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Hors-Les-Murs #28 – Le naufrage de l’État face au Covid-19

À quelques jours du déconfinement, Hors les Murs vous propose de revenir sur le désastre de la réponse de l’État face au Covid-19. Rarement depuis les débuts de la Vème République, les autorités gouvernementales n’ont subi pareille débâcle. Communication chaotique et contradictoire, mensonges flagrants à répétition, maintien du premier tour des élections municipales, pénurie interminable de masques, manque criant de moyens pour les personnels soignants, réflexes répressifs pour imposer les mesures de confinements, explosion des violences policières, incapacité à déployer des tests pour la population, commande de milliers de respirateurs non-adaptés, sacrifice des personnes âgées en EHPAD etc. La liste est longue, voire interminable.

Comment expliquer une telle incurie ? Libre à chacun.e de tenter une réponse. Cet exercice de recensement nous a paru d’autant plus essentiel que la crise semble loin d’être terminée. Avec le début du déconfinement annoncé pour lundi 11 mai, il y a fort à parier que la liste s’allongera encore. Le conseil scientifique, évoqué à tout-va par l’exécutif pour vernir ses décisions d’une indiscutable arrogance, s’est par exemple prononcé contre la réouverture de tous les établissements scolaires avant septembre…

EPISODE 2 : L’INTERMINABLE PÉNURIE?

8500 nouveaux respirateurs inutilisables pour le Covid-19 (Radio France)

Même sur le volet décisif des respirateurs artificiels, les « manageurs » étatiques n’ont pas été capables d’obtenir un résultat satisfaisant, à en croire une enquête de Radio France. Le 31 mars, lors d’une visite sur une usine près d’Angers, Emmanuel Macron annonçait avec fierté un partenariat conclu avec plusieurs grandes entreprises – Air Liquide, PSA, Valeo et Schneider Electric – pour produire 10 000 respirateurs artificiels répondant aux besoins des soignants.

Sauf que derrière l’effet d’annonce, 8500 de ces appareils, de type Osiris, sont des respirateurs mobiles à utiliser en urgence mais qui ne sont pas adaptés au Covid-19 : « Ce n’est clairement pas, pour être pudique, un respirateur adapté à la prise en charge d’une détresse respiratoire aigüe compliquée, explique Philippe Meyer, médecin réanimateur à l’hôpital Necker à Paris. On a un peu l’impression qu’on a fait un effet d’annonce pour montrer qu’on était capable de produire 10 000 respirateurs. Mais personnellement je n’utiliserais pas un Osiris en réanimation. C’est très clair.

La question des masques, symbole d’une gestion erratique et mensongère (Mediapart)

L’abandon du stock stratégique de masques, les consignes contradictoires données à la population ainsi que l’incapacité de l’État à s’approvisionner une fois la gravité de la pandémie admise, sont sans doute le symbole le plus marquant du naufrage de la gestion néolibérale de cette crise.

Après avoir souligné comment la communication gouvernementale s’était en réalité ajustée non pas à des impératifs sanitaires, mais à la pénurie de matériel, Mediapart enfonce le clou en révélant les coulisses des tentatives calamiteuses d’achats de masques par l’État : « Des livraisons en retard, des occasions ratées, des interlocuteurs fiables méprisés et, in fine, des importations plus efficaces pour les entreprises que pour les soignants : une nouvelle enquête (…) démontre les choix stratégiques catastrophiques du gouvernement dans l’approvisionnement du pays en masques. »

Après les masques, la pénurie de surblouses inquiète (La Croix)

« Une carence se substituerait-elle à l’autre ?, interroge La Croix. Après les masques, ce sont à présent les surblouses qui manquent aux soignants. Ce sont ces équipements étanches qui permettent de couvrir leurs blouses en tissu et de les protéger des projections liquides. »

Les images de soigant.e.s tentant, désespéré.e.s, d’enfiler les blouses de substitution informes qui leur ont parfois été adressées ont fait le tour des réseaux sociaux. Pour tenter de se protéger, « des gens redécoupent des plastiques différents, certains soignants vont jusqu’à utiliser des sacs-poubelles. », raconte La Croix. « Ou des sacs plastiques alimentaires, comme au CHU de La Roche-sur-Yon. Des alternatives « peu glorieuses », regrette Pierre Parneix mais, rappelle-t-il, « du plastique, quelle que soit sa forme, demeure du plastique, c’est efficace ». »

Tests : la défaillance organisée au sommet de l’Etat (Mediapart)

Instances internationales et scientifiques sont unanimes sur la question : une politique de dépistage massif est, avec l’usage généralisé des masques, une des clés de contrôle de la pandémie. Or dans ce domaine aussi, malgré toujours une communication rassurante, c’est la désorganisation et le flou artistique d’un Etat ayant passé les deux dernières décennies à organiser sa propre impuissance qui prédomine. Fin mars, tandis que la Direction générale de la santé « pédalait complètement dans le yaourt », le gouvernement ignore les appels des labos vétérinaires départementaux, des labos privés et des labos de recherche publics qui sont en ordre de bataille pour pratiquer des tests.

Une « cellule tests » est finalement impulsée par l’Élysée début avril, et « c’est la direction interministérielle à la transformation publique, assistée du cabinet de conseil McKinsey, qui préside à la mise en place de ce Meccano. (…) Un peu plus d’une semaine après avoir été officiellement créée, la cellule tests a une idée de génie : mandater le cabinet de conseil Bain pour réaliser un audit sur les capacités des laboratoires à réaliser des tests en France. »

« Ironie de l’histoire, poursuit Mediapart, si la France a tant de mal à évaluer aujourd’hui les capacités des labos à réaliser des tests Covid-19 sur son territoire, c’est qu’elle a sciemment décidé de fermer les capteurs qu’elle avait dans les départements à savoir les pôles « 3 E » pour « Entreprises, Économie, Emploi » (…). Une « modernisation » de l’État, en forme de coupe drastique dans les effectifs, décidée par le gouvernement d’Édouard Philippe à l’été 2018, avec, en appui, des cabinets de conseils comme McKinsey. La boucle est bouclée et l’État, qui a organisé sa propre défaillance, doit aujourd’hui recourir au privé face à l’une des plus graves crises sanitaires jamais connues. »

Le test d’un gouvernement déficient et policier (Reporterre)

« Les dirigeants français ont collectivement échoué », tacle Reporterre. Alors que l’information nécessaire était à disposition, la classe dirigeante et les institutions françaises se sont révélées incapables de prendre les bonnes décisions comme de les mettre en œuvre, se rabattant sur une gestion très répressive de la crise. La faute à une élite arrogante et déconnectée, ainsi qu’à une Vème République dont la concentration extrême du pouvoir entre les mains de la présidence est devenue synonyme d’une totale inefficacité.

« Verticalité arrogante, impéritie, contrôle policier et numérique : l’éventail serait incomplet si l’oligarchie ne préparait une relance marginalisant, une fois de plus, l’enjeu écologique. Après l’urgence sanitaire, on va vouloir nous imposer l’urgence économique. (…) Là, encore, l’urgence serait à la délibération, à la réflexion collective, au recours à l’intelligence de toutes et de tous. Mais en France, une oligarchie sourde n’attend que de reprendre le chemin du passé. L’après-confinement sera une bataille. »

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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Hors-Les-Murs #27 – Le naufrage de l’Etat face au Covid-19

A quelques jours du déconfinement, Hors les Murs vous propose de revenir sur le désastre de la réponse de l’Etat face au Covid-19. Rarement depuis les débuts de la Vème République, les autorités gouvernementales n’ont subi pareille débacle. Communication chaotique et contradictoire, mensonges flagrants à répétition, maintien du premier tour des élections municipales, pénurie interminable de masques, manque criant de moyens pour les personnels soignants, réflexes répressifs pour imposer les mesures de confinements, explosion des violences policières, incapacité à déployer des tests pour la population, commande de milliers de respirateurs non-adapatés, sacrifice des personnes âgées en EHPAD etc. La liste est longue, voire interminable. 

Comment expliquer une telle incurie ? Libre à chacun.e de tenter une réponse. Cet exercice de recensement nous a paru d’autant plus essentiel que la crise semble loin d’être terminée. Avec le début du déconfinement annoncé pour lundi 11 mai, il y a fort à parier que la liste s’allongera encore. Le conseil scientifique, évoqué à tout-va par l’exécutif pour vernir ses décisions d’une indiscutable arrogance, s’est par exemple prononcé contre la réouverture de tous les établissements scolaires avant septembre…

EPISODE 1 : Y A T’IL UN PILOTE DANS L’AVION ?

Le gouvernement, au courant du danger depuis décembre ? (Le Canard Enchaîné, repris par Le Parisien)

Comme si le tableau n’était pas suffisamment noir, le Canard Enchaîné du mercredi 6 mai nous apprend que l’ambassadeur de France à Pékin, Laurent Bili, avait alerté Emmanuel Macron ainsi que son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves le Drian, dès le mois de décembre qu’un virus dangereux circulait à Wuhan. Une révélation qui met du plomb dans l’aile à la rhétorique du « on ne savait rien » déployée depuis des semaines par les autorités.

La conseillère santé d’Emmanuel Macron termine son contrat fin janvier et ne sera remplacée qu’un mois tard (Mediapart)

C’est la première désertion qui interroge. Alors que l’exécutif est manifestement au courant de la tempête qui s’annonce, le contrat de Marie Fontanel, conseillère Santé d’Emmanuel Macron, arrive à son terme le 31 janvier.  L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) est pourtant alarmante à cette date et évoque déjà une « urgence de santé publique de portée internationale ». Sa remplaçante, Anne-Marie Armanteras de Saxcé, ne sera nommée que le 1er mars, un mois plus tard.
Comme le pointent les journalistes de Mediapart, « cette situation pose une nouvelle question sur la gestion de la pandémie par le pouvoir, au cours des semaines qui ont précédé les mesures de confinement. Déjà mis en cause sur le manque de masques, de tests et de médicaments, l’exécutif est aussi accusé d’avoir trop tardé à prendre certaines décisions, comme le report des élections municipales. La menace sanitaire se profilait dès le mois de janvier, mais au Palais, personne n’a jugé bon de demander à Marie Fontanel de prolonger son contrat.« 

A quelques jours de la tempête, Agnès Buzyin, ministre de la Santé, démissionne pour remplacer Benjamin Griveaux dans la course aux municipales. (FranceInfo)

Comme si cela ne suffisait pas, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qui quitte son poste mi-février. La raison ? Remplacer Benjamin Griveaux qui vient tout juste de se retirer de la course à la mairie de Paris. Un calcul étonnamment politicien alors que l’urgence est sanitaire. Mais qu’on se rassure : « C’est « une décision de cœur et d’engagement », assure l’Elysée à l’AFP, tout en ajoutant que cette candidature était « un choix cohérent qui doit être salué. »

Macron au théâtre à une semaine du confinement, la début d’une mascarade mal interprétée ? (Mediapart – blog)

Qui a oublié la sortie d’Emmanuel Macron dans un théâtre parisien le vendredi 6 mars alors même que l’épidémie frappe massivement le nord de l’Italie et qu’il n’y a guère plus de doute sur ce qui nous attend ? Un épisode qui restera un symbole de la gestion et de la communication macroniste : à vue, privilégiant l’économie, et aussitôt contredite !

Malgré la pandémie et en défi de tout bon sens, le premier tour des élections municipales maintenu (Libération)

Dimanche 15 mars, le premier tour des élections municipales est maintenu. Pourtant, l’OMS a déclaré que le Covid-19 constituait une pandémie trois jours plus tôt, le 12 mars. Alors que le virus circule activement sur le territoire (stade 3), difficile de comprendre un tel arbitrage, qui a certainement causé la contamination de milliers de personnes.
Patrick Kanner, le patron des socialistes au Sénat, a fait un calcul : les municipales, ce sont 69 000 bureaux de vote, entre 5 et 7 personnes à l’intérieur, pendant douze, treize voire quatorze heures. «Entre 450 000 et 500 000 personnes d’un côté et 20 millions de Français de l’autre. Qui peut oser dire qu’il n’y a pas eu de contaminations ?» »

A Saint-Ouen, bouillon de culture dans les bureaux de vote (France info)

Exemple à Saint-Ouen, où France 2 a pu joindre 209 assesseurs sur les 303 en activité le jour de l’élection. 73 ont déclaré avoir par la suite contracté des symptômes proches du Coronavirus. Ont-ils/elles été contaminé.e.s le jour du scrutin ? Ont-ils/elles au contraire contaminé certain.e.s des 11 193 électeur.e.s qui se sont déplacées ce jour-là ? France 2 a enquêté.


Politique de confinement : de la répression, encore de la répression, toujours de la répression (Amnesty)

D’entrée de jeu, le gouvernement a fait le choix de la répression pour faire appliquer son confinement. Alors qu’on dépasse le million d’amendes et que les vidéos témoignant d’un déchaînement de violences policières se multiplient, notamment dans les quartiers populaires, comment ne pas questionner ces méthodes employées par les autorités ? « Toutes ces situations contribuent à une perte de confiance dans la police et les autorités, qui est particulièrement problématique dans un contexte de lutte contre une pandémie. Une approche exclusivement répressive risque de contribuer à une augmentation des tensions et à un rejet des règles de santé publique, pourtant essentielles » avertit Amnesty. 

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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Hors-les-Murs #26 – Dans la rue ou derrière les écrans, les travailleuses du sexe, plus précaires que jamais

Les plus précaires sont les premier.ère.s touché.e.s par les conséquences économiques de la crise sanitaire. Précaires souvent stigmatisées et invisibilisées, les travailleuses du sexe (TDS) subissent de plein fouet les mesures de confinement. Si les situations sont différentes suivant l’activité et le contexte, toutes sont confrontées à des difficultés. 

Dans la rue, les prostituées se retrouvent en difficulté pour payer leur loyer et subvenir à leurs besoins faute de clients. Et puisque le travail est souvent informel, elles ne peuvent prétendre au chômage partiel ou aux aides réservées aux indépendant.e.s. Derrière les écrans, les cam girls qui ont vu leur activité augmenter n’ont pas pour autant une situation plus enviable. Suivant l’exemple d’Uber, les plateformes profitent de l’arrivée de nouvelles recrues pour baisser les tarifs. Pour les travailleuses du sexe la crise sanitaire vient aggraver la précarité.

Durant le confinement de nombreuses prostituées se retrouvent à la rue (Le Monde)

Dès le début du confinement, des prostituées qui logeaient dans les hôtels qui ont dû fermer se sont retrouvées à la rue. Faute de clients, celles qui logent dans des appartements et ne peuvent plus payer leur loyer risquent de les suivre. À cette précarité renforcée par la crise sanitaire s’ajoutent des difficultés dans l’accès aux distributions alimentaires et dans la possibilité d’une mise à l’abri pour celles qui ne disposent pas d’un logement.

Les travailleuses du sexe, encore oubliées par l’État (France info)

Exerçant un travail précaire et souvent informel, les TDS ne pourront pas toucher les aides de l’État d’un montant allant jusqu’à 1250 euros réservées aux travailleurs indépendants. Pour Dorys, trésorière du Strass (Syndicat du travail sexuel) : « Les oubliés des aides, ce sont toujours des gens déjà précarisés. » Elle rappelle que pour beaucoup, la prostitution est déjà “une solution de survie”. Le Strass a rédigé une lettre ouverte à l’intention du Président de la République pour qu’un fonds d’urgence d’un million d’euros soit constitué afin d’aider les TDS les plus précaires. 

Des cagnottes solidaires pour aider les plus précaires (Streetpress) 

Face à l’absence d’aide de l’État, les associations et les militant.es se sont mobilisé.e.s pour créer plusieurs cagnottes en ligne afin d’aider les travailleuses du sexe les plus en difficulté. Celle du Strass a déjà réuni plus de 64 000 euros, celle du compte Instagram @tapotepute a atteint 21 63 euros, tandis que d’autres cagnottes s’organisent par région. Le Strass a répertorié ces différentes cagnotes ici

La précarité des TDS mise en évidence par la crise sanitaire : « on a toujours besoin de bouffer » (Radio Parleur) 

Dans ce podcast, Judith, escort dominatrice qui anime le compte Instagram @tapotepute, et Awen, travailleur du sexe en région parisienne, racontent leur confinement difficile. Perte de revenu à hauteur de 1200 euros, reconversion sur le web et dans la photo pornographique ou encore survie grâce à la solidarité familiale et associative.

De la rue à l’écran : une intensification de l’activité des cam girls (BFM TV) 

Durant le confinement la demande sur les plateformes de mise en relation entre cam girls et clients augmente. Les travailleuses du sexe en ligne témoignent d’une augmentation de leur activité : « Désormais, je travaille au moins de 9 heures à 23 heures alors qu’en temps normal, je garde mes soirées pour lire » affirme ainsi une cam girl.

La profession de cam girls s’ubérise pendant le confinement (Numerama) 

Le problèmes des cam girls en temps de confinement, c’est qu’il y a plus de voyeurs que de payeurs. D’autant que si ces travailleuses du web travaillent plus que l’accoutumée, la rémunération à l’heure n’a pas évolué. Et elle n’est pas élevée : quelques euros par minutes dont 20 à 85% ponctionnés par les sites. À l’image d’Uber, les plateformes refusent de baisser les commissions tant que l’offre est haute. C’’est le cas en ce moment puisque beaucoup de  prostituées se sont converties au travail en ligne. Pour le sociologue Pierre Brasseur, “ces plateformes expliquent qu’en travaillant avec elles, il est possible de gagner beaucoup. Ce que l’on a vu, c’est qu’il faut surtout beaucoup de présence en ligne et de travail gratuit pour y arriver.” Il conclut : “les plateformes ont réussi à faire ce que personne avant elles n’avait réussi : casser les prix du marché du sexe.”

En Nouvelle-Zélande, les prostituées davantage protégées par l’État (The Guardian) 

Les travailleuses du sexe néo-zélandaises ont l’habitude de travailler avec le gouvernement. Une collaboration fructueuse qui a permis de leur éviter la précarité pendant la crise sanitaire. Depuis une loi élaborée en 2003 en concertation avec des travailleuses du sexe elles-mêmes, le travail du sexe est considéré comme toute autre forme de travail. Ainsi, lorsque les maisons closes ont fermé, les prostituées ont profité de la subvention salariale d’urgence mise en place pour tous les travailleurs dont les revenus ont baissé de plus de 30%. 

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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Hors-les-Murs #25 – Chili, Soudan, Liban, Hong-Kong… les soulèvements populaires confinés ? – Épisode 2

Dix ans après une première vague de soulèvements populaires déclenchés dans les pays arabes, qui pour le meilleur comme pour le pire ont marqué le paysage mondial, l’année 2019 a vu le déclenchement d’une nouvelle et vaste série de révoltes. Si l’irruption en France des gilets jaunes est souvent considérée comme le point de départ de la séquence, il serait plus juste de rappeler le démarrage, deux mois plus tôt, d’un grand mouvement populaire à Haïti qui s’est lui aussi distingué par sa longévité. Mais c’est avec les puissantes révolutions soudanaise (décembre 2018), puis en Algérie (février 2019) et à Hong Kong (mars 2019) que la vague prend la forme d’une lame de fond. Celle-ci touchera ensuite quasi-simultanément l’Irak, l’Équateur, le Liban, le Chili (octobre 2019), puis l’Iran (fin novembre), avant de venir heurter le mur de la pandémie de Covid-19.

Entre la peur de la contamination et les mesures de gestion sanitaire souvent autoritaires décidées par les gouvernements, les soulèvements populaires de l’année 2019 sont-ils eux-aussi « confinés », entravés par la séparation des corps, la limitation des déplacements, l’interdiction de l’espace public ? Sont-ils au contraire « en sommeil » avant un prochain réveil ?

Partout, les conséquences de la pandémie sur le fonctionnement habituel des économies ont entraîné une dégradation des conditions d’existence pour les milieux populaires (voir Hors-les-murs #17 : La crise sociale (et la révolte ?) qui vient). Dans de nombreux pays, la même affirmation désespérée résonne tel un écho à l’échelle planétaire : « Plutôt mourir du Coronavirus que mourir de faim. » La crise économique sera-t-elle, comme c’est déjà le cas au Liban, l’étincelle qui rallumera les braises de la contestation ? Ou la répression profitera-t-elle des « états d’urgence » sanitaires pour étouffer les révoltes ? Hors-les-Murs vous propose un tour d’horizon de la situation dans plusieurs de ces pays.

Épisode 2 : Hong Kong, le Liban et l’Irak

Pékin profite du coronavirus pour augmenter son emprise sur Hong Kong (Le Monde)

À Hong Kong, depuis le juin 2019, des manifestations massives réclamaient l’annulation d’un amendement de la loi d’extradition qui permettrait à la Chine continentale d’intervenir dans son système juridique jusqu’alors indépendant. Plus généralement, c’est contre le pouvoir de Pékin et pour plus d’indépendance et de démocratie que les manifestants ont rempli les rues. Le police gouvernementale a réagi avec une grande violence, interpellant 7 600 personnes, tandis que des milices suspectées d’appartenir à la mafia chinoise ont semé la terreur. Mais Hong Kong, qui se trouve à moins de 1000 km de Wuhan, épicentre de la pandémie, a pris des mesures drastiques pour lutter contre le Covid-19. Depuis le 1er janvier 2020, la révolte connait un coup d’arrêt forcé et aucune manifestation d’ampleur n’a eu lieu. Pourtant, comme nous vous en parlions déjà dans notre revue de presse Hors-Les-Murs #23, les manifestants hongkongais ne manquent pas d’inventivité. Les cortèges se déplacent en ligne et les slogans politiques s’incrustent dans le jeu vidéo Animal Crossing. De son côté, le gouvernement continue d’arrêter les opposants en allant les chercher chez eux. On ne peut pourtant plus les accuser d’être des “émeutiers”… 

La République populaire de Chine a profité de la panique liée à la pandémie pour ignorer le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures de Hong Kong. Le 17 avril, le Bureau de liaison chinois a affirmé avoir « toujours eu » un rôle de « supervision » sur les affaires de la région. Une déclaration illégale qui annonce sans doute une nouvelle réalité politique dans laquelle la Chine va pouvoir dicter l’ordre du jour à Hong Kong de manière beaucoup plus ouverte.  

Pandémie ou pas, les arrestations continuent (Mediapart)

Alors que Hong Kong se remet progressivement de la vague meurtrière du coronavirus, Jimmy Lay, 71 ans, un magnat de la presse et farouche opposant au Parti communiste chinois a été arrêté chez lui samedi 18 avril dernier. Depuis le début de la crise sanitaire, il est loin d’être le seul à avoir été arrêté pour des raisons politiques. Pour Avery Ng, figure du Parti de la ligue des sociaux-démocrates, « il s’agit de représailles claires et orchestrées de Pékin » qui « durcit sa stratégie en pleine pandémie et signifie ses priorités avec un signal très clair : que l’on soit vieux ou jeune, retraité ou actif, quiconque se battra pour défendre ses libertés sera arrêté ».

Les Libanais regagnent la rue face à l’aggravation de la crise économique (Le Commerce du Levant)

Au Liban, la révolution n’est pas non plus à l’arrêt. C’est au contraire une « version 2.0 de la Thaoura » (la révolution) qui se profile avec la reprise de manifestations dans le pays. Et celle-ci, en l’occurrence, s’annonce « sans concession », comme le note le journal libanais Le Commerce du Levant. Si la première vague déclenchée en octobre 2019 visait la corruption des élites, exigeait la fin d’un système politique basé sur le confessionnalisme religieux et le départ des gouvernants – « Tous ça veut dire tous ! » -, les manifestant.e.s redescendent cette fois dans la rue sous la pression d’une crise économique dévastatrice, devant laquelle le pouvoir reste exsangue.

À Tripoli, la grande ville du nord du pays surnommée « la mariée de la révolution », la manifestation du 27 avril s’est transformée en émeute. Les banques, rendues responsables de la situation et considérées comme un symbole du système en place, ont été prises pour cibles et parfois incendiées. L’armée, en réponse, a tiré à balles réelles, causant la mort d’un jeune homme, Fawaz al-Samman.

«L’inflation est telle qu’on ne peut plus rien acheter. On ne peut même plus nourrir nos enfants : on va mourir de faim si ça continue !», témoigne Bassel au Courrier du Levant. Le journal poursuit : « Pour Christine, une jeune étudiante, descendue manifester à Beyrouth place des martyrs la veille, «cette explosion de colère est le résultat de l’absence de réponse politique à des conditions sociales qui se détériorent». Même son de cloche pour Wissam, un consultant de 30 ans : «Les quartiers les plus défavorisés vont forcément avoir recours à des modes d’actions violents». Les préoccupations sanitaires arrivent loin derrière. «J’ai peur du coronavirus, mais j’ai encore bien plus peur de mon avenir», conclut Assad, un jeune ingénieur informatique. »

La rue en colère après la mort d’un manifestant à Tripoli (Mégaphone)

Le média indépendant Mégaphone a, de son côté, rassemblé des images des manifestations qui se sont à nouveau déroulées à Tripoli (comme dans d’autres régions du pays) le lendemain de la mort de Fawaz al-Samman, mardi 28 avril : « Colère de la rue à Tripoli après les funérailles du martyr Fawaz al-Samman. »

Pour les Irakiens, le “vrai virus” ce sont  les politiciens (L’Obs avec AFP) 

Depuis octobre 2019, les Irakiens manifestent contre leur État corrompu, l’absence de services publics de base et l’influence de l’Iran sur leurs gouvernants. Le peuple révolté a mis en place des campements anti-pouvoir et des dispensaires pour soigner les blessés de guerre. Dans le pays meurtri par deux décennies de guerre et d’ingérence occidentale, la pandémie de Covid-19 n’a pas arrêté les manifestant.e.s. Elle nourri au contraire d’autres revendications. Et dans les campements, les dispensaires ont été transformé en centre de prévention et de distribution de gel désinfectant. 

Depuis les débuts de l’épidémie en Irak, les manifestant.e.s continuent de se réunir sur la place Tahrir, à Bagdad. Et ils ont de nouvelles raisons d’être en colère : le prix  des médicaments en pharmacie a été multiplié par deux, trois ou même cinq, les médecins et hôpitaux manquent et le pays n’est tout bonnement pas prêt à faire face au virus. Fatima, une manifestante interviewée par l’AFP, déclare : “Le vrai virus, ce sont les hommes politiques.” Puis : “Déjà en temps normal, notre système de santé est complètement nul. Alors comment faire confiance à nos hôpitaux avec le nouveau coronavirus ? »

Les manifestant.e.s ne veulent pas d’un nouveau gouvernement corrompu (The Middle East Monitor) 

Un mois après les premiers cas, les Irakiens en lutte contre le pouvoir en place n’ont toujours pas quitté la place Tahrir. Ils s’insurgent notamment contre les assassinats d’activistes qui continuent à avoir lieu. C’est le cas de Umm Abbass, une célèbre militante tuée le 5 avril, à l’aube, lorsque des milices auraient pris d’assaut sa maison. Leur dernière revendication ? S’opposer à la nomination de Moustafa Al-Kazimi. Le 9 avril, l’ex-chef du renseignement a été désigné par le président Barham Salih pour tenter de former un gouvernement. C’est le troisième à être désigné, après deux tentatives ratées. 

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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Hors-les-Murs #24 – Chili, Soudan, Liban, Hong-Kong… les soulèvements populaires sont-ils confinés ?

Dix ans après une première vague de soulèvements populaires initiés dans les pays arabes, qui pour le meilleur comme pour le pire ont marqué le paysage mondial, l’année 2019 a vu le déclenchement d’une nouvelle et vaste série de révoltes. Si l’irruption en France des gilets jaunes est souvent considérée comme le point de départ de la séquence, il serait plus juste de rappeler le démarrage, deux mois plus tôt, d’un grand mouvement populaire à Haïti qui s’est lui aussi distingué par sa longévité. Mais c’est avec les puissantes révolutions soudanaise (décembre 2018), puis en Algérie (février 2019) et à Hong Kong (mars 2019) que la vague prend la forme d’une lame de fond. Celle-ci touchera ensuite quasi-simultanément l’Irak, l’Équateur, le Liban, le Chili (octobre 2019), puis l’Iran (fin novembre), avant de venir heurter le mur de la pandémie de Covid-19.

Entre la peur de la contamination et les mesures de gestion sanitaire souvent autoritaires décidées par les gouvernements, les soulèvements populaires de l’année 2019 sont-ils eux-aussi « confinés », entravés par la séparation des corps, la limitation des déplacements, l’interdiction de l’espace public ? Sont-ils au contraire « en sommeil » avant un prochain réveil ?

Partout, les conséquences de la pandémie sur le fonctionnement habituel des économies ont entraîné une dégradation des conditions d’existence pour les milieux populaires (voir Hors-les-murs #17 : La crise sociale (et la révolte ?) qui vient). Dans de nombreux pays, la même affirmation désespérée résonne tel un écho à l’échelle planétaire : « Plutôt mourir du Coronavirus que mourir de faim. » La crise économique sera-t-elle, comme c’est déjà le cas au Liban, l’étincelle qui rallumera les braises de la contestation ? Ou la répression profitera-t-elle des « états d’urgence » sanitaires pour étouffer les révoltes ? Hors-les-Murs vous propose un tour d’horizon de la situation dans plusieurs de ces pays.

Épisode 1 : l’Algérie, le Soudan et le Chili

En Algérie, le régime profite de la crise sanitaire pour mener sa répression à huis-clos (Le Monde)

En Algérie, ou le Hirak (mouvement de contestation) avait commencé en février 2019 et mené à la démission d’Abdelaziz Bouteflika, la crise sanitaire semble profiter au régime toujours contesté. Alors qu’une majorité des animateurs de la contestation ont appelé à une « trêve » des manifestations, le pouvoir, lui n’apparait absolument pas dans une logique de désescalade. Arrestations des figures du mouvement, procès expéditifs, censure sur les quelques médias indépendants…  « En cette période de confinement total des Algériens, le pouvoir en place active ses machines de répression et accélère la contre-révolution en essayant d’étouffer toutes les voix discordantes », soutient le Comité national pour la libération des détenus.

Au Soudan, les comités de résistance veillent sur la transition (et sur le virus) (Mediapart)

Au Soudan comme ailleurs, les mesures prises pour combattre la pandémie ont accru le rôle pouvoir central, le « conseil de souveraineté » chargé de conduire la transition démocratique prévue pour durer 39 mois. Constitué suite au mouvement révolutionnaire déclenché en décembre 2018 – sous la forme de manifestations dans tout le pays, de l’occupation durant presque deux mois du principal quartier de pouvoir de la capitale Khartoum, et de journées de grève générale qui ont réussi à mettre le pays à l’arrêt – l’instance composée de six civils et de cinq militaires a décidé d’élargir les mesures de confinement qui touchaient jusqu’ici principalement Khartoum, à la totalité du pays. Alors que la situation sanitaire a longtemps semblé sous contrôle, la veille du 1er mai 67 nouveaux cas de Covid-19 ont été détecté, portant le total des cas testés à 442.

Malgré le confinement, malgré aussi la crise économique qui s’installe et frappe les plus précaires, le mouvement populaire résistera-t-il au choc de la pandémie ? Celui-ci reste très ancré dans le pays, notamment via ses « comités de résistance » qui ont supplanté les comités de quartier d’ancien régime et ont établi un maillage très dense durant la révolution. Pour combattre le Covid-19, note Mediapart, « quelque 10 000 membres des comités de résistance sont aujourd’hui mobilisés dans tout le pays. Ils informent la population, collent des affichettes, distribuent des masques et des gants ».

Une victoire pour les Soudanaises : les mutilations génitales féminines interdites (New York Times)

La pandémie, en outre, n’a pas empêché des avancées importantes sur plusieurs fronts. En premier lieu, les Soudanaises, qui ont joué un rôle central au sein du processus révolutionnaire, ont obtenu l’interdiction et la pénalisation (jusqu’à trois ans de prison) des pratiques d’excision, qui frappaient selon les estimations 90 % des habitantes du pays. En second lieu, des poursuites ont été déclenchées contre l’ex-dictateur Omar Al-Bashir, renversé sous la pression du mouvement révolutionnaire en avril 2019 – ainsi que plusieurs caciques militaires et religieux de l’ancien régime – pour corruption et pour le coup d’État de 1989 qui avait, à l’époque, mis fin à une expérience démocratique de quatre années.

Au Chili, la pandémie de trop pour le pouvoir ? (The Conversation)

 Au Chili aussi, la pandémie semble avoir provoqué un retour au calme relatif, après des mois de contestations parfois très violentes. Ravivée par l’augmentation du prix du ticket de métro, la colère ont gagné les rues dès octobre 2019. Très rapidement, les revendications ont fleuri : démission du président Sebastián Piñera, accès à la santé et l’éducation, réduction des inégalités économiques qui rongent le pays, et enfin la promulgation d’une nouvelle constitution pour remplacer l’actuelle, issue du régime de Pinochet. Sur ce dernier point, le pouvoir avait fini par concéder un référendum qui devait se tenir le 26 avril et a été repoussé à octobre, crise sanitaire oblige.

Impossible de prédire si la contestation va se poursuivre ni quelle forme elle pourrait prendre, mais une chose est sûre : la gestion actuelle de la crise sanitaire ne peut qu’attiser les colères populaires. Pour les plus modestes : exposition accrue au virus, réduction des revenus du travail, difficulté à être traité ou soigné dans le système hospitalier etc. Loin de profiter de la crise pour se redorer le blason, le gouvernement chilien semble avoir misé sur la répression : état d’exception instauré le 18 mars, fermeture des frontières, couvre-feu, déploiement des forces armées etc.

Retrouvez la suite dans notre épisode 2 demain : Hong Kong, le Liban et l’Irak

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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Hors-les-Murs #23 – Spécial 1er mai : lutter en temps de confinement (et continuer après)

C’est un drôle de 1er mai que nous nous apprêtons à vivre. Pour la première fois depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, la fête des travailleuses et des travailleurs, initialement lancée par le mouvement ouvrier en mémoire du massacre de Haymarket Square, à Chicago, en 1886, ne verra pas ses traditionnels cortèges sillonner les villes du pays, crise sanitaire oblige.

De là à rester chez soi comme si de rien n’était ? Loin s’en faut. Malgré la pandémie qui frappe le monde et la crispation autoritaire qu’elle entraîne un peu partout, nombreuses sont celles et ceux qui se mobilisent, empruntent des chemins de traverse et entendent bien se faire entendre, même sans cortège. Mobilisations virtuelles, banderoles aux fenêtres, manifestations en respectant les distances sanitaires… Les propositions des syndicats, collectifs et autres citoyens rivalisent d’inventivité alors que la lutte semble plus necessaire que jamais.


Les origines du 1e mai, fête des travailleurs et travailleuses en lutte depuis les évènements de 1886 à Chicago (Là-bas si j’y suis)

Il faut remonter en 1886 pour connaître l’origine de la fête des travailleurs et des travailleuses. A Chicago, ainsi que dans le reste du pays, des ouvriers manifestent le 1er mai pour la journée de 8 heures. Ce mouvement prend de l’ampleur et sera violemment réprimé par la police le 3 mai. Bilan : 4 morts et des dizaines de blessés. Le lendemain, nouvelle mobilisation et nouvelles violences : 8 policiers sont tués par un tir de dynamite. Un prétexte parfait pour s’attaquer au mouvement ouvrier. 8 syndicalistes, considérés comme organisateurs du rassemblement, sont condamnés à mort, malgré l’absence de preuve. 6 sont exécutés. Il s’agit d’un procès politique du syndicalisme et plus largement du mouvement ouvrier. Le 1e mai, fête du travail ? Plutôt un chapitre fondateur dans l’histoire des travailleurs et travailleuses en lutte du monde entier. Mais combien s’en souviennent encore aujourd’hui ?

Malgré le confinement, les appels à manifester le 1e mai fleurissent (Reporterre)

Rassemblement place de la République, déploiement de banderoles aux fenêtres et balcons, sorties vêtu.e.s de blanc, appel à déposer des pancartes à l’entrée des villages : depuis Attac jusqu’à Paris-luttes.info en passant par la CGT ou le NPA, les appels à mobilisation dans toute ses formes se sont mutlipliés sur les réseaux sociaux. Deux hashtags pour suivre en la journée en temps réel sur les réseaux sociaux : #PourLeJourDapres et #PlusQueJamaisLe1erMai.

« Parce qu’on ne nous enlèvera pas le 1er Mai » (Cerveaux non disponibles)

Cerveaux non disponibles lance un appel destiné à rendre visible la mobilisation de ce 1er mai : « Que ce soit dans la rue ou à vos fenêtres, envoyez nous vos photos et vidéo de votre 1er mai. Nous les diffuserons dès le lendemain pour montrer que l’après a déjà commencé ! » Le média indépendant dresse également une liste des appels à manifester directement dans la rue : « A la veille du 1er mai, des soignants sont sortis dans les rues pour réclamer plus de moyens pour la santé et le service public. Demain, un peu partout en France, des opérations auront lieues. La plupart à domicile pour respecter le confinement. D’autres dans les rues, mais protégés (avec masque et distance de sécurité). »

1er mai : « Plus jamais ça ! Construisons ensemble le monde d’après » (ONG et syndicats)

25 organisations syndicales, altermondialistes, écologistes… co-signent un appel à manifester « depuis chez soi, avec des pancartes, banderoles ou en envahissant les réseaux sociaux », pour tourner la page avec le « monde d’avant » et réclamer des mesures d’urgence sociales, écologiques, féministes et démocratiques : « Plus jamais des travailleur·euses mis·e·s en concurrence et appauvri·e·s ! « Plus jamais » la dépendance aux marchés internationaux comme le manque de masques, de sur-blouses et de médicaments ;  « Plus jamais » les produits qui font le tour de la planète engendrant pollutions et émissions de gaz à effet de serre ! Et « plus jamais » la captation des ressources naturelles du Sud au seul profit des transnationales des pays riches. »

Une carte pour rendre visible les « colères au travail » (Covid-Entraide)

En réalité, le Covid-19 est loin d’avoir éteint les colères qui couvent ici et là. Une carte collaborative a été élaborée et mise en ligne à l’occasion du 1e mai afin de recencer et de visibiliser les travailleurs et les travailleuses en lutte partout sur le territoire. Débrayages, refus de la reprise du travail, grèves et droits de retrait : plus que jamais, les premières lignes se sont retrouvées exposées face au coronavirus, et la reprise à marche forcée de l’économie qui a été engagée jusqu’au 11 mai pourrait voir se multiplier ces foyers de contestation. 

Bas les masques ! Appel de soignat.e.s à construire un mouvement populaire (Basta !)

Cette colère populaire semble aujourd’hui traverser un bon nombre de secteurs professionnels. A commencer par celui de la santé, première ligne sacrifiée sur l’autel de l’économisme et de la rationnalité comptable des derniers gouvernements. Aujourd’hui, ils se mobilisent avec l’opération « Bas les masques », et appellent à les rejoindre pour constuire un mouvement populaire et de solidarité s’opposant aux responsables du désastre en court. 1e mai 2020, la date ou tout commence ?

A Hongkong, la colère gronde aussi sur un monde virtuel (Le Monde)

Dans l’ancienne colonie britannique rattachée à la Chine en 1997, il aura fallu une pandémie mondiale pour interrompre le cycle de manifestations entamé le 15 mars 2019. Enfin, pas tout à fait. Les (nombreux) Hongkongais.es remonté.e.s contre leur gouvernement ont rapidement trouvé de nouvelles voies pour (se) manifester. Par exemple, en détournant le jeu vidéo en réseau Animal Crossing, dans lequel les joueur.e.s débarquent sur une île pour s’y s’installer : « « La première chose que l’on fait en arrivant chacun sur notre île, c’est s’habiller en noir et de s’équiper des accessoires de manifestation : masque à gaz, casque de chantier… », explique une joueuse fraîchement initiée. » (…)

Sur l’île de Pikapika, aménagée par un trentenaire surnommé « Vice » qui a perdu son emploi depuis sa participation à la grève générale de l’été, toutes les activités offertes par le jeu ont été détournées. Le fond du trou à déchets a été couvert de portraits d’officiels qui se retrouveront ainsi peu à peu recouverts de détritus. Les animaux qui normalement font office d’assistants ou de « G.O. » (gentils organisateurs) ont été recrutés pour participer aux barricades, même si personne n’a encore trouvé le moyen d’introduire des gaz lacrymogènes ou des canons à eau. Quant à la « Nook Cranny », la boutique d’approvisionnement qui existe sur toutes les îles, elle a été déclarée « boutique jaune », ce qui signifie qu’elle sympathise avec le mouvement. »

Aux Etats-Unis, les « premières lignes » lancent une grève sans précédent (The Intercept)

Aux Etats-Unis, des travailleur.e.s de « première ligne » se mobilisent à travers tout le pays, comme le raconte The Intercept : « Une coalition sans précédent de travailleurs de certaines des plus grandes entreprises américaines va faire grève vendredi. Les travailleurs d’Amazon, Instacart, Whole Foods, Walmart, Target et FedEx sont appelés à cesser le travail pour dénoncer les profits records de leurs employeurs, réalisés au détriment de la santé et de la sécurité des travailleurs. »

« Les employés se déclareront malades ou quitteront leur travail pendant leur pause déjeuner, selon un communiqué de presse publié par les organisateurs. A certains endroits, des syndicalistes issus des bases syndicales rejoindront les travailleurs devant leurs entrepôts et devant les magasins pour soutenir les manifestations. »

« Travailleurs essentiels du monde entier, unissez-vous ! » (Roar magazine)

Le magazine américain Roar analyse les considérables opportunités de lutte et de transformation sociale offertes par la pandémie: « Les moments de crise transforment en profondeur les temporalités du changement politique, en venant perturber ce qui semblait jusque là stable et solide. Les conditions créées par cette crise nous donnent ici l’opportunité de créer un mouvement solide, sur lequel nous appuyer pour reprendre le contrôle de notre travail. Ce n’est qu’alors que nous pourrons définir collectivement la manière dont nous produisons et distribuons ce que nous considérons comme essentiel. »

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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Hors-les-Murs #22 – Chine, France, Italie, Espagne : quels déconfinements ?

Entre tournures de style, formules prudentes et injonction paternaliste à la responsabilité individuelle, Édouard Philippe a présenté, ce mardi 28 avril, les contours – encore flous – de ce que sera le déconfinement en France. Son allocution, censée clarifier les dispositions concrètes qui régiront nos vies après le 11 mai, a soulevé de nombreuses questions. Le plan ébauché est-il réellement applicable ? Est-il à la hauteur de l’enjeu sanitaire ? Quels sont les principes scientifiques qui ont guidé son élaboration ? Un détour par la Chine, l’Italie et l’Espagne, ces pays durement touchés qui ont eux-aussi dévoilé ou mis en œuvre des plans de déconfinement, permet d’apporter quelques éléments de réponse. 


En France un déconfinement prudent à partir du 11 mai (France Inter)

Port du masque obligatoire pour certain.e.s élèves, réouverture des crèches : voici le résumé des annonces d’Édouard Philippe lors de son intervention devant les députés, destinée à présenter la feuille de route du déconfinement qui pourrait commencer le 11 mai.

Un plan critiqué par une partie de la classe politique (Ouest-France)

Si la gestion de la crise sanitaire et du confinement a déjà fait l’objet d’une intense contestation politique, le plan de déconfinement proposé par Édouard Philippe à l’Assemblée nationale est également vivement critiqué. «Difficilement applicable», ce déconfinement semble pour certains être une «sortie hasardeuse» dans la mesure où «tout est encore loin d’être prêt».

La confusion de l’exécutif est totale, la défiance immense (Mediapart)

Les annonces faites par Édouard Philippe révèlent en creux des dissensions entre Matignon et l’Élysée. Ainsi, contrairement à Emmanuel Macron qui avait martelé la date du 11 mai lors de sa dernière allocution, le Premier ministre a renvoyé bon nombre de dispositifs à celle du 2 juin, qui fait aujourd’hui figure de nouvelle échéance. Édouard Philippe a également précisé que les mesures seraient adaptées « département par département », alors que l’Élysée ne souhaitait pas un déconfinement régionalisé.

La présidence verticale instaurée par Emmanuel Macron se heurte ainsi à la crise sanitaire. Les institutions sont malmenées, la société est braquée, les corps intermédiaires se méfient et les collectivités territoriales ne croient plus aux « jours heureux ». Quant au gouvernement, lui aussi confronté à cette hyper-présidence, il tente d’écoper le malaise. Sans y parvenir.

Dans les transports, un « déconfinement plus compliqué que le confinement » (Le Monde)

Le gouvernement veut renforcer l’offre des transports urbains tout en faisant baisser la demande, pour permettre de respecter les règles de distanciation sociale. Ce choix de la distanciation sociale en plus du port du masque a pris de court les entreprises de transport et, pour tout dire, va probablement leur rendre la vie impossible dans les semaines qui viennent.

Toutes (SNCF, RATP, Keolis, Transdev…) avaient milité pour le port du masque, mais comme substitut à la distanciation. Finalement, elles auront les deux. « Cela va être l’apocalypse », commente Laurent Brun, secrétaire général de la CGT-Cheminots. 

« Impossible », « absurde »… La réouverture des écoles inquiète enseignants et parents (Sud Ouest)

La réouverture progressive des écoles annoncée par Édouard Philippe suscite de nombreuses inquiétudes. « On ne comprend plus rien : on a un discours de prudence sur tout sauf sur l’école. Pourquoi faut-il se dépêcher de rouvrir les classes de maternelle et primaire, alors que ce sont des lieux de grande promiscuité ? », s’interroge Francette Popineau, secrétaire générale du SNUipp-FSU, premier syndicat du primaire.

Un tour du monde des déconfinements (Le Monde)

Avec des calendriers et des modalités de mise en œuvre très différenciées, tous les « déconfinements » ne se ressemblent pas. Alors que certains pays ont décidé de rouvrir les commerces mais pas les écoles, certains ont préféré faire le contraire. L’article propose un tour d’horizon des politiques de déconfinement à travers le monde.

A Wuhan, un déconfinement progressif et sous surveillance (Le Monde)

L’activité reprend lentement dans l’épicentre de la pandémie, où le confinement a été levé le 7avril. Wuhan, capitale géante de la province du Hubei, dans le centre de la Chine, s’ouvre progressivement. Une partie des barricades qui ferment les quartiers et les résidences ont été retirées. Mais les contrôles restent stricts et le traçage numérique est systématique. Les habitants doivent ainsi continuer à donner leur température et à montrer leur code QR pour aller et venir. Le déconfinement total et le retour à la normale semblent lointains.

En Italie, pas de réouverture des écoles avant septembre (Le Figaro)

Dimanche 26 avril, le premier ministre italien Giuseppe Conte a dévoilé son plan de déconfinement. Le pays qui a pour l’instant payé le plus lourd tribut dans cette crise sanitaire (27 000 morts) s’apprête à une reprise partielle d’activité à partir du 4 mai. Ainsi les secteurs manufacturier et de la construction redémarreront à cette date. En revanche, les écoles resteront fermées jusqu’en septembre car « tous les scénarios préparés par un comité d’experts prévoyaient des risques élevés de contagion en cas de réouverture des écoles ».

Les autres différences entre l’Italie et la France (Huffington Post)

Confinée une semaine après l’Italie, la France lance également son « déconfinement » avec une semaine de décalage. Mais les les modalités de ce allégement varient d’un pays à l’autre, concernant l’ouverture des écoles, celle des restaurants, des commerces, ou encore sur les possibilités de se déplacer librement. Cet article joue au jeu des sept différences entre les deux pays.

En Espagne, un plan progressif et régionalisé (La Croix)

Le premier ministre espagnol Pedro Sanchez a fixé, mardi 28 avril, la feuille de route du déconfinement « progressif » du pays. Il se fera par « phases » jusqu’à « fin juin », date à laquelle l’Espagne espère entrer dans une « nouvelle normalité ».

Pause-déjeuner des employés d’une usine automobile Dongfend Honda, le 23 mars 2020 à Wuhan (AFP)

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Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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Hors-les-Murs #21 – Chez McDonald’s, frites et profits quoi qu’il en coûte

La crise sanitaire n’arrête pas la multinationale au “M” jaune, symbole de la malbouffe et quatrième employeur au monde. Quitte à mettre en danger employés et clients. En toute discrétion, douze restaurants de la marque ont continué à livrer tout au long du confinement, sans respecter les mesures sanitaires de rigueur.

Et le 21 avril, McDonald’s France a annoncé la réouverture partielle et progressive de ses autres points de vente. Le plus triste dans tout ça ? Les longues files de voitures créant des embouteillages à l’entrée des drive-in  réouverts. Pour nous autres confinés déprimés, dur de résister au sucre ajouté et aux arômes artificiels. Heureusement, un bastion de révoltés dans un McDo marseillais offre une lueur d’espoir et transforme le fast-food en distributeurs de denrées gratuites. 

McDonald’s commence se déconfine avant l’heure (Le Monde)

Contrairement à la plupart des restaurants, bars et cafés, le numéro un mondial de la restauration rapide n’attend pas le 11 mai pour relancer son activité. Les ventes à emporter et livraisons étant autorisées, l’entreprise a annoncé l’ouverture partielle de ses établissements. Sans oublier les 850 points de vente qui proposent des drive-in. Des ré-ouvertures qui se feront au compte-goutte, malgré les réticences des salariés. 

Un franchisé exemplaire pour la maison-mère  (StreetPress)

Depuis que le confinement a commencé le 15 mars dernier, douze McDonald’s n’ont en fait jamais fermé. Ils appartiennent au même franchisé, un certain Bernard Simmenauer qui opère dans la région de Tours et a fait prendre de vrais risques aux employés et aux clients. Un escroc rattrapé par l’Etat ? Loin s’en faut. Le directeur est resté ouvert en toute légalité, profitant d’une autorisation nationale, délivrée par le gouvernement au Snarr (Syndicat National de l’Alimentation et de la Restauration Rapide) pour maintenir ses ventes à emporter. Pour rattraper ce raté de communication, la multinationale a fait passer cette décision pour un “test”. 

Risquer la contamination pour des burgers  (Mediapart)

Mediapart a également enquêté sur les conditions de travail au sein des douze McDonald’s du franchisé de Tours. Au programme : annulation du droit de retrait pour les salariés, absence de masques, de gants et de gel, non-application des distances de sécurité… « Aujourd’hui, ma compagne part sauver des vies et moi servir des burgers ! Je ne travaille pourtant pas dans un supermarché, je ne fais pas partie du personnel soignant, je ne suis pas un agent d’entretien, je ne suis pas un routier et je ne suis pas toutes les autres personnes indispensables pendant cette crise sanitaire. Je suis employé d’une grande chaîne de fast-food américaine à Tours, je prends donc le risque de vous contaminer et de contaminer mes collègues ou de l’être pour que des citoyens puissent manger des burgers ! » s’est insurgé un employé sur sa page Facebook. 

Des embouteillages pour une boîte de nuggets  (Le Parisien)

La réouverture partielle d’une poignée d’établissements McDonald’s a provoqué des bouchons dans plusieurs villes d’Ile-de-France. L’appel de la frite ! À Saint-Gratien, commune du Val d’Oise (95), la file de voitures pour commander un Big Mac ou une boîte de nuggets était telle que les bouchons se sont multipliés. Notre chère police a même dû intervenir et le drive a temporairement fermé. 

Comment McDo a remplacé nos bistrots (Le Monde)

McDonald, si important dans le coeur des français ? Dans cet article daté de 2018, Le Monde explique comment McDo a réussi le tour de force de détrôner pour de nombreux Français le café du village en tant que lieu de vie sociale. Les causes ? Déjà la désertification des places de villages, où les cafés et bistrots ferment les uns après les autres. Mais aussi des stratégies commerciales contestables, comme l’implantation d’un établissement en face d’un lycée. Tout pour les profits, on vous dit.

Et sous les plaques de cuisson, la solidarité… 

Un McDo en lutte pour aider ceux qui ont faim (Là-bas si j’y suis) 

Le McDonald’s de Saint Barthélemy, un quartier populaire de Marseille, a été réquisitionné par les habitants et les militants pour être transformé en plateforme de distribution de nourriture pour les plus démunis. Grâce aux dons d’associations, de grossistes, de petits commerçants et des paysans locaux, ils ont pu distribuer des denrées de première nécessité mais aussi des fruits et légumes bio aux personnes impactées le plus durement par le confinement. Il faut dire que ce McDo n’est pas n’importe quel McDo. Les syndicalistes de l’antenne phocéenne se battent depuis des années contre la maison-mère et mettent en place un modèle social allant à l’encontre de l’idéologie de l’entreprise. L’histoire de leur lutte est à retrouver dans le documentaire Happy Meal & lutte des classes de Julien Brygo (Le Média, 2018). 

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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Hors-les-Murs #20 – Solitudes connectées et angoisses démultipliées : la santé mentale à l’épreuve du confinement

Le confinement en temps de pandémie rend fou. Du moins, il exacerbe les peurs, les angoisses, le stress, le sentiment de confusion, la colère et le désarroi chez toute une partie de la population. C’est ce que tendent à confirmer les observations de ses effets en Chine ainsi que les études antérieures menées sur les quarantaines imposées pendant l’épidémie de Sras entre 2002 et 2004. Selon les conditions de vie, l’âge, le genre et la situation sociale, nous ne sommes pas tou.te.s égaux.les face aux effets psychologiques du confinement. Ceux-ci peuvent être démultipliés chez les personnes déjà fragiles. Mais aucun moyen supplémentaire n’a été débloqué pour la psychiatrie. Pire, le suivi psychiatrique des personnes qui en ont le plus besoin est parfois entravé par les contrôles policiers. Pour pallier l’isolement, des réseaux de solidarités se mettent en place.

« La contagion des trouilles » (Mediapart)

Sur Mediapart, l’auteur de sciences fiction Alain Damasio se penche sur « ce que le coronavirus fait à nos corps, nos psychés, nos perceptions, nos libertés ».  Il observe que la crise que nous vivons « active nos peurs multiples, nos paranos, nos anxiétés. Notre hypocondrie. Nos insurmontables angoisses. Et donc notre soif inétanchable d’en sortir, par les certitudes fragiles qu’un flux tendu d’infos est censé nous apporter. Alors ça compulse dur. Les audiences des sites d’infos explosent. Ah cette construction hors sol et hors corps d’une espèce de vérité flottante sur les événements, qui finit par prévaloir sur le réel ! La contagion des trouilles est devenue pulvérulente. On la hume tous et toutes, fenêtres pourtant fermées, dans nos solitudes connectées dont les fils se touchent. »

Stress post-traumatique, confusion et colère : les effets psychologiques du confinement (France 24)

Les observations du romancier sont confirmées par les premières études scientifiques qui se sont emparées du sujet. Syndromes de stress post-traumatique, confusion ou encore colère. La mise en quarantaine d’une population est souvent associée à un effet psychologique négatif, révèle une méta-analyse du King’s College de Londres, au Royaume-Uni. Ce rapport, publié en mars dans la revue médicale The Lancet, a un écho tout particulier dans cette période de confinement que vit une large partie de la population mondiale.

Dans le Wuhan (Chine), une enquête montre qu’un tiers des personnes est sujet au stress (France Inter)

Une enquête chinoise publiée le 6 mars portait, elle, sur le degré de détresse psychologique de la population. Elle a permis de collecter 52 000 réponses et révèle que 35% des personnes avaient un stress psychologique modéré. Ce sont les personnes âgées ou isolées, les femmes et les adolescents qui sont en Chine les populations les plus fragiles. Et puis dans le même temps cette enquête indique l’émergence de symptômes psychiatrique nécessitant une prise en charge chez 5% de la population au bout de trois semaines de quarantaine.


Les leçons du Sras : une information fiable et cohérente est cruciale (Courrier International)

Rima Styra, professeure en psychiatrie, et Laura Hawryluck, professeure de médecine de soins intensifs, toutes deux à l’université de Toronto, qui se sont penchées sur les quarantaines imposées pendant l’épidémie de Sras ont détecté des symptômes de Stress Post Traumatique (PTSD) chez 29 % des personnes concernées et des signes de dépression chez 31 % d’entre elles à la sortie de l’isolement. “Nos travaux ont vraiment mis en lumière l’importance d’une information fiable, cohérente et mise à jour, qui permette aux individus de comprendre ce que l’on sait, ce que l’on ne sait pas, et ce qui est fait pour combler ces inconnues”, nous expliquent les chercheuses.

Inégaux face aux conséquences psychiques du confinement (L’écho)

Les femmes ressentent plus négativement la situation, « parce qu’elles sont souvent en première ligne pour les activités familiales et l’éducation. Avec le confinement, on est passé de relations habituellement entre 3-4 personnes à des relations entre 2 personnes. La structure du réseau est affectée, ce qui diminue le support émotionnel. Les femmes comptent beaucoup plus sur ce support émotionnel en cas de difficultés…. », souligne le journal belge L’écho.

TOC, troubles alimentaires, anxiété (Courrier International)

Le contexte d’épidémie et de confinement peut occasionner différentes angoisses chez des sujets dont le rapport à l’alimentation, à l’approvisionnement et au corps est déjà compliqué. Le fait d’entendre constamment parler de nourriture, par exemple, ou la pression que peut entraîner l’injonction des réseaux sociaux à profiter du confinement pour faire de l’exercice. Mais aussi les mouvements de panique dans les supermarchés, et les pénuries qu’ils ont entraînées peuvent être source d’angoisse, souligne une spécialiste interrogée par le site Insider. “Si vous accumulez davantage de nourriture chez vous, vous augmentez le risque d’une crise alimentaire, simplement parce que la nourriture est là, devant vous. Pour certains, c’est un cauchemar. C’est comme enfermer un alcoolique dans un magasin de vin.”

Un plan blanc pour les hôpitaux, un plan bleu pour les Ehpad et rien pour la psychiatrie. (Le Parisien) 

« Il a fallu attendre le 23 mars pour que des consignes soient élaborées à l’attention des établissements psychiatriques, sans donner de moyens concrets pour leur mise en œuvre. À l’heure où les urgences sanitaires se multiplient de toute part, les patients suivis en psychiatrie pèsent un poids trop faible pour bénéficier d’une prise en considération suffisante. » Une tribune signée par une centaine de médecins et d’associations, réclame plus d’attention à l’égard de cette population fragile et souvent stigmatisée.

Une police autoritaire envers les personnes psychologiquement fragiles (Libération) 

Cette stigmatisation des personnes à la santé mentale fragile, on la retrouve lors des contrôles policiers. En venant consulter sa psychiatre, un patient au RSA écope d’une amende de 135 euros pour avoir «mal rempli» son attestation de sortie. Dans un témoignage circonstancié publié dans Libération, son médecin dénonce une police autoritaire.

La permanence d’assistance psychologique de la cantine des Pyrénées : un exemple de solidarité en temps de confinement (Paris-Luttes infos) 

Alors qu’on nous intime l’ordre de rester chez nous entre quatre murs, comment faire fonctionner la solidarité ? Pour aller au-delà de la réponse humanitaire à l’urgence sanitaire et sociale, la Cantine des Pyrénées, une cantine autogérée portée par un collectif du 20e arrondissement de Paris, a mis en place différents outils dont une permanence téléphonique pour orienter les personnes isolées ou souffrant du confinement, qui redirige notamment vers la permanence d’assistance psychologique de la Cantine.

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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Hors-les-Murs #19 – Dans les EHPAD, nos aînés sacrifiés sur l’autel de la rentabilité

Si nous ne sommes pas égaux face aux dangers de l’épidémie de covid-19, les aîné.e.s payent un très lourd tribut, notamment dans les EHPAD, où les personnels débordés peinent à contenir la vague. Près de la moitié des décès enregistrés sur le territoire l’ont été à huis-clos et dans la solitude de ces Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes. Sous-équipement  du personnel, manque de dépistages, niveau de médicalisation insuffisant, informations lacunaires, mesures de confinement tardives, décès en cascade : la crise du coronavirus expose avec une lumière crue la fin de vie réservée à certain.e.s de nos aîné.e.s, entre sacrifice de la dignité et logiques de rentabilité financière.

Tous les EHPAD sont touchés en Île-de-France (Le Figaro)

Tous les établissements se retrouvent sous la menace d’une hécatombe. En Île-de-France, l’intégralité des EHPAD compte au moins un cas entre ses murs.  

Dans la région Grand-Est, l’horreur quotidienne se joue à huis-clos (France3)

Alors que les EHPAD ont rouvert aux premières visites depuis l’instauration des mesures de confinement, difficile de réaliser l’extrême détresse dans laquelle sont plongé.e.s les résident.e.s des établissements touchés par le covid-19 : «le huis clos dans les chambres de 10 m², la souffrance des gens qui y meurent sans respirateur, sans rien, sans personne, le son de la visseuse des pompes funèbres qui scelle les cercueils, et les voisins de chambre, valides, qui entendent à défaut de voir. Qui pleurent en attendant leur tour. Non, personne n’est prêt à entendre cela je crois. »  

Journal de bord d’un volontaire solidaire dans un EHPAD (ZÈDEGRAFIK Blog Mediapart)

Stephen est volontaire dans un EHPAD à Nantes. Il nous plonge en dessin dans la réalité de cet établissement à l’aide de son journal de bord poignant : entre application difficile des gestes barrières, quotidien bousculé des seniors, douceur et angoisse.


L’isolement des aîné.e.s, crève-cœur pour les familles (Mediapart)

L’isolement provoqué par les mesures de confinement, que ce soit en EHPAD ou en milieu hospitalier a rapidement créé des situations de détresse extrême, notamment pour les personnes en fin de vie et pour leur famille. Des situations qui font débat au sein du personnel soignant et qui pose la question de la mort imposée sous prétexte sanitaire, comme le confirme un médecin en soins palliatifs : « On a réalisé assez vite la violence inouïe que cela représentait pour les mourants et leurs proches de leur interdire de se voir même dans les services les plus arc-boutés à la règle. C’est une question d’humanité, d’éthique de ne pas les entraver dans ce moment rendu encore plus douloureux et brutal par le virus. Nous ne sommes pas que des techniciens du soin. »

Derrière l’hécatombe dans les EHPAD, un nouveau scandale d’État ? (Rapports de force)

Manque d’information, pénurie de masques et de tests, retards à l’allumage injustifiables des autorités sanitaires, comptabilité erratique et lacunaire, la gestion de l’épidémie dans les EHPAD semble constituer un énième fiasco pour l’État face à la crise sanitaire. C’est ainsi qu’en Charente, 18 employés d’un établissement ont préféré prendre les devants : ils sont restés confinés avec les pensionnaires près de 3 semaines. « Une mesure radicale prise sur la seule initiative du directeur et de ses salariés. Une anticipation qui révèle en négatif les cafouillages, l’impréparation, le manque d’organisation et l’absence de planification du gouvernement. » 

Les groupes d’EHPAD aux profits colossaux face à la crise de leur modèle (Libération) 

Le gouvernement, seul coupable ? Ce serait négliger l’importance des logiques de profit et de rentabilité de ces établissements auxquels nous confions nos aîné.e.s. En 2016, le secteur ne réalisait pas moins de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, avec une marge de plus de 15%. La fin de vie de plus agé.e.s est devenue un business comme un autre avec ses hommes d’affaires (en 2018, six propriétaires de groupes d’Ehpad figurent parmi les plus grandes fortunes de France), ses groupes tentaculaires et ses dividendes. 
Manque de personnel, sous-médicalisation, pénurie d’équipement : il semble bien que leurs profits et les cours boursiers passent avant les vies. Mais qu’on se rassure, le groupe Korian – leader du secteur – avait bien anticipé la possibilité d’un tel scénario. Ainsi, le document de référence de l’année 2018 annonçait que «le développement d’une épidémie à grande échelle pourrait avoir un effet négatif sur l’activité, la réputation, la situation financière et les résultats du groupe, notamment en raison de la perte d’activité éventuelle qui pourrait en résulter ainsi que des coûts supplémentaires susceptibles d’être engendrés par la mise en place de mesures sanitaires exceptionnelles».

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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