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Bribes d’échanges entre trois groupes locaux

covid-entraide

Arnaud (Paris) : Je fais partie de la Cantine des Pyrénées, cantine solidaire autogérée dans le nord de Paris, dont le local accueille aussi des ateliers de cours de français et une permanence juridique pour les sans-papiers. Ce lieu existait bien avant la crise sanitaire et avait déjà pour objectif de recréer, localement, de la solidarité. On a dû revoir le fonctionnement pendant le confinement.Je fais également partie des Brigades de Solidarité Populaire du 18ème arrondissement, dont le fonctionnement s’est mis en place pendant le confinement et a perduré au déconfinement. Les Brigades de Solidarité Populaire ont été créées suite à un appel d’ACTA, sur un modèle d’organisation existant déjà dans le nord de l’Italie. Les Brigades se sont montées sur l’ensemble de Paris et proche banlieue de manière à mener, au niveau local, des actions solidaires. Ça peut prendre des formes différentes. Dans le 18ème, c’étaient beaucoup de maraudes et de distributions de colis alimentaires pour des gens non-SDF mais précaires. On s’est structuré·e·s sur des missions d’éducation populaire. L’objectif est de développer une autodéfense sanitaire et alimentaire.

Loïc (Saint-Nazaire) : Pendant le confinement, je m’étais pas mal investi sur mon quartier de Saint-Nazaire, ainsi que pour faire le lien entre d’autres groupes de quartier, pour développer cette dynamique d’organisation autour de l’entraide. En ce moment, c’en est un peu au point mort. Beaucoup de gens investis là-dedans sont partis dans d’autres thématiques, donc il n’y a plus grand monde pour creuser ce sillon. Il y avait déjà des choses qui existaient sur Saint-Nazaire : un groupe issu des Gilets Jaunes qui fait des récup’ de marché (les « Souries-ions » anti-gaspi https://www.facebook.com/sourie.ionantigaspi/), et il y a des assos dynamiques en lien avec les réfugiés et précaires, mais l’idée de se mettre en réseau, ça ne s’est pas fait. Une autre limite, c’est le lien avec les quartiers populaires qui auraient eux vraiment eu besoin d’entraide, contrairement aux quartiers plus aisés où l’enjeu principal était de créer du lien entre les gens. Moi, pour l’instant, je reprends un peu des forces avant d’essayer de relancer des choses !

Maëva (Morlaix) : Je fais partie de Covid-Entraide Morlaix, depuis sa création au début du confinement. Au déconfinement, il y a eu un petit essoufflement, mais le noyau dur est toujours bien là. Il y a une vraie volonté de faire durer nos actions, et donc il faut voir sous quelles formes et sur quels thèmes. En ce moment, on est sur les questions de garde d’enfants, pour pouvoir éviter d’avoir à les renvoyer à l’école. On est en train de monter une action pour mettre en avant les personnes qui ont été en première ligne, les « premiers de corvée » : soignant.e.s, agent.e.s de collecte des déchets, commerçant.e.s…

À propos de l’importance de l’ancrage territorial et d’avoir pignon sur rue…

Arnaud (Paris) : Pour les Brigades, on a senti un gros coup d’arrêt parce que les gens retournent travailler mais surtout on a perdu le local qu’on avait à disposition parce que c’était une librairie qui va réouvrir. Pour pallier à ça, on s’est fait prêter un après-midi de permanence par semaine dans un local d’une ressourcerie. Et donc, comment garder cette dynamique qu’on avait dans le 18ème ? On se dit que ça passe par le fait de retrouver un lieu. On a envie de sortir de cette urgence alimentaire, de la distribution dans des volumes très gros, dans lequel on perdait le sens originel de ce qu’on veut faire : créer du contact, de l’émancipation, et pas seulement dans une logique d’urgence humanitaire.

Loïc (Saint-Nazaire) : Nous, on a pas utilisé de lieu pendant le confinement. À Saint-Nazaire, les « souries-ions anti-gaspi » ont un local au milieu du marché intérieur de St-Nazaire et il y a aussi un nouveau bâtiment squatté, la « Maison du Peuple », qui peut servir de base arrière, ainsi que le local autogéré « les Amis de May ». On ne manque pas de lieux pour accueillir ce genre de travail.

Maëva (Morlaix) : Jusqu’à présent on a pas de lieu, on se retrouve en plein air. Plusieurs personnes encore fragiles préfèrent passer par l’informatique. Dans l’avenir, on aura une possibilité de lieu.

Arnaud (Paris) : Pour nous, avoir un lieu nous a permis de créer du lien avec les gens parce que c’était très central, on avait un ancrage local assez fort, donc ça s’est su que sur ce lieu, il y avait des distributions alimentaires. Mais on a été vite débordés donc les distributions ne se faisaient plus directement au local. Donc soit on faisait des livraisons, soit les gens venaient après un coup de fil. Mais ça demande de demander des infos, au moins un numéro de téléphone. Pour la suite, on a une cinquantaine de familles avec qui on a eu des contacts assez récurrents pendant la crise, et avec qui continuer.

À propos du maillage avec des assos ou des institutions…

Loïc (Saint-Nazaire) : Cette dynamique de dynamiser l’entraide à l’échelle de la ville tombe un peu au point mort. Les lieux et les assos sont un peu éclatés et chacun fait son travail dans son coin. Il faudrait chercher une volonté commune et coordonnée, et on a du mal à créer ça pour le moment.

Arnaud (Paris) : Est-ce que vous avez pu faire appel au support de votre municipalité ?

Maëva (Morlaix) : On a reçu aucun soutien de la mairie, étant donné que certaines personnes font partie de groupes opposés à la mairie actuelle, ça n’aide pas.

Loïc (Saint-Nazaire) : Au début du confinement à la Maison du Peuple, il y a eu l’envie de créer un groupe d’entraide. On a pensé aux SDF, aux réfugiés etc… mais on réalisé ensuite qu’il y a déjà un tissu associatif existant qui faisait bien le boulot. Ce qui était intéressant, c’est que la mairie et les assos plus institutionnelles étaient tellement dans les choux que ce sont les autres assos et collectifs qui étaient à la manoeuvre. Le groupe post-Gilets Jaunes « Souries-ions anti-gaspi » s’est bien entendu avec les gens du marché, puis avec les placiers et par conséquent avec la mairie (d’où le local dans le marché). Mais il faut voir ensuite s’il va y avoir un processus de récupération !

Maëva (Morlaix) : Sur Morlaix, ce sont surtout les assos déjà en place qui produisaient des réponses rapides. La mairie, elle, faisait son truc de son côté, et ils ont fait de mauvais masques. On agit aussi sur deux communes attenantes de Morlaix, et on a eu un meilleur soutien des mairies de ces communes, car il y a moins d’enjeu politique.

Loïc (Saint-Nazaire) : Par rapport à ce qui a coincé pour « chercher une volonté commune », mon intuition, c’est qu’il y a deux types de personnes engagées : des gens sur la solidarité concrète d’une part et des militants avec une vision politique d’autre part, mais qui ne comprennent pas l’importance de faire ce travail d’entraide de terrain. Pendant le confinement, ces derniers parasitaient un peu le travail sur l’entraide avec d’autres envies d’action.

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