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Témoignage spontané depuis Saint-Nazaire (2) – La ville

Un habitant de Saint Nazaire a fait parvenir deux précieux retours d’expérience spontanés à covid-entraide. La seconde partie parle de la tentative de créer un réseau à l’échelle de la ville :

En même temps que je tentais de développer un groupe d’entraide dans mon quartier, j’ai essayé de créer un réseau sur la ville de personnes voulant s’impliquer dans l’esprit « covid’entraide ». Autant mon groupe de quartier se développe pas mal, autant ce cadre de coordination sur la ville patine un peu.

On a commencé dès le début du confinement à partir d’un petit groupe de personnes engagée, Avec la création d’une mailing liste et un référencement sur le site covid’entraide. Une trentaine de personnes.  Cette liste a commencé à servir à échanger un peu tout pas forcément en lien avec l’entraide (des lectures, des réactions sur l’actualité, …) puis s’est tarie : une première semaine avec envie d’agir mais sans trop savoir comment puis devant les difficultés, ça s’est endormi dans le confinement. Pour l’entraide à destination des « personnes les plus vulnérables » (SdF, les migrants, les femmes battues , …) c’est les réseaux associatif de terrain qui ont fait le boulot, très bien, d’ailleurs, alors que les acteurs plus institutionnels étaient dans les choux.

Une page facebook a été crée, rassemblant vite une centaine de personnes mais n’est pas très vivante et utile. Un autre groupe facebook crée et référencée sur la carto par une personne inconnue rassemble plus de 400 personnes mais son activité reste également limité (posts anecdotique, tuto masques, confection blouse pour l’hosto, une ou deux offres/demande d’entraide, photos de ses activité pour s’occuper pendant le confinement, …). Pas familier et fan de facebook, je ne m’y suis pas trop investi. A tord sans doute.

Puis j’ai tenté de lancer des « AG virtuelles » en utilisant Jitsi et un pad. Et en tentant d’inviter du monde à partir de différentes listes mail militantes et en faisant référence à la plate forme Covid’entraide. Peu de retours, silence radio. J’ai ajouté petit à petit à notre mailing liste, quelques personnes qui ont témoigné de l’intérêt pour la démarche. On a fait trois réu en ligne, un peu chaotiques et peu productives : à cause de l’obstacle de la technique (difficultés à se connecter, à avoir un bon son, pas à l’aise avec l’outils) ainsi que la difficulté à construire une conscience collective autour de ce qu’on cherche à faire. Toujours le « débousollement » et la « tétanie ».

Les réseaux militants, sur lesquels j’ai au début pas mal misé (aussi parce que c’était l’essentiel de mes réseaux) ont globalement été sur la touche  : effet de sidération, tentation de reproduire les schémas habituel devenus inopérants, posture dominantesur « il faut préparer l’après » sans arriver à imaginer des choses pour le « pendant », et toujours cette difficulté fréquente à aller vers les « gens normaux » qui ne sont pas d’emblée dans un discours très politique. Je m’excuse d’être un peu sèvère mais quand même.

Au final c’est avec des personnes un peu « neuves » (certes politisées mais qui évitaient un peu les cadres organisés du mouvement social et politique) que j’ai cherché à construire les choses, petit à petit, à force de coups de fils personnels pour discuter, inventer, proposer des pistes, des choses à essayer. Et pour ces gens qui arrivent, il faut, malgré l’envie, du temps pour construire un « imaginaire des possible » et trouver les moyens de les mettre en œuvre.

A la quatrième réu en ligne, on a réussi à être une quinzaine en utilisant une conférence téléphonique + Pad (techniquement plus robuste). Mais encore une fois la discussion est restée beaucoup polarisée par les militant.e.s sur « comment on arrive à s’exprimer et dénoncer ce qui ne va pas ». Développer des groupes de quartier ne semble pas être sinon une priorité, au moins quelque chose qui demande une action concertée et volontaire (« ça se fait tout seul »!). Des groupes de quartiers commencent pourtant à exister (entre 4 et 5 sur la ville). Soit suite à une démarche volontariste comme je l’ai fait dans le mien, soit grâce à des associations de quartier déjà existantes. On n’arrive pas encore à se connecter à ce qui existerait et qu’on ne connaît pas. La dynamique reste encore faible et demanderait à être entretenue et développée mais on n’arrive pas encore à bien s’organiser à l’échelle de la ville pour le faire. Et pour le moment on n’a pas encore de vrai coordination et échanges d’expériences. 
Un autre chantier qui émerge est celui des circuits courts avec les petits producteurs. La demande explose, certains sont débordés, d’autres n’arrivent pas à écouler leur production. On en a recensé plein sur un pad mais on peine à aller plus loin : il y aurait un potentiel de developpement de chose la dessus, en arrivant à relayer ça dans les groupes de quartier mais c’est un gros chantier qui demande une équipe pour le porter.

A quelques un.es, on est en train de bosser à mettre en place une page web qui présente un peu où on en est et ce qu’on cherche à faire pour pouvoir communiquer plus largement et raccrocher du monde à notre petit réseau. Tout ça est tellement lent que des fois je suis content (pardon!) que le confinement dure longtemps et que même après le 11 mai ça risque de rester très compliqué !

En conclusion :

– La construction d’un réseau de personnes qui partage une vision commune et la mise en place d’une structure de travail est lente et laborieuse.

– la question des outils de communication est importante : pas mal de monde n’est pas à l’aise avec, il faut un apprentissage, des expérimentations. Et les tests multiples avec des outils différents on mis certain.e.s à rude épreuve.

– les schémas mentaux sont long à faire évoluer, à réinventer. Le tâtonnement est nécessaire et le découragement vient vite. Surtout dans ce contexte où on ne se sent pas toujours bien soi même, isolé chez soi avec un sentiment d’impuissance, à juste « attendre l’après » en rongeant son frein.

Se convaincre qu’il y a des choses à faire et trouver les solutions pour les faire semble coûteux en énergie mentale et demande des ressources personnelles très inégalement partagées.

Ca ne fait qu’un mois finalement. Sans doute je suis trop impatient. On va voir comment ça évolue. A suivre…

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Témoignage spontané depuis Saint-Nazaire – dans un quartier

Un habitant de Saint Nazaire a fait parvenir deux précieux retours d’expérience spontanés à covid-entraide. La première partie parle de la tentative de constitution d’un groupe de quartier :

Avec deux couples de voisins ont s’est d’abord motivé pour lancer le truc. Rédaction d’un flyer (imprimé A6 avec imprimante) et distribué dans une dizaine de rue avoisinantes + affiche dans les hall d’immeubles.   

Il invitait à se serrer les coudes, à se manifester en cas de difficultés ou pour proposer son aide. 

En une semaine, on a reçu une quinzaine de sms ou coup de fil de personnes intéressées pour aider mais aucune demande d’aide. On a compilé tous ces contacts dans un tableur en ligne. On a pris contact téléphonique avec tout le monde pour faire connaissance. On a créé une boucle de mail et un groupe whatsapp avec celles et ceux qui voulaient. En utilisant un Pad  on écrit l’état de notre réflexion, envie et projets.  Chacun à pris contact avec ses voisins pour faire connaissance, signaler l’existence du groupe d’entraide et voir si des personnes ont des besoins (personnes agées, …). On a ainsi des sortes de « référents de rue ». 

On a ensuite tenté une première réunion virtuelle, d’abord en utilisant Jitsi (ce qui permettait de se voir c’est plus sympa) mais techniquement c’était pas très fiable (son chaotique pour certains, …). La deuxième fois on a préféré une conf téléphonique (service gratuit OVH). Les réus se passent donc au téléphone avec un pad ouvert devant les yeux où on écrit nos idées, le « clavardage » (chat du pad) servant à prendre la parole ou échanger par écrit. Une personne doit bien animer la réu pour que ce soit pas trop chaotique. 

Après trois semaines, on a refait un flyer/affichette pour redire que le groupe existait et lister plus en détail le type de services qu’on voulait se rendre et on a élargi un peu le périmètre.  Depuis, pas une journée ne passe sans qu’une ou deux personnes ne se manifestent pour prendre contact, nous féliciter pour l’initiative, pour proposer son aide et au final rejoindre le groupe. Nous somme une trentaine de personnes plus les voisins directs en contact avec chacun.e de nous. 

Alors certes, on ne fait pas grand-chose d’extraordinaire en soit en terme d’entraide. On n’a pas (encore ?) « sauvé » des gens en détresse ! Le quartier n’est pas un quartier populaire, ni trop bourgeois non plus. Mais c’est clair que ce n’est pas ici que la précarité est la plus forte et que les conditions de confinement sont les plus dures.

On a recensé les « compétences » de chacun.e (bricolage, informatique, courses, mécano, …). Une personne a donné son numéro de tel pour servir de standard et redispatche les demandes de coup de main (par sms, whatsapp, tel). Imprimer un doc pour quelqu’un sans imprimante, dépanner une voiture en panne, déboucher un wc, faire des course pour une personne âgée,  se prêter des outils de jardin, s’échanger des fabrications culinaires, refaire marcher la TV d’une mamie, … Plein de petits services qui sont autant d’occasion de se rencontrer, de faire connaissance, de mailler notre quartier et de rencontrer de nouveau voisins.

On a tenté de monter des ravitaillements collectifs (commande groupées à des petits producteur) mais ça n’a pas encore bien pris vraiment : le marché est juste à coté et sortir faire ses course reste une activité à laquelle chacun tiens pour prendre l’air et voir un peu de monde, quitte à faire la queue un peu longtemps. Mais on garde l’idée et on la teste plus ponctuellement…

Il y a sans doute plein d’idées qu’on a pas encore exploré. Mais on a un réseau en place.

Il a fallu, pour porter la dynamique, un peu de volontarisme et quelqu’un.e.s n’ont pas hésité à se voir en réel pour discuter, se motiver. Et pour que cela vive il faut à la fois inciter les membres à prendre des initiatives sans attendre d’en parler à tout le monde, avec ses voisins directs ou les personnes avec qui il y a plus d’affinités (les contacts de tout le monde sont à disposition en ligne). Mais il faut aussi « animer » le groupe, organiser les réu en ligne, faire circuler les infos, … Parce qu’on n’est pas très sûr de nous, parce qu’on se demande si c’est vraiment utile. Parce que ce confinement tend à nous replier sur nous même. Mais en même temps, il y a la satisfaction de créer du lien, de faire connaissance avec des gens sympas du quartier qu’on ignorait jusqu’à présent, les retours positifs des personnes qui ont reçu le flyer et nous félicitent de l’initiative. tout cela aide à entretenir la dynamique. On a commencé en fait à recréer un semblant de « vie de village » qui n’existait pas  vraiment avant dans notre quartier et cela semble constituer pour tout le monde une  bouffée d’air frais de grande valeur. Effet totalement paradoxal du confinement !

Quelle valeur ça a ce petit réseautage et est-ce que ça mérite l’énergie qu’il faut y mettre ? Je ressens du scepticisme régulièrement auprès de mes réseaux militants habituel. Cela m’a fait douter. Mais au final pas de regrets :  visiblement ce contexte est une occasion unique de sortir de notre entre soi, d’apprendre à s’auto-organiser localement autour d’un état d’esprit, l’ « entraide », qui est précisément celui qui faisait bien défaut dans notre société. Et puis mes voisins ont vu mes pancartes « confinés mais pas bâillonnés » à mes fenêtres et plusieurs ont apprécié… P’têt qu’ils feront bientôt pareil et que certains m’aideront à aller remettre des flyers dans le quartiers pour une prochaine initiative ?

Après la fin du confinement, l’épidémie continuera certainement sous une forme ou une autre et nous risquons de connaître d’autres phases comparables. Je fais le pari que tout l’énergie investie pour construire ce genre de réseau est un investissement de valeur pour la suite.

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Entraide Covid Agen

Dans le Lot et Garonne, Régis, déjà très actif dans l’entraide et la solidarité locale, a lancé un groupe Facebook pour l’agglomération agenaise. Entretien.

[VERSION COURTE POUR DIFFUSION ICI]

Racontez nous comment Entraide Covid-19 Agen s’est créé.

Ces groupes d’entraide, c’est quelque chose que j’essaie de faire depuis longtemps. J’en avais déjà créé ces dernières années, mais qui n’avaient jamais été efficace parce que l’entraide n’existe que lorsqu’elle est nécessaire. J’adore l’entraide. J’ai été bénévole dans beaucoup d’associations : Protection Civile, Restos du cœur, Secours Catholique je sais donc comment ça se passe, où est-ce qu’il y a besoin d’aide.

Au début du mois de mars, je me suis rendu compte que des gens allaient avoir besoin d’aide. J’ai créé mes propres flyers que j’ai diffusé dans les immeubles autour de chez moi. Pas mal de mamies ont commencé à me demander de l’aide, pour les courses, le jardinage… Je suis également inscrit sur un groupe Facebook qui s’appelle « on sait que tu as vécu à Agen si… ». J’ai vu que les gens commençaient à avoir peur à cause du confinement, et dès le 17 mars les gens diffusaient des annonces pour demander de l’aide suite à leurs craintes. J’avais dans l’idée de créer un vrai groupe d’entraide covid-19. J’ai attendu car je me suis dit que cela allait refaire comme avant. Et puis je savais que ça me prendrait beaucoup de temps. Une semaine plus tard, je me suis finalement lancé en lien avec le groupe Facebook « on sait que tu as vécu à Agen si », et très rapidement le groupe a grossit et nous sommes bientôt mille personnes.

Quel est votre secteur ?

Maintenant le groupe est sur Agen et toute son agglomération. L’agglomération agenaise compte une dizaine de communes pour environ 100000 habitants. J’ai d’abord commencé très localement, autour de chez moi, avant que ça s’étende. Je fais partie de la réserve civique agenaise, et donc j’ai pu faire des petites actions comme distribuer des attestations aux plus anciens. Et je voyais de plus en plus de gens qui avaient des besoins spécifiques. J’ai discuté avec le CCAS, et avec quelques amis sur facebook… A ce moment les Restos du cœur, le secours catholique ont fermé. Je voyais qu’il y avait une vraie demande.

Il y avait cette réserve civique qui se mettait en place au niveau national covid-19 sauf que sur Agen ça a mis beaucoup de temps. Les gens avaient beaucoup de demandes au niveau alimentaire et je voyais qu’au niveau psychologique des gens allaient sûrement craquer.

…Du coup vous avez créé le groupe ?

Oui. Quand j’ai créé entraide-covid-19 Agen je croyais que ça existait déjà dans le coin, sauf que non. Donc quand j’ai commencé le groupe j’ai vu que énormément de gens se sont inscrits et avaient besoin d’un tel espace pour échanger. A partir du moment où il y a eu 500 membres : les gens diffusaient des annonces, demandaient de l’aide par eux-mêmes. On ne sent pas énormément la maladie ici en fait, on a eu très peu de cas, six morts dans la région, les gens n’ont pas de ressentis sur la maladie. Ce qui fait que la problématique a plutôt été le confinement. Les gens ont surtout été demandeurs par rapport à leurs courses, à la vie quotidienne. Dans le groupe on s’est aperçu que les gens avaient envie de consommer local par exemple.

Quelles sont les activités principales du groupe ?

Je dirais qu’il y a quatre caractéristiques du groupe qui se sont principalement révélées :

1. Les masques et leurs couturières : on a même créé un autre groupe spécifique pour cela depuis que le gouvernement a décidé que les masques allaient devenir obligatoires, mais moi ça fait longtemps que je suis en relation avec plusieurs couturières. Très vite des gens ont voulu se faire de l’argent, ça a commencé à être problématique, on a décidé que les annonces des masques ne devaient pas être commerciales mais on accepte les échanges.

2.Les protections et les visières. Un monsieur est venu me voir : « j’ai une imprimante 3D, en France des gens commencent à fabriquer des visières un peu partout ». Il m’a demandé : « est-ce que je peux mettre un lien sur ton groupe ? » Là je suis passé sur le site national des makers, je lui ai conseillé de créer son propre groupe et ça a eu du succès.

Pour les protections comme pour les masques on essaye de trouver des tissus, des matériaux utiles… je me bats avec la mairie d’Agen pour avoir des subventions pour les makers. En tant qu’ancien de la protection civile, j’ai fait faire des visières pour eux, à mes frais. Pour les makers, la difficulté c’est que la seule solution serait de créer une association… Le problème, c’est que les services de la préfecture sont fermés, et puis surtout qu’ils sont tellement demandé pour leurs protections qu’ils ont juste pas le temps !

C’est vraiment compliqué… comment est-ce qu’ils vont arriver à fournir pour les établissements qui vont rouvrir au fur et à mesure ? Ils sont 16 bénévoles, et ils payent de leur propre poche le matériel pour soutenir les soignants – pendant trois semaines ils ont bossé que pour les hôpitaux – puis au fur et a mesure ils fournissent les ephad, les infirmières, les médecins…

3. Les producteurs, c’est 80% des annonces. D’un côté il y a celles et ceux qui réclament d’avoir des légumes à domicile, et de l’autre les producteurs qui cherchent à écouler puisque les marchés sont fermés. Ils ont commencé à publier sur le groupe, ça a eu un succès fou. A un moment donné une productrice locale qui vend ses légumes a dû annuler l’annonce car elle était débordée par les demandes ! On a aussi des producteurs de lait, de miel, de fromage, de fleurs… Alors là ça reste commercial, on ne peut pas faire de l’entraide ou du troc là-dessus. On arrive à le faire sur les protections, les visières mais pas sur l’alimentaire. Et on a également maintenant les restaurateurs qui font de la livraison à domicile : ça reste une forme d’entraide je trouve : car sinon tous ces commerçants vont mettre la clé sous la porte ! Moi je leur ai apporté un endroit où ils pouvaient diffuser et ça marche plutôt bien.

4. Enfin on a un dernier bloc, vraiment sur l’entraide : « je n’ai pas de voiture qui peut aller me faire les courses ? »

On a également fait un peu de soutien psy mais sans dépasser nos compétences… mais a priori le CCAS a l’air de dire qu’il n’y a pas eu de réelle augmentation des violences domestiques. Au début ça m’a beaucoup inquiété, la santé mentale des gens. J’ai demandé à une psy qui m’a dit que les centres de psychothérapie avaient fermé… J’ai demandé si le gouvernement n’avait pas dit quelque chose de spécifique sur la question psy. Elle m’a répondu que non. Du coup quand j’ai commencé à créer ce groupe d’entraide on a longuement réfléchi à trouver des solutions pour mettre en place une entraide psychologique, mais on n’a pas continué au final, parce qu’on n’est pas des professionnels. Quand tu dois gérer des gens qui crisent, c’est pas évident… sur le groupe on s’est dit qu’on ne gérait que les urgences en les relayant. Au bout de quelques temps il y a eu enfin la mairie qui a laissé un numéro de téléphone gratuit ainsi que le Centre Hospitalier Départemental qui a décidé de mettre à disposition un numéro de téléphone.


Est-ce qu’il y a d’autres groupes dans le coin ?

Il y a un groupe entre aide Lot-et-Garonnaise, qui n’est pas référencé sur covid-entraide.fr et géré par un jeune de quinze ans ! On se passe les infos. Par exemple hier : une dame qui vit un peu à l’extérieur de l’agglomération avait besoin d’aide pour ramasser des fraises, donc là j’ai passé l’info sur l’entre aide lot et garonnaise, et vice versa quand il a ont un truc qui concerne Agen ils me le renvoient.

Il y a également un autre groupe covid-entraide sur Agen, j’ai proposé qu’on fusionne, ils ne m’ont pas vraiment répondu.

Et au niveau collectif c’est comment ?

Il y a un autre administrateur qui m’aide sur le groupe facebook, après les gens s’organisent entre eux directement. Moi j’ai mon réseau solidaire et je m’organise directement avec les personnes qui sont au courant ou qui font des choses. J’ai demandé s’il y avait d’autres choses qui pouvaient être mise en place sur le groupe facebook, mais personne n’a rien proposé. Les gens n’ont pas le temps, mais le groupe en l’état reste très actif et il est utile pour eux d’être mis en lien et d’obtenir des réponses à leurs question quand ils font face à un problème.

Sur le groupe des masques, là on essaye de monter quelque chose de gros parce que moi déjà je ne sais pas coudre, je ne fais que du relais. Je connais des gens qui donnent et je transmets. Ce que je voudrais pouvoir arriver à faire c’est une entraide au niveau des masques et des protections en montant un vrai réseau parallèle de distribution de masques gratuits, pour ne pas que les gens doivent payer. On va voir pour une association, parce qu’on a bien compris que les masques on va en avoir besoin pendant de nombreux mois. On fera en sorte de coordonner les fournisseurs, les couturières, les makers, les distributeurs et un groupe pour coordonner tout ça, pour avoir des dons et peut-être des subventions.

L’association pourrait s’appeler : « Protection Agenaises » ou quelque chose comme ça. Ça permettrait de gérer les masques et les autres protections et de demander des aides pour les deux. Alors il y a des normes au niveau de l’OMS. Ces normes les couturières les connaissent, elles ont juste besoin de tissus et d’élastiques. Ce n’’est que du recyclage ou presque ! Il n’y a que pour les makers où on a besoin de plastique… Les visières ça va sûrement s’arrêter à un moment donné, mais pas les masques… il y a beaucoup de travail en espérant qu’on sera suffisamment nombreux. Il y a deux couturières qui ont des micro-entreprises, le reste ce ne sont ‘est que des bénévoles.


Vous pensez quoi de la situation en général ?

On s’aperçoit qu’on peut changer le monde, on peut commencer à voir les gens pour de vrai à nouveau… on voit qu’ils ne sont pas égoïstes. Beaucoup sont prêts à aider les gens, et ça c’est juste formidable.

Il faut savoir qu’une bobine pour les makers coûte 25€, avec, ils fabriquent 60 visières, faites le calcul… On se demande pourquoi la population est complètement laissée à l’abandon, qu’elle doit tout faire elle-même et qu’on a aucune aide de l’État. Maintenant ils parlent de vendre 5€ les masques dans les tabacs et pharmacies, ça me dégoûte pour toutes les personnes qui font ça gratuitement depuis plus d’un mois ! Et là l’État veut faire payer parce qu’il a embauché des entreprises ? C’est dégoûtant pour les makers et les couturières qui se sont mobilisés. Surtout qu’on essaye de les aider, moi au milieu de tout ça j’essaye de trouver des solutions, d’appeler… les entreprises sont fermées, elles ont du mal à survivre elles-mêmes, elles sont comme nous, elles sont dans la panade !

Ce qui m’apporte beaucoup de bonheur dans la journée c’est quand même que l’entraide est là, j’espère que ça continuera et que les makers et les couturières seront reconnus car ils le méritent ! Plus que moi qui me contente de faire du lien sans trop bouger car je suis une personne à risque aussi…

Liens :

Le groupe Facebook Entraide Covid Agen

Les masques solidaires Agen

Makers contre le covid 47

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Entraide et Solidarité Dordogne

[VERSION COURTE POUR DIFFUSION ICI]

En Dordogne, un groupe conséquent sur notre réseau social adoré permet la mise en lien de nombreuses personnes dans tout le département. Entretien avec trois des modérateurs :

E.E 38 ans, je suis sans emploi, militante dans les milieux alternatifs, dans lutte contre les discriminations et dans la sphère de la gauche radicale.

N : 56 ans, j’ai été aide-soignante, en pension d’invalidité, je suis militante sur pas mal de groupes notamment LGBT. Et puis je suis représentante des usagers de l’hôpital de Périgueux.

S : 49 ans, je ne suis pas militante dans l’âme mais j’aime bien défendre mes idées. Je suis auxiliaire de vie en cours de licenciement pour inaptitude. J’ai découvert le groupe par hasard, il y avait besoin d’un coup de main alors je suis venue !

Racontez-nous l’histoire de la création du groupe

E.E – Le groupe a été créé à midi le mardi 17 mars aux premières heures du confinement. Je me suis dit : on va rester enfermé au moins quinze jours, comment les gens vont faire, comment partager les informations essentielles ? J’ai d’abord créé cette page par automatisme militant, pour mes ami.e.s et mes contacts à moi. Sauf que ça a vite explosé à tel point qu’on avait 1500 personnes au bout de deux jours. J’ai donc eu vite besoin de renforts à la modération. Aujourd’hui on a 3500 personnes sur le groupe et sept modérateurs de 18 à 56 ans ! L’objectif c’est vraiment de créer du lien, de la solidarité, de l’entraide.

N – J’ai tout de suite pensé qu’il fallait faire un réseau pour pouvoir partager les infos et aider mes voisins. L’entraide c’est dans mon sang et dans mes gênes !

S – Ce que j’ai apprécié c’est la discussion qu’on a eu avant que je devienne modératrice, qui a confirmé qu’on avait les mêmes valeurs.

Comment ça fonctionne un groupe à l’échelle de la Dordogne ?

E – Moi j’ai des contacts un peu partout dans la région (et plus de 4000 amis sur facebook). J’ai fait jouer un réseau existant et donc ça s’est fait très simplement. Là on est le seul groupe vraiment référence en Dordogne, on a été interviewé par la presse locale, tout le monde dans le coin prend notre groupe comme référence. Par ailleurs pas mal de personnes réfléchissent à créer des groupes locaux, certains discutent avec nous, il y en a déjà un à Hautefort. Mais pour beaucoup il n’y a pas vraiment le besoin de créer un groupe à côté, le groupe qu’on a créé semble être suffisant en terme de mise en relation.

Et la vie du groupe ?

S – Ce qui est remarquable : toutes les entraides qui ont été résolues, ça fonctionne, les gens qui cherchent de l’aide la trouvent. C’est un échange d’entraide entre personnes qui sont voisines sans se connaître.

E.E – On a référence plus d’une soixantaine d’entraides résolues depuis un mois. Mais on pense qu’il y en a beaucoup plus car il y a de nombreux liens qui se sont créés à travers le groupe et qui continuent en informel directement entre les gens. Une amie a lancé des maraudes pour les sans-abris, depuis les aides alimentaire ont repris. Il y a des profs qui aident des parents aux devoirs des enfants. Il y a les offres et demandes de masques évidemment…

S – Tout le monde a voulu donner son avis sur comment faire des masques. Ça a été un peu le flou on savait plus quoi faire comme masques, entre celui avec la serviette en papier et celui qu’on va coudre… Beaucoup proposaient des masques, et on a vu presque une démarche commerciale commencer à se mettre en place. Là on a un peu paniqué car on s’est dit qu’on sortait de l’entraide. Alors on a pris la décision d’inciter ceux et celles qui proposent des masques de le faire de façon solidaire. On invite à le faire à prix libre, ou alors de pratiquer le masque suspendu (on paye un masque supplémentaire pour quelqu’un) ou alors l’échange. On fait un peu la chasse à ceux qui font du démarchage. La période n’est pas à l’enrichissement personnel.

Comment vous fonctionnez ensemble ?

N – On a chacun un peu nos petits trucs !

E.E – Les décisions sont prises collectivement, il n’y a pas de chef ! Des fois je fais mon bougon, mais je m’en remets toujours pour l’avis collectif ! Avant de supprimer quoi que ce soit, de décider de couper les commentaires, on prend la décision ensemble avec celleux qui sont présents quand l’alerte est donnée, et au minimum à deux personnes. Dans un groupe avec 3500 personnes évidemment on a des difficultés, beaucoup de gens manquent parfois de bienveillance. Par exemple une fois une personne pose une question qui a rapport avec des fleurs, et là tout le monde lui tombe dessus : « c’est pas de première nécessité ! ». Maintenant ça va mieux, il y a beaucoup plus de bienveillance dans les échanges. Sinon on fait régulièrement des réunions entre nous pour faire le point.

S – On s’entend tous très bien car on est toutes et tous dans la vision de l’aide de personne à personne, on est ouvert à la différence, on reste dans la bienveillance et on fait en sorte que ça se passe comme ça dans tout le groupe. Les plus grosses discussions qu’on a sont sur les publications qui peuvent amener un débat ou un conflit.

N – Par exemple tous les débats autour de Raoult, c’est pas que ça pose problème mais c’est pas le sujet.

E.E – On fait aussi très attention à ce que les informations soient sourcées, pour éviter la polémique inutile qui invisibilise les demandes et les offres d’entraide.

Et avec les personnes fragiles ?

E.E – On a pas eu trop de cas dans cette direction, ni migrants, ni violence conjugales… En revanche on évite vraiment d’être trop anxiogène, ou culpabilisant : au début il y avait beaucoup trop ce message « restez chez vous » qui circulait. Nous on relaye les informations liées à la prévention des différentes violences qui peuvent advenir plus fortement en ce moment comme les violences conjugales, intrafamiliales, pour les personnes LGBT, sur tous ces sujets, il y a tout un tas de dispositifs mis en place qu’on se contente de relayer.

N – En Dordogne c’est difficile d’avoir des gens, on fait des rappels, on fait circuler les numéros qu’on peut appeler, mais on peut pas aller chercher les gens, surtout avec le confinement.

E.E – Au niveau des migrants il y a également des réseaux qui sont déjà en place. La Dordogne est une terre de résistance, il y a déjà plein d’associations de solidarité existante, dont on relaye les informations sur notre mur.

Et avec les soignants ?

S –Rien directement. On relaye les demandes d’entraide de soignants, mais pas plus. Mais nous restons a l’écoute des besoins et nous soutenons tous les professionnels qui bossent durant le confinement.

Et au niveau alimentaire, achats collectifs ?

E.E – En fait il y a beaucoup de liens qui se sont fait au début, et je pense que ça continue en interpersonnel, ça passe plus à travers le groupe. Notre groupe est une vraie plateforme de mise en lien à l’échelle du département. Du coup à part la modération, on peut trouver des fois des solutions, chercher une information, mais on peut pas faire beaucoup plus. Pour ce qui est du secours et de la banque alimentaire, on a publié des informations sur ce qu’il se passe. Après on est en contact et ils utilisent directement la page pour mettre de l’information sur ce qu’il est possible de faire.

N – On aiguille, on répond, on cherche l’info, on laisse pas les gens comme ça non plus.

Comment est-ce que vous voyez covid-entraide ?

E.E – Moi je pense que c’est toujours bien de faire partie d’un réseau. Comment ça c’est passé ? Un de nos membres nous a dit : il existe le réseau covid-entraide france qui référence tous les groupes, est-ce que vous voulez y être référencé ? Nous tout de suite on est tombé sur les six points d’accord du réseau qui correspondaient à nos valeurs. Avec covid-entraide on aimerait faire du partage d’expérience, pour plus avoir ce sentiment d’être tout seul dans notre région, partager du savoir, des techniques, presque de l’éducation populaire en fait. Quand je vois que N n’avait jamais été sur Facebook avant, en un mois elle est plus efficace que nous !

N – Oui, j’arrive même à mettre le petit pouce sous les publications !

E.E – C’est un apprentissage, de l’intelligence collective pour tout le monde, et c’est bien de partager tout ça, on en a besoin !

N – Oui car c’est toujours intéressant, de pouvoir échanger les petits trucs tout bête, c’est important.

S – On est pas fermé ni concentré sur nous même, toutes les idées qui peuvent arriver de l’extérieur elles sont bonne à prendre. On a toujours réussi à trouver une solution, on est toujours restés sur le collectif, on se range à la discussion du plus grand nombre, on a pas tous la même manière de penser, on est différents, et le fait de pouvoir intégrer quelque chose de plus grand c’est aussi une manière de pouvoir donner ce qu’on a à donner, et de recevoir en échange.

Et l’après vous le voyez comment ?

S – D’abord pouvoir se rencontrer en vrai entre nous !

E.E – Nous on parle de communauté, quand on discute entre nous on se dit qu’on a vraiment créé une communauté, du coup on adorerait organiser un grand pique nique avec tous les membres du groupe une fois la sécurité sanitaire assurée. . J’aimerais aussi que ce groupe il continue après.

N – De toute façon la page doit rester parce que c’est loin d’être fini en fait ! On a encore trop d’incertitudes pour dire le 11 Mai c’est bon tout le monde dehors. On doit continuer à faire du lien car on va s’en prendre plein la gueule !

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Le groupe d’entraide juridique et administrative du Syndicat de la Montagne Limousine

Cet entretien est le second d’une série avec les différents groupes du Syndicat de la Montagne Limousine. Le groupe d’entraide juridique administrative s’est prêté au jeu des questions et des réponses.

Comment en êtes vous arrivé ⋅es à créer ce groupe d’entraide administrative et juridique ?

C’est peut-être le premier groupe qui s’est construit pendant les réflexions sur le Syndicat. Il y avait des copain⋅es qui aidaient déjà des voisin⋅es ou des ami⋅es qui étaient un peu perdu⋅es dans leurs papiers ou dans des démarches, d’où l’idée d’un groupe qui proposerait cette entraide plus largement. Nous nous sommes d’abord appuyé⋅es sur des associations connues des communes de Gentioux et de Faux la montagne, ce qui nous a donné plus tard une légitimité quand nous avons décidé de présenter notre groupe à des municipalités. Dans un premier temps, nous n’avons assuré que des permanences à La Renouée, un tiers-lieu à Gentioux (une fois tous les quinze jours). Puis nous avons voulu que d’autres personnes qui ne seraient jamais venues à la Renouée puissent nous contacter et c’est là que nous avons envoyé des lettres à certaines mairies pour leur demander si elles seraient d’accord pour nous accueillir dans leurs locaux.

Nous avons ainsi pu assurer une permanence à Royère de Vassivière, en alternance avec la Renouée. Nous nous sommes retrouvé⋅es par hasard une fois à la médiathèque de Royère, et nous y sommes resté⋅es. Puis le Tiers lieu de Tarnac nous a ouvert ses portes, ainsi que le Café des Zenfants à Eymoutiers (C’est une association qui est principalement tournée vers les enfants et leurs parents). Constatant que nous avions les forces pour assurer une permanence par semaine (à deux, ce qui est important pour bien accueillir les personnes), sans que cela ne dépasse une fois par mois pour chacun⋅e, nous assurons donc une permanence à Gentioux, une à Royère de Vassivière, une à Tarnac et une à Eymoutiers.

Une permanence ça fonctionne comment ?

C’est le vendredi de 9h30 à 12h30 (plus ou moins selon les lieux). Les permanences sont annoncées sur les listes internet de nos réseaux, quelquefois par des affiches… Les lieux qui nous accueillent diffusent aussi l’information à leurs adhérents, On a une adresse mail et un numéro de téléphone (répondeur). Et puis le Syndicat diffuse nos informations par une lettre d’information régulière. Les gens peuvent venir sans prévenir, ils peuvent aussi parler de leur situation soit par mail, soit en laissant un message sur le répondeur, auquel cas on les rappelle.

Il n’y a pas énormément de gens qui viennent, il nous est arrivé, au début, de n’avoir personne. Mais maintenant il y a quand même au moins une personne qui vient dans la matinée, des fois deux, des fois trois, ce qui finit quand même par faire du monde, à raison d’une permanence tous les quinze jours depuis plus d’un an et d’une permanence par semaine depuis cinq ou six mois.

Il y a peu d’appels, mais quand même quelques-uns. Dans ce cas, j’explique le problème de la personne sur notre liste de discussion interne, je demande à mes camarades ce qu’iels en pensent, et à ce moment-là je rappelle la personne ou je lui propose de venir à une permanence.

Qu’est-ce que vous parvenez à faire pour les gens ?

Quelqu’un par exemple qui voulait se faire rembourser son assurance pour sa voiture qui était sur cale, il avait fait tout ce qu’il fallait, ce que lui demandait l’assurance, mais l’assurance ne remboursait pas. Alors moi j’ai téléphoné à l’assureur, on m’a demandé qui j’étais, j’ai dit que j’étais une amie, et là comme par magie ils ont sorti le dossier, et le type a effectivement été remboursé.

Les gens qui viennent nous voir souvent ils sont pris dans des histoires pas possibles. Quand on a affaire à des grosses structures comme ça, on n’a jamais les mêmes personnes, on se fait renvoyer de l’un à l’autre. Que quelqu’un d’autre intervienne, ce simple fait là, ça change tout, ça débloque la situation.

Ça peut être tout type de problème : avec un syndic de copropriétaires, la CAF,… tout organisme pour lesquels on ne sait jamais à qui s’adresser car personne n’est vraiment responsable. Je suis désormais persuadée que c’est une politique. Les gens sont baladés de service en service jusqu’à ce qu’ils se lassent.

Une fois on a contacté un cabinet d’avocat qui nous a donné plein de contacts d’autres avocats susceptibles de débloquer des affaires. La c’était quelqu’un qui était devenu invalide suite à une opération chirurgicale. Mais il y a aussi des histoires liées à de la répression policière…

L’idée c’est de ne pas rester tout⋅e seul⋅e face à des choses plus grosses que soi, le pot de terre contre le pot de fer. On ne s’occupe pas des conflits entre personnes, ce n’est pas notre rôle.

Est-ce que vous avez une formation particulière ?

Non. On a quand même quelqu’un qui a une maîtrise en droit, une autre personne qui étudie aussi le droit, et moi-même j’ai fait une année de droit il y a longtemps. Nous sommes des personnes qui ne sont pas rebutées par le langage juridico-administratif, capables de se débrouiller dans ce genre de textes.

Une fois une personne est venue à la permanence : elle voulait s’assurer du sens exact d’un terme juridique alors on a cherché ensemble. Des fois c’est ça on se met juste à chercher avec les gens. On n’a pas de connaissances spéciales. Certain⋅es sont devenu⋅es pointu⋅es dans certains domaines mais la plupart du temps c’est plutôt au flair : sentir où il faut aller chercher. Écrire une lettre, aller sur internet…

Notre groupe s’appelle entraide : ce n’est donc pas de l’aide à sens unique, c’est plutôt horizontal : on s’entraide les uns les autres ! Quand on s’occupe d’un sujet, si on se penche dessus on finit par avoir des compétences. Et les gens qu’on aide finissent eux-mêmes par en avoir. Comme on n’a pas de compétence particulière à la base on se renseigne nous en même temps qu’on renseigne les gens. L’idée n’est pas d’arriver comme des sauveurs, mais juste en se disant que quand on n’est pas tout seul face à une situation qui nous dépasse, ça peut arriver à la changer complètement.

Et quand vous trouvez pas de solutions ?

On a contacté et eu une réunion avec des assistantes sociales, comme ça si jamais on a besoin de renvoyer des gens vers elles on se connaît et on sait à qui s’adresser. Et puis il y a le carnet de contact d’avocats qui couvre beaucoup de spécialités juridiques. Mais c’est assez rare qu’on les appelle finalement.

Notre groupe a eu un an au mois de février on n’a pas encore trop de vécu, et en plus au début ce n’était que deux fois par mois.

Comment vous avez réagi au confinement ?

Il y a eu une lettre d’info du Syndicat qui rappelait qu’on pouvait toujours appeler le téléphone ou nous écrire par mail. Et puis il y a des affiches du syndicat qui ont été faites spécialement pour le covid. Pour que les gens sachent que pendant cette période il ne fallait pas rester isolé⋅es. Il y a des numéros de téléphones, des contacts etc… Depuis le début du covid personne n’a appelé. Je ne sais pas pourquoi. Comme les gens sont confinés, ils ont d’autres soucis. Je ne sais pas ce qu’il se passe parce que les gens pourraient avoir des problèmes avec le RSA, le chômage… mais non. Peut-être que je dis des bêtises mais tout le monde a l’air de recevoir ses indemnités.

Je fais par ailleurs partie d’un fonds de dotation, qui a pour objectif de redistribuer les dons qu’il reçoit à des associations d’intérêt général, ou alors de faire des prêts relais pour des associations qui ont des problèmes de trésorerie le temps qu’elles reçoivent leurs subventions, qui souvent tardent à arriver. Mais là une association qui attendait une subvention a même reçu l’argent en avance ! C’est comme si l’État faisait attention à ne pas envenimer les choses… Peut-être même que les gens qui avaient des dettes sont laissés tranquilles pendant cette période… je ne sais pas… en tout cas un peu partout les gens se replient sur eux-mêmes. Beaucoup ne font leurs courses que très rarement alors qu’ils pourraient sortir plus souvent.

Nous avons également fait un appel pour demander aux gens s’ils ont des soucis financiers, ou des problèmes de verbalisation intempestive avec l’idée de rassembler des témoignages de gens qui ont été contrôlés, savoir comment ça s’est passé… Dans l’idée de faire des actions collectives. Nous avons déjà lancé cet appel sur les listes internet, mais pour le moment nous n’avons encore que très peu de retours. Ce qui est sûr c’est que dans la situation actuelle, s’il y a des dérives, quelles qu’elles soient, il faut vraiment que les gens se regroupent et se défendent !

Et pour la suite du groupe d’entraide vous envisagez quoi ?

Éventuellement d’aller dans d’autres communes. On aimerait surtout bien que ce genre de pratique d’entraide essaime. C’est tellement simple, il n’y a pas besoin de grand-chose, à part ne pas être rebuté par le langage juridique.

Merci !

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Un groupement d’achats dans le Morvan

Depuis des années, Camille, naturaliste, est engagée dans le réseau associatif et alternatif du Morvan. Au début du confinement, elle a rapidement lancé un groupe d’entraide. Entretien.

Raconte nous un peu comment tu en es arrivé a créer un groupe d’entraide locale

Au début parce que je manquais d’informations fiables et qu’on avait besoin de se retrouver avec les gens du coin a propos de ce qui était autorisé ou pas. J’ai connu covid-entraide par l’infolettre d’une lutte locale, j’ai vu qu’il n’y avait rien sur la carte dans le Morvan alors j’ai créé la page Entraide Morvan sur Facebook. Tout de suite, mon réseau personnel et associatif a rejoint, puis d’autres groupes du Morvan qui ont relayé, on a maintenant plus de trois cent personnes de la région dans le groupe Facebook. Le groupe est hyperactif et autogéré, il fonctionne sans moi qui ait pourtant créé le groupe, c’est parfait, c’est exactement ce que j’attendais. Il y a des modérateurs, on accepte tout le monde, pour le moment on a du supprimé une seule personne qui diffusait des messages inappropriés, sinon pas grand-chose a modérer. On essaye de se focaliser sur les informations locales pour éviter que ça devienne le débat permanent, il y a d’autres espaces pour ça. Par exemple on transfère les informations de nos mairies sur le groupe. Ça permet d’avoir une vision un peu transversale de ce qu’il se passe dans le coin comme les marchés ouverts, les boutiques qui proposent un drive, les besoins des personnels des soignants locaux … Ça crée du lien entre des gens qui en temps normal n’auraient jamais interagit avec nos réseaux alternatifs mais qui là se rendent compte qu’on se débrouille et nous font confiance pour s’entraider.

Vous vous basez donc sur un réseau existant ?

Oui, notamment sur l’association Peirao dont je suis la présidente, créée il y a deux ans, elle a pour but de faire découvrir la nature aux enfants et aux adultes et de faciliter la cohabitation entre humains et non-humains en mettant en place des opérations de solidarité écologiques et sociales. Comme on a un site internet pour faire circuler les informations et un réseau avec une liste mail, les adhérents et les bénévoles de l’association se sont rapidement mobilisés. La recherche d’alternatives, de lien, de «local », une forme de décroissance a laquelle nous force l’épidémie, nous on est là-dedans depuis un moment !

Qu’est ce que vous avez mis en place ?

Un groupement d’achat avec des producteurs locaux : maraîchers, fruits, bières, pain, produits de première nécessité, épicerie fine. On a trois points relais ou les gens viennent chercher leur panier, une trentaine de panier cette semaine, le nombre a augmenté toutes les semaines depuis trois semaines et cela va probablement continuer. Mêmes les mairies voudraient maintenant passer par nous pour faire des paniers ! On passe par le Helloasso de Peirao pour éviter les transactions de monnaie, et l’association règle ensuite les producteurs. On ne prend aucune marge obligatoire : celle-ci est a prix libre, chacun.e met ce qu’il ou elle veut. Il y a aussi des gens qui proposent des choses a troquer…

Autre chose ?

Pour l’instant non mais on souhaite pérenniser ce groupement d’achat, à la demande des participants. De manière générale on rend des services qu’on peut nous demander en appelant le numéro de téléphone de l’association : on a proposé des soutiens au vieux, on a fait quelques livraisons, on a aidé des jeunes parents qui avaient besoin de vêtements plus grands pour leur bébé… Rien de plus pour le moment, si l’école ne reprend pas on fera sûrement des actions avec les enfants. Covid-entraide nous aura aidé à nous lancer mais sinon on a pas eu besoin de plus de soutien du réseau national pour le moment.

site internet : https://www.peirao.org

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Le groupe d’entraide locale de Francheville en banlieue lyonnaise

  

A Francheville, dans la banlieue ouest de Lyon, un groupe covid-entraide est particulièrement actif. Entretien, avec Cyril, l’un des initiateurs du groupe. [VERSION COURTE POUR DIFFUSION ICI]

Racontez nous un peu l’histoire de votre groupe

L’initiative est partie de notre liste qui s’est présenté aux élections municipales, d’inspiration écolo et citoyenne et qui a fait un plutôt bon résultat avec un ballottage favorable au premier tour. Le confinement est arrivé et nous a laissés un peu pantois. Peu de jours après, vers le 18 mars un collègue de la liste fait un petit message parlant du réseau #COVID-ENTRAIDE France, en citant Corinne Morel-Darleux, avec laquelle j’ai siégé à la région de 2010 à 2014, et en qui j’ai grande confiance. En potassant le site j’ai découvert une philosophie d’action très intéressante et riche en terme de construction citoyenne et de participation. On a créé un groupe Telegram et un groupe Facebook, ce dernier ayant décollé rapidement avec aujourd’hui 200 personnes inscrites.

On a commencé par ouvrir l’échange autour de l’idée toute simple d’entraide, sans préciser de quoi il s’agissait. Sur ces entrefaites le maire a fermé les marchés de la commune. Francheville est une commune semi urbaine a proximité de la métropole de Lyon, mais c’est une commune assez étalée avec quatre petits marchés. Très rapidement les posts Facebook se sont focalisés sur la question alimentaire. Ça a été l’occasion d’organiser des circuits courts direct en relation avec les nombreux paysans que nous avons sur l’ouest lyonnais. Très rapidement l’entraide alimentaire s’est mise en place.

On a également essayé d’organiser l’entraide entre personnes dans des situations confortables et personnes plus fragiles (âgées, précaires, isolées…). On a ainsi mis en place des livraisons pharmaceutiques en collaboration avec les pharmacies de la commune, des livraisons de courses alimentaires également… Mais pour le moment nous avons une offre largement supérieure à la demande en terme d’entraide. Ayant trop de personnes motivées à rendre service, nous avons contacté la Croix Rouge et certaines personnes de notre groupe ont participé à certaines de ses actions. Nous coopérons aussi avec l’association lyonnaise La ville a vélo : ils et elles ont créé une équipe de coursiers solidaires pour des transports de colis sur la métropole et suite à un accord et une mise en commun des moyens les membres de notre groupe relayent les coursiers solidaires sur notre commune

Les personnes qui sont connectées sur internet sont plutôt jeunes, actives et portées sur les initiatives, tandis que les personnes isolées et âgées n’ont pas internet et encore moins Facebook ! Difficile donc de rentrer en contact avec elles ! En suivant les propositions du réseau covid-entraide, nous avons fait un tract que nous avons cherché à diffuser dans les boites aux lettres des personnes qu’on supposait en difficulté. Petit a petit les gens prennent connaissance de notre existence et nous sollicitent. On a par exemple eu une sollicitation d’une enseignante de la commune et qui cherche des ordinateurs pour équiper des familles qui n’en sont pas doté. Plusieurs ordinateurs devraient être ainsi donnés dans ce cadre.

On a par ailleurs été contacté par une agence web qui conçoit d’habitude des sites pour des grosses entreprises et qui nous a proposé de mettre à disposition une plateforme d’entraide en ligne. Un outil qui permet de repérer les personnes qui sont en proposition d’aider par rapport à celles et ceux qui souhaitent être aidées. Mis en ligne depuis quelques jours ce site est une plateforme de mise en relation des personnes, de partage d’information, et à terme il pourra également être un outil de collaboration : constituer un groupe de discussion, monter une action… Ce site constitue une boite a outil qui peut être mise à la disposition des habitants.

Comment vous êtes vous appuyés sur l’existant ?

Nous avons rapidement noué des contacts avec le reste de la commune : l’association des anciens, le CCAS, les commerçants… La Mairie a sans doute identifié notre initiative comme une démarche politique, ce qu’elle n’est pas même si de nombreuses personnes du groupe sont issues de notre liste. Il y a comme une course de vitesse entre la commune et nous. Comme par hasard la municipalité prend des initiatives similaires aux nôtres quelques jours après nous. On se rend compte que notre réseau est clairement un contre-pouvoir qui pousse la Mairie a faire des choses qu’elle ne ferait pas sans notre impulsion. Ce fût le cas pour les marchés qui ont rouvert mais aussi pour les masques produits par des couturiers bénévoles qui œuvrent gracieusement, en lien avec les pharmacies, pour les personnes qui n’ont pas les moyens. Quelques jours après le lancement de cette action sur notre groupe Facebook, la Mairie achetait des masques pour en distribuer de son côté. Nous orientons par ailleurs ceux qui ont les moyens vers les couturier.e.s professionnels de la commune.

Il y a plus de quinze ans, la commune avait monté des conseils citoyens qui ont fonctionné pendant deux mandats. Ce réseau a fait émergé de nombreuses initiatives citoyennes et s’est récemment réactivé autour de covid-entraide. Le fait que nous soyons pour un certain nombre acteurs dans la vie de la commune depuis longtemps a permis aux commerçants de nous rejoindre rapidement d’une part et de créer de la confiance avec les habitants d’autre part. Les tâches se répartissent donc bien et en complémentarité : c’est le cas par exemple pour les masques qui, pour les masques en tissu faits maison, sont en partie vendus, en partie distribués gracieusement et, pour les masques chirurgicaux, seront distribués bientôt par la Mairie. Les tâches se répartissent bien car il y a une confiance préexistante entre les acteurs ;sans cela cela aurait été beaucoup plus difficile, d’autant qu’on ne peut pas se voir : la proximité historique, liée au passé de la commune, est essentielle. Quand on est une commune de taille moyenne comme Francheville avec 15000 habitants, il y a plusieurs quartiers qui s’organisent d’ores et déjà entre eux avec leur propre tissu associatif, artistique, confessionnel… Ces tissus drainent de la sociabilité et de la reconnaissance : se mettre en lien avec eux de manière horizontale est essentiel. Si cette confiance était trahie cela s’arrêterait certainement de fonctionner rapidement.

Comment vous organisez vous entre vous ?

Nous sommes quelques uns à l’origine de cette initiative et d’autres membres de la liste nous ont suivis. Aujourd’hui nous avons cinq modérateurs (dont quatre sont membres de la liste électorale) qui se réunissent en visio une fois par semaine pour discuter. Mais sur le groupe Facebook, de nombreuses initiatives sont prises directement par les gens. Par rapport à la production de masques, la gestion des fruits et légumes, de nombreuses personnes se sont retrouvées à coordonner des actions. Chaque fois que quelqu’un propose une initiative nouvelle d’entraide, on essaye de faire en sorte que cette personne prenne en charge la coordination. Sont admis dans ce groupe les personnes qui habitent et/ou travaillent à Francheville et s’accordent d’axer leurs action autour de l’entraide avec les plus fragiles dans la situation actuelle. Nous cherchons à être très discret dans la modération des échanges sur le groupe Facebook, en recentrant les post sur l’entraide et l’auto-organisation. Est-ce que demain on devra monter quelque chose de plus organisé, comme une association ? Je n’en suis pas sûr.

Évidemment les futures élections vont à la fois faire évoluer ce réseau ; le réseau va faire lui même évoluer nos manière de nous positionner. On accorde beaucoup d’importance à bien séparer les rôles, certaines personnes se positionnent pour porter l’action publique dans les temps à venir, et d’autres personnes s’auto-organisent. Il est clair que l’initiative de départ de ce réseau d’entraide est issu d’une liste électorale mais on a dès le départ voulu mettre une étanchéité entre notre action politique et la mise relation des actions citoyennes. On a rejeté toutes les invitations des groupes politiques, y compris le nôtre, et on a veillé à ce que les propos dans les posts (sans censurer d’emblée, on oriente seulement) restent non pas a-politique mais indépendants d’une démarche politicienne. C’est important pour nous que toutes les personnes puissent s’exprimer. Ainsi, individuellement, des personnes issus des trois listes présentes aux élections ont rejoint notre réseau d’entraide. Il nous semble donc que cette idée de créer un réseau en dehors de tout engagement politique a fonctionné : une confiance s’est installée entre les membres du groupe qui étaient bien conscients de l’origine de l’initiative et en même temps de la volonté de séparer les choses. Nous ne sommes pas du tout frustrés que la mairie nous pique des idées, bien au contraire, c’est fait pour ça ! Nous ne revendiquons aucune paternité. Nous avons le soucis que ce qu’on a poussé à faire émerger rejaillisse ailleurs et puisse être porté par d’autres. On se prépare également à faire tourner la responsabilité des modérateurs.

Et la suite alors ?

Bon an mal an, partant d’une situation contrainte, où les personnes étaient abasourdies par l’épidémie, on arrive à une situation où de plus en plus les gens s’auto-organisent, se solidarisent et commencent à pousser des thèmes qui vont au-delà de la seule épidémie et qui vont vers le vivre ensemble. Ainsi on discute pas mal du vélo : le vélo n’est-il pas une meilleure façon de se déplacer plutôt que d’accélérer les transports routiers ? Ou pourquoi ne pas éteindre les lumières la nuit dans les rues ?

Les thèmes de la vie pratique prennent une répercussion plus importante et deviennent une thématique plus importante, poussée par le contexte actuel. Ce qui est intéressant c’est qu’on peut, par des démarches de réseau auto-organisé et de mise en relation, trouver des complémentarités entre l’action publique, l’action citoyenne, et l’action privée-commerciale. L’action locale est trop importante pour être confiées aux seuls élus. La situation stimule l’entraide entre les gens et nous espérons que cela va perdurer. Les élus se rendent compte que les habitants peuvent spontanément développer leurs propres outils et leurs propres initiatives. Tout ce qui s’est passé sera très utile pour demain. Il faut que les gens puissent s’auto-organiser sans attendre que les acteurs publiques et privés le fassent à leur place.

En quoi covid-entraide vous a été utile ?

La philosophie d’action et les valeurs portées par covid-entraide nous ont inspiré ainsi que les outils d’auto-organisation proposés. Le fait de se reconnaître d’emblée dans ces valeurs d’autonomie et de solidarité a permis de se lancer. Par ailleurs les fils Telegram sont utiles pour se relier sur le territoire, il y a d’autres groupes dans la région lyonnaise qui peuvent mettre en place des actions à une échelle plus large. La Métropole a mis en place un site d’initiative de même qu’une commune voisine suite à une initiative municipale, on se met en lien pour le moment.

Facebook : https://www.facebook.com/groups/978446115882720/?ref=share

Courriel covidentraidefrancheville@gmail.com

Site : https://francheville.solidarites-locales.fr/