler numéros et mesures d’urgence. Surtout quand ces mesures sont imposées à des fonctionnaires épuisé·es, insuffisamment formé·es et en sous-effectif ou tout simplement déléguées à des associations aux budgets insuffisants. En temps normal, le système est déjà asphyxié. Cela fait vingt ans qu’en matière de violences conjugales, l’Etat vote des lois sans engager les dépenses qui les rendraient efficaces », expliquent-elles dans une tribune publiée dans Le Monde. 


« Les hommes qui exercent des violences ne s’arrêtent pas d’eux-mêmes. » ( Le Monde)

Depuis le 6 avril, un numéro destiné aux auteurs de violences baptisé « Ne frappez pas » a été mis en place. Ce dispositif, basé sur la responsabilité individuelle de l’agresseur, laisse sceptique les chercheuses de cette tribune. « La violence conjugale ne se résume pas à un simple conflit de couple qui aurait dégénéré. Elle engage des rapports de domination et des pratiques de contrôle complexes qui alimentent le danger. Les hommes qui exercent des violences sur leur partenaire ne s’arrêtent pas d’eux-mêmes ».

Un manque de moyens chronique (Mediapart) 

En novembre dernier encore, le Premier ministre annonçait quelques mesures sans moyens supplémentaires. Les conséquences s’en font sentir aujourd’hui. « L’annonce principale c’est que le Premier ministre confirme qu’ils ne mettront pas un euro supplémentaire sur la table», déplorait alors la militante féministe Caroline de Haas.

Photo : Image extraite du compte Instagram Collages féminicides Paris. Collage virtuel réalisé par @dayofisa le 4 avril 2020.

@dayofisa
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Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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HORS-LES-MURS #6 – Amazon à plein régime, les salariés en première ligne

Un porte-gobelet gonflable en forme de licorne. Un masque exfoliant pour les pieds. Un mug en céramique à l’effigie de Kim Jung Un. Des pinces à chignon. Le 2 avril dernier, l’ONG Les Amis de la Terre lançait sur Twitter un jeu concours où les internautes devaient publier les objets les plus absurdes que proposait Amazon. Le but : prouver que le site américain ne se contente pas de livrer des produits essentiels, comme il s’était engagé à le faire.

Profitant des nombreux commerces fermés, la multinationale dirigée par Jeff Bezos pourrait profiter de la crise pour étendre son activité. Ses salariés, en première ligne face à l’épidémie, sont-ils suffisamment protégés ? L’activité d’Amazon et des plateformes logistique peut-elle être maintenue dans des conditions sanitaires satisfaisantes ? Hors-les-Murs vous propose une sélection de sujets plongeant dans les entrailles de la plus grande plateforme de vente en ligne du monde, qui incarne notre dépendance au secteur de la logistique.

Pour les syndicats, une impossible protection des travailleurs  (20 Minutes)

Mis en cause dès la première semaine du confinement, Amazon a assuré mettre en place toutes les mesures nécessaires. Des promesses jugées bien vaines pour les syndicats. « Sauf à habiller les salariés en cosmonautes, les règles de distanciation ne peuvent pas être observées. La concentration des travailleurs les rend inopérantes », a déclaré Laurent Degousée, représentant de Sud Commerce, le premier syndicat au sein d’Amazon en France. Tous réclament la fermeture des sites afin de protéger les salariés.

Des employés testés positifs sur le site de Brétigny-sur-Orge  (Bastamag)

Selon la CGT, quatre personnes auraient été diagnostiquées positives au COVID dans l’entrepôt de Brétigny-sur-Orge. Un salarié terrorisé témoigne sous anonymat : « Lorsque nous venons sur le site avec nos propres protections personnelles, la direction nous dit que l’on va faire peur aux gens et qu’on ne peut pas venir travailler comme ça. Ils nous les font enlever. Nous n’avons aucune protection. La direction nous force à prendre des congés payés si on vient travailler avec masques et gants. Des gens risquent leur vie. »

Les livreurs en première ligne face à l’épidémie  (Reporterre)

« Je n’ai pas le droit d’aller voir ma famille ni mes amis, par contre, je dois livrer 90 clients dans la journée, toucher 90 interphones, portes, etc. Ça n’a aucun sens. » Au bout de la chaîne de distribution, les livreurs, bien souvent des sous-traitants, travaillent la peur au ventre. « La livraison à domicile peut créer de nouvelles chaînes de contamination. Le gouvernement n’a rien anticipé, il a pris des mesures en état de panique cognitive. Il n’y a eu aucun calcul bénéfice/risque entre les différentes stratégies », juge Laurent Gerbaud, professeur de santé publique au CHU de Clermont-Ferrand. 

Une épidémie qui bouleverse l’ensemble de la chaîne logistique (Acta)

Au-delà d’Amazon, c’est l’ensemble de la chaîne logistique qui se retrouve bouleversée, révélant notre dépendance aux réseaux de stockage et de transport. Dans la plateforme du groupe Geodis à Gennevilliers, où transitent notamment des colis d’Amazon, un employé a été testé positif au COVID 19. Ses collègues ont entamé un véritable bras de fer avec l’entreprise pour obtenir la mise en place de mesures sanitaires.

«Je n’ai jamais vu autant d’activité dans mon entrepôt Amazon» (Le Monde diplomatique)

« Partout dans le monde, les travailleurs des entrepôts logistiques Amazon font face à un afflux inédit de commandes. Que se passe-t-il dans les gigantesques plates-formes de la multinationale américaine ? »

Les appels à la grève se multiplient dans le monde  (Le Monde)

Pour faire respecter les mesures sanitaires, des employés Amazon de plusieurs pays ont menacé de se mettre en grève comme en Italie. Aux Etats-Unis, Chris Smalls, un employé qui a co-organisé une grève dans un site de Staten Island, à New York, a été licencié. En France, certains employés appellent la grève, tandis que d’autres veulent exercer leur droit de retrait. 

Et si Amazon soutenait les librairies ? (Actualité)

Les livres, un produit de première nécessité ? Puisque la question de la réouverture des librairies un temps évoquée n’a pas fait long feu, beaucoup craignent qu’Amazon ne gagne des parts de marché. Pour contrer cela, certains libraires appelent à un boycott, alors que d’autres proposent que le géant américain participe au fond de soutien aux librairies indépendantes envisagé par le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, pour relancer la chaîne du livre après la fin du confinement. 

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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HORS-LES-MURS #5 – Le scandale des masques : mensonges d’État et consignes erratiques

Des annonces triomphales qui masquent mal une pénurie réelle, des stocks stratégiques évaporés, des tutoriels de fabrication publiés par des autorités sanitaires, des annonces pétaradantes de « pont aérien » avec la Chine, des États qui se ruent vers « l’or blanc » jusqu’à détourner des cargaisons sur les tarmacs… Chaque jour ou presque, le feuilleton des masques de protection s’enrichit d’un nouvel épisode invraisemblable. Ils sont devenus l’emblème de la gestion erratique, voire calamiteuse, de la pandémie par les autorités politiques et sanitaires. Vous n’avez pas tout suivi ? « Hors les murs » vous propose un petit récapitulatif. 

Le port du masque pour le grand public est encouragé, voire obligatoire, dans de plus en plus de pays. (LCI)

Après la Corée du Sud et Taïwan, où le port du masque en public est répandu depuis les débuts de la pandémie, plusieurs pays emboîtent le pas. Aux USA, Trump a « recommandé » aux citoyens de se doter de masques artisanaux le 3 avril. En Italie, une nouvelle ordonnance oblige à se protéger le nez et la bouche lors des sorties, y compris avec un foulard. En Slovaquie, le port du masque est maintenant obligatoire à chaque sortie. La République Tchèque encourage la confection de masques maison. En Autriche, à partir du 6 avril, les commerces devront donner gratuitement un masque bouche-nez à chaque client. En Ouzbékistan, les masques sont obligatoires dans toutes les grandes villes depuis le 29 mars. Pendant ce temps là, l’OMS s’en tient toujours à sa position initiale, craignant que le port généralisé diminue la rigueur des gestes barrières. Une réflexion est cependant en cours. « La pandémie évolue, les preuves et nos avis aussi » a déclaré son directeur, Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Début avril, changement dans la stratégie française  (Le Parisien)

Le 3 avril, l’Académie de Médecine française a recommandé que le port de masques grand public, « alternatifs » auxmodèles  chirurgicaux, soit obligatoire pour toute la population. Jusqu’alors, les autorités politiques et sanitaires considéraient que la transmission par aérosol des personnes asymptomatiques restait négligeable et que l’application stricte des « gestes barrières » était suffisante. Celles-ci martelaient sur tous les tons qu’il ne servait à rien que le grand public se dote de masques – « ça n’est pas nécessaire de porter des masques dans la rue », disait Olivier Véran, le ministre de la Santé le 25 mars. 

Quand l’État ment autour de la pénurie. (Mediapart)

Une enquête de Mediapart a révélé les dysfonctionnements et les mensonges au sommet de l’État, qui ont conduit à la pénurie actuelle de masques chirurgicaux. Nous vous résumons ici ses principales conclusions : 

  • « Fin janvier et début février, le ministère de la Santé, conscient de la faiblesse des stocks d’État, n’a décidé de commander qu’une très faible quantité de masques, malgré des alertes internes.
  • Après ce premier fiasco, l’État a créé, début mars, une cellule interministérielle dédiée à l’achat de masques. Mais lors des trois premières semaines de mars, la cellule n’a pu obtenir que 40 millions de masques – une semaine de consommation au rythme contraint actuel. La cellule a notamment raté plusieurs possibilités de livraisons rapides.
  • Le gouvernement a caché cette pénurie pendant près de deux mois et, en fonction des stocks, a adapté ses consignes sanitaires sur le port du masque. 
  • Des entreprises dans des secteurs « non essentiels » de l’économie ont continué à consommer des masques, pour des raisons économiques. Exemple : l’avionneur Airbus, qui semble avoir bénéficié d’un traitement de faveur. 
  • Le gouvernement tente désormais de renflouer les stocks, avec une stratégie à 180° : il faut préparer la sortie de confinement, « où on sait qu’il faudra massivement équiper la population», ainsi que l’a admis la secrétaire d’État à l’économie, Agnès Pannier-Runacher, dans une réunion dont Mediapart a obtenu l’enregistrement. »

Quand les politiques de préparation à la pandémie des années 2000 sont oubliées (Revue Cairn)

Pour le sociologue Didier Torny, la pénurie actuelle de masques n’est pas uniquement imputable à la calamiteuse gestion de crise du gouvernement français. « Non seulement il n’y a pas eu de préparation en amont, mais c’est la pensée même de ce qu’est une préparation à la crise qui semble totalement absente des actions gouvernementales. […] Mais tout ce travail effectué dans les années 1990 et 2000… il ne semble rien en rester […] ! Le problème des masques n’est qu’une des conséquences, la plus immédiatement visible, de la disparition de cette forme de pensée. »

Les politiques de « préparation » à une pandémie – un risque connu et jugé comme « certain » par l’OMS depuis le début des années 2000 – développées entre 2004 et 2012 ont été oubliées, sacrifiées sur l’autel d’une logique comptable court-termiste. À la fin des années 2000, le stock stratégique de santé dépassait le milliard d’euros – près de 250 millions pour les masques. Mais la gestion de la pandémie de H1N1 en 2009 par les autorités est considérée comme trop dispendieuse. À partir de 2012, « la démobilisation et les coupes budgétaires vont réduire à presque rien ces dispositifs de préparation, dans une indifférence politique générale. » S’en suit la situation actuelle : « 1, on n’a pas les masques, 2, on n’a pas les tests, 3, on n’a pas les autres protections et 4, on n’a rien préparé… Il ne reste alors que des mesures extrêmes comme le confinement et la mise à l’arrêt d’une grande partie du fonctionnement économique et social. » 

Quand la principale usine de masque française a été sacrifiée du fait du désengagement de l’État  (France Inter)

« Alors que la France manque cruellement de masques face à l’épidémie de coronavirus, l’entreprise française de Plaintel, installée en Bretagne, qui pouvait en fabriquer jusqu’à 200 millions par an, a fermé en septembre 2018 après avoir été rachetée par un groupe américain ». L’État, qui était son premier client, s’est désengagé à partir de 2010. « À l’époque, la fermeture de l’usine a été considérée comme un non-évènement, s’indigne Serge Le Quéau, militant au syndicat Solidaires des Côtes-d’Armor. Jamais la question de l’utilité sociale de cette production de masques n’a été abordée. C’est la logique du marché qui a prévalu. Fabriquer des masques à un moindre coût en Chine ou en Tunisie paraissait sensé pour nos responsables politiques et économiques. On voit bien aujourd’hui que c’est totalement absurde!  »

La ruée internationale vers les masques en Chine (Courrier International)

« Pris au dépourvu par la pandémie, incapables de les produire eux-mêmes en nombre suffisant, les pays, notamment occidentaux, cherchent des milliards de masques, principalement en Asie : une situation qui conduit à faire fi des règles et du fair-play censés prévaloir dans les échanges économiques mondiaux ».

Historique de du port des masques en cas d’épidémie (New York Times) (Version française ici)

Les masques anti-épidémies, tels que nous les connaissons aujourd’hui, furent inventés en Chine il y plus d’un siècle, lorsque l’État Chinois tenta pour la première fois de contenir une épidémie par des moyens bio-médicaux en 1911. (…) Les masques n’étaient pas seulement un outil effectif de protection : ils servirent aussi d’excellents outils de communication publique pour affirmer la position de la Chine comme puissance moderne et scientifique. Le Docteur Wu le savait bien. Il s’assura que ses opérations anti-épidémiques soient méticuleusement photographiées, faisant de son masque un emblème des connaissances pionnières de la Chine, en avance sur la médecine de l’Ouest.

Les photos firent sensation à l’international : entre janvier et mars 1911, les journaux du monde entier publièrent des photos des masques du docteur Wu – qui ressemblent beaucoup aux fins masques blancs que nous connaissons aujourd’hui. Pas chers, faciles à produire et à porter, et dans la plupart des cas efficaces, ce fut un triomphe. Quand la grippe espagnole de 1918 frappa, les masques furent immédiatement adoptés. 

Pourquoi devrions-nous tous porter des masques (Medium)

« Compte tenu de l’objectif déclaré d’ « aplatir la courbe », toute réduction supplémentaire, même partielle, de la transmission serait la bienvenue – même celle que permettent les masques chirurgicaux ou les simples masques faits maison, qui n’aggraveraient pas les problèmes d’approvisionnement. Les dernières découvertes biologiques sur l’entrée du virus dans les tissus humains, de même que la balistique des gouttelettes de toux ou d’éternuement suggèrent que le principal mécanisme de transmission ne se fait pas par les aérosols fins mais par les grosses gouttelettes, ce qui justifie le port de masques chirurgicaux par tous. »

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

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Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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Hors-les-murs : nouvelles quotidiennes d’un monde bouleversé

Comprendre, maintenir notre capacité à agir

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

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Pour retrouver tous nos articles, c’est par ici >>> https://covid-entraide.fr/category/hors-les-murs/

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