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Hors-Les-Murs#18 Le Coronavirus, une fausse bonne nouvelle pour la biodiversité

Un puma dans les rues de Santiago du Chili. Un alligator dans un centre commercial américain. Des bouquetins aperçus au bord d’une plage en Israël. Des dauphins dans un port de Sardaigne. Des rorquals dans les eaux des Calanques. Des canards gambadant dans les rues de Paris. Des daims dans celles de Boissy-Saint-Léger. Les témoignages du « retour » d’animaux sauvages dans nos villes désertées se multiplient sur les réseaux sociaux, faisant la joie d’humains confinés en manque de nature. Pourtant, inutile de se bercer d’illusions, la nature ne reprend pas « ses droits » et ce répit de courte durée pourrait voir ses maigres effets bénéfiques totalement anéantis par des plans de relances économique ultra polluants ainsi que par l’abandon des législations environnementales.

Confinés mais aux aguets (LPO) 

Dès le début du confinement, la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) a lancé une vaste opération de recensement des oiseaux autour de chez soi. Les néophytes peuvent s’aider de fiches disponibles sur le site Oiseaux des Jardins. Les résultats de cette opération, qui a connu un grand succès, seront connus après le confinement.

« Cette crise remet en cause notre relation au reste du vivant » (Ouest France) 

Allain Bougrain-Dubourg, le directeur de la LPO, explique que l’absence de pollution sonore est une aubaine pour les oiseaux, notamment en période de reproduction. « Ils ont besoin de s’exprimer pour séduire les femelles et marquer leur territoire. Il y a tellement de bruit que certains d’entre eux finissent par refuser de chanter alors que d’autres font des efforts terribles pour se faire entendre. » Effets bénéfiques également pour les amphibiens, les hérissons, les chevreuils ou encore les renards, qui ne finiront pas leur existence écrasés sur le macadam.


En Chine, interdiction de manger des animaux sauvages. (Le Monde) 

Alors que le pangolin et les chauves-souris sont accusés d’avoir servi d’hôtes intermédiaires au coronavirus, Pékin a annoncé des mesures pour endiguer la vente et la consommation d’animaux sauvages, un secteur dont le poids économique est estimé à 600 milliards de yuans (77 milliards d’euros). Mais les associations de défense des animaux s’inquiètent de failles dans cette législation pour l’industrie de la fourrure, la médecine traditionnelle, la recherche médicale et l’élevage pour les zoos. 


Faute de touristes, les singes meurent de faim en Thaïlande. (Courrier International) 

Le confinement n’est pas une bonne nouvelle pour tous les animaux, surtout pour ceux qui survivent grâce à l’industrie touristique. En Thaïlande, les singes sont habituellement nourris par les touristes en échange de photo. Leur absence entraîne une pénurie de nourriture pour des animaux qui ne savent plus la chercher par eux-mêmes. Une violente bagarre entre deux bandes de singes affamés a récemment éclaté dans les rues de Lopburi. Toujours en Thaïlande, plus de 1000 éléphants exploités par l’industrie touristique pour­raient mourir de faim, leur gardiens ayant du mal à se procurer de la nourriture nécessaire. Enfin, au Japon dans la ville de Nara, les cerfs habituellement nourris par les touristes, pénètrent dans la ville pour fouiller les poubelles.


Un répit et après ? (Reporterre) 

Le naturaliste Pierre Rigaux se réjouit du répit « temporaire » pour certains animaux, comme les oiseaux ou les amphibiens, mais s’inquiète de la suite. « À court terme, le fait qu’il y ait moins d’humains paraît positif – les animaux consacrent moins de temps à être vigilants et donc plus de temps à se nourrir, à se reproduireMais que se passera-t-il quand, dans quelques semaines, les humains reviendront à nouveau ? « 


Le climat a besoin de mesures sur la durée (LCI) 

Malgré des effets positifs à court terme, comme la baisse des émissions de gaz à effet de serre et de la pollution, l’avenir s’annonce sombre pour la planète. Le chercheur et membre du GIEC François Gemenne est plutôt pessimiste. « L’Histoire nous apprend qu’il y a toujours un rebond de la pollution et des émissions de gaz à effet de serre après les crises : les plans de relance économique ont tendance à vouloir relancer la machine, c’est-à-dire une économie essentiellement fondée sur l’extraction des énergies fossiles ». 


Le coronavirus, une bombe à retardement pour le réchauffement climatique (Basta !)  

Interrogé dans Basta !, François Gemenne pense que la crise économique post déconfinement va être utilisée comme excuse pour se débarrasser des réglementations environnementales, pour « instiller l’idée que pour avoir une économie qui fonctionne, il faudrait relâcher la contrainte environnementale… Autrement dit, que la protection de l’environnement serait un ennemi de l’économie, ce qui me semble dramatique en termes de message politique. »    

Climat et biodiversité : la crise du coronavirus sera-t-elle un électrochoc ? (France Culture)

Le coronavirus a entraîné le report de tous les grands évènements climatiques, de la COP26 à Glasgow à la COP15 de l’ONU sur la biodiversité ainsi que le sommet sur les océans. En Europe, certains pays demandent à revenir sur le « Green new deal » un pacte vert doté de 1 000 milliards d’euros sur dix ans pour financer la transition écologique. Pour la diplomate Laurence Tubiana, économiste et architecte de l’accord de Paris sur le climat, c’est au contraire le moment où jamais de mettre en œuvre un plan de relance verte. Et surtout, d’avoir des citoyens informés qui feront pencher la balance du bon coté. « Cette pandémie peut convaincre les citoyens qu’il faut changer les choses et du coup, en retour, donner l’énergie et le courage aux gouvernements d’y aller. Ce facteur de l’opinion publique va être tout à fait déterminant.« 

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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Hors-les-murs #17 – La crise sociale (et la révolte ?) qui vient

Pour des centaines de millions de personnes à travers le monde, la crise sociale consécutive au « ralentissement » généralisé des économies se conjugue déjà au présent. Précaires ubérisés des services, intérimaires de l’industrie ou travailleurs migrants dans les pays riches, ouvrières du textile et soutiers de la production électronique à l’autre bout des chaînes de sous-traitance, sans parler de l’armée des travailleur.e.s informel.le.s : pour beaucoup, la pandémie est synonyme d’une situation critique.

Malgré les tentatives précipitées – et pour le moins aventureuses – de redémarrage économique par des gouvernants sidérés, tout laisse pourtant penser que la crise ne fait que démarrer. Au FMI, on s’angoisse : « L’ampleur et la vitesse de l’effondrement de l’activité ne ressemblent à rien de ce que nous avons connu au cours de notre vie. »

Partout, la situation ravive des questionnements existentiels que les soulèvements des dix dernières années ont déjà tenté d’inscrire à l’agenda : celui d’injustices devenues insupportables et de gouvernements incapables de répondre aux demandes les plus essentielles. Aujourd’hui face à la pandémie, sur qui l’effort doit-il reposer ? Pour l’instant, rien n’indique une volonté de modifier les logiques qui prédominaient avant la crise. Les populations accepteront-elles, une fois encore, de payer la facture ?

Le FMI prédit une récession mondiale historique (Le Monde)

La planète « doit s’attendre à une récession comme [elle] n’en a pas connu, en temps de paix, depuis près d’un siècle, prévient le quotidien Le Monde. Dans ses perspectives sur l’économie mondiale publiées mardi 14 avril, le Fonds monétaire international (FMI) prévoit une contraction de 3 % du produit intérieur brut (PIB) de la planète en 2020, en prenant l’hypothèse d’une diminution de la pandémie de Covid-19 au second semestre de cette année. »

« L’éventualité d’une chute encore plus brutale en 2021 n’est pas exclue. Les conséquences économiques du « Grand Confinement », comme l’appelle désormais le FMI, en référence à la Grande Dépression de 1929, ne vont épargner aucun continent. »

Affamées, des ouvrières du textile manifestent en plein confinement (Guiti News)

Tout au bout des chaînes de production, les conséquences se font déjà durement sentir. Ainsi « au Bangladesh, deuxième atelier textile du monde, les commandes plongent, les usines s’arrêtent, les travailleurs sont mis à la porte, et les salaires ne sont pas payés, raconte Guiti News, media indépendant composé de journalistes réfugié.e.s et français.es. La faute au coronavirus ? La faute plutôt aux grosses marques de prêt-à-porter, celles qui pèsent plusieurs millions de dollars et qui refusent de payer leurs commandes. » (…)

« Âgées pour la plupart d’une vingtaine et d’une trentaine d’années, ces ouvrières ont manifesté toute la semaine, enfreignant l’ordre de confinement imposé depuis le 26 mars. Lundi et jeudi, elles ont bloqué les routes menant à la capitale et occupé certains quartiers. Nombreuses sont celles qui n’ont pas été payées depuis plus de deux mois. « Nous sommes affamées (…). Si nous n’avons pas de nourriture dans notre estomac, à quoi bon suivre le confinement ? Nous sommes plus inquiets de la faim ou du paiement de notre loyer que du virus », explique Brishti, l’une des 800 employés de la manufacture Tex Tailors. »

Le coronavirus, fardeau de trop pour un Liban déjà en crise (La Croix)

Déjà bien installées avant la crise du Coronavirus, les difficultés économiques s’aggravent pour des millions de Libanais.e.s, dont certain.e.s, raconte La Croix, « en viennent à commettre le pire : plusieurs personnes, minées par les soucis financiers, ont tenté de s’immoler par le feu. Un ouvrier au chômage, qui voulait vendre son rein pour payer son loyer, a suscité l’émoi. (…) L’impact pourrait être tout aussi grave pour le 1,5 million de réfugiés syriens qui ont fui le conflit voisin : jusque-là, ils « travaillaient dans l’agriculture et dans le secteur des services, mais ils ne sont plus en mesure de le faire ». »

À Tripoli, la deuxième ville du pays « où 57 % des ménages vivaient déjà, avant la crise, sous le seuil de pauvreté », des émeutes de la faim ont éclaté, avec des slogans faisant écho aux souffrances des ouvrières bangladaises : « Nous préférons être emportés par le coronavirus plutôt que de mourir de faim. »

Aux États-Unis, le chômage n’en finit plus de se propager (Libération)

Aux États-Unis aussi, la crise, qui ne semble pourtant faire que commencer, prend déjà des proportions dramatiques pour l’armée des précaires désormais sans emploi : « Avec la crise économique liée au Covid-19, le taux de chômage pourrait passer outre-Atlantique de 3,5 % en février à 20 % dès les prochaines semaines. Et atteindre, selon les pires scénarios, un pic à plus de 32 %. (…) En quatre semaines, depuis la mise en place des mesures de confinement mi-mars, les États-Unis comptent plus de 20 millions de nouveaux demandeurs d’emploi ». Autant dire que Donald Trump, désormais, marche sur un volcan.

Le confinement, une bombe sociale pour l’Italie (Mediapart)

En Italie, parmi les premiers pays frappés après la Chine, les effets sociaux du confinement et de la mise à l’arrêt de l’économie se font aujourd’hui durement sentir, comme le rapporte Mediapart : « En Campanie, la Banque alimentaire a noté une hausse de 45 % des demandes d’aide pour le mois de mars. Le syndicat agricole Coldiretti estime qu’un demi-million de personnes ont besoin d’une aide alimentaire d’urgence (…). Dans son édition du 27 mars, le quotidien économique Il Sole-24 Ore estime, lui, qu’en deux mois de quarantaine, plus de 260 000 familles italiennes pourraient passer sous le seuil de pauvreté. »

En Inde, le confinement aggrave la pauvreté à grande vitesse (Le Figaro)

En Inde, pays de 1,3 milliards d’habitants et déjà objet de l’une de nos dernières revues d’actualité, « la situation se tend chaque jour davantage, souligne Le Monde, et le gouvernement ne semble toujours pas avoir pris la mesure de la souffrance et de l’impatience des plus démunis. Il y a quelques jours à Surat dans le Gujarat, des travailleurs du secteur textile, des centaines de tisseurs, s’étaient regroupés sur une route pour demander que des bus les ramènent chez eux. Ils avaient mis le feu à des charrettes et s’étaient affrontés aux forces de l’ordre. »

Dans les quartiers populaires, « si on remplit le frigo, on chope le Corona » (Le Monde)

En France aussi, de nombreuses personnes sont déjà au bord de la rupture, comme le raconte Le Monde depuis Clichy-sous-Bois : « Mercredi 15 avril, ils étaient des centaines à patienter pour remplir leurs chariots de salades, courgettes, pommes, yaourts et crème fraîche. Sans débourser un centime. Organisée par le collectif Aclefeu et le centre social Toucouleurs, avec le soutien de la Fondation Abbé Pierre, cette distribution alimentaire était la troisième en huit jours. 190 personnes se sont présentées la première fois, 490 la deuxième, puis 750. »

« Les cinquante palettes de nourriture données par des anciens des quartiers, grossistes, semi-grossistes et vendeurs(…) n’ont pas suffi à répondre à la demande. Du jamais-vu. « Il y a urgence dans ces territoires, tout va se casser la gueule. Des centaines de personnes que nous ne connaissions pas sont en train d’apparaître sur nos radars. On ne sait pas comment elles vont trouver les ressources un mois de plus pour se nourrir. »

En Afrique du Sud, le confinement ravive les inégalités (RFI)

Alors que le pays est en confinement au moins jusqu’au 1er mai, le gouvernement du président Cyril Ramaphosa annonce un plan de 24 milliards d’euros. Dans les townships « la colère monte, raconte RFI, alors que les habitants n’ont presque plus de quoi se nourrir. Les manifestations se multiplient ces derniers jours, dans ces quartiers pauvres, se concluant souvent par des heurts avec la police. »

« Des scènes de pillages sont également de plus en plus nombreuses dans la région autour du Cap : lundi, deux camions chargés de vivres ont été attaqués et dévalisés. Hier, ce sont des magasins d’alimentation générale qui ont été pris pour cible dans la localité de Macassar, à l’est du Cap. »

Coronavirus : le monde au bord d’une explosion sociale majeure (Les Echos)

Face à cette situation pour le moins instable, le quotidien Les Echos, propriété via LVMH du milliardaire Bernard Arnault, s’inquiète – avec, il faut l’admettre, une certaine lucidité – d’une possible explosion sociale généralisée sur fond de récession économique : « Troubles sociaux, manifestations violentes, révoltes, voire révolution… Les risques d’effondrement de la société, mis sous le boisseau par les mesures de confinement adoptées dans la majorité des pays du monde, pourraient de nouveau faire irruption dans le paysage. »

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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Hors-les-murs #16 – Ce que « rester chez soi » veut dire : les inégalités du confinement

« Sauvez des vies, restez chez vous ». Contre l’épidémie, tel est le mot d’ordre répété par les autorités pour faire respecter le confinement. Comme si nous étions en situation d’égalité face à cette injonction à l’auto-discipline.

Une maison individuelle, isolée en rase campagne et inondée de soleil. L’affiche appelant à rester chez soi proposée par l’illustrateur Mathieu Persan dépeint une réalité : celle des classes supérieures qui ont pu rejoindre leur résidence secondaire. C’est le cas de certain.e.s écrivain.e.s qui se sont empressé de raconter cette expérience hors du temps dans des journaux de confinement. À Leïla Slimani qui chronique ainsi sa retraite dans Le Monde le magazine Brain répond : « Tandis que votre esprit vagabonde dans les vertes prairies, il y en a dont les angoisses rebondissent dans des 15 m2 loi Carrez. Vous osez dire : “Nous sommes confinés. J’écris cette phrase mais elle ne veut rien dire.” Pour d’autres, c’est une réalité brutale, pas un putain de week-end prolongé ».

Nos confinements sont le reflet de nos conditions de vie. Loin de cette retraite bucolique, pour beaucoup, sans logis et les mal logé.e.s d’abord, se confiner est synonyme de promiscuité, d’insalubrité et de vulnérabilité. Si les inégalités face au logement ne sont pas nées avec le confinement celui-ci les révèle et les renforce. Les mots de Mona Chollet, tirés de son essai Chez soi (disponible en accès libre ici),nous le rappellent : « Dans la maison se projettent aussi certains des problèmes les plus brûlants auxquels nous sommes confrontés. […] La quête d’un logement est devenue une entreprise qui expose la majeure partie de la population à la violence des inégalités et des rapports de domination. La difficulté de se loger, ou de se loger correctement, que chacun tente de déjouer comme il peut, entrave, contraint et exténue des millions d’existences. On reste rêveur en imaginant à quoi ressembleraient nos vies si l’espace était une denrée abondante et accessible, y compris dans les grandes villes. » 

La « catastrophe » du confinement pour les mal-logé.e.s (Reporterre)

Logements surpeuplés ou insalubres, familles fragiles et dépendantes des associations et services sociaux désormais fermés… Le confinement démultiplie les difficultés pour les mal-logé.e.s. Les associations tentent de s’organiser.


Être sans-abri à Paris pendant le confinement (Courrier International)

Le quotidien des personnes sans domicile fixe est rendu encore plus difficile par la pandémie, relate le Financial Times qui s’est rendu dans les rues de Paris. Les associations font de leur mieux, mais les aides du gouvernement restent limitées tandis que les contrôles de police entravent leurs activités.


Dans les foyers, les chibanis meurent à huis clos (Médiapart)

Dans les foyers de travailleurs migrants, les facteurs de décès s’accumulent : vulnérabilité, promiscuité, maladies chroniques, renonciation aux soins… Face à cela, la réponse des bailleurs et des pouvoirs publics a été tardive et lacunaire.

« Notre plus grande angoisse c’est que l’un de nos foyers devienne un cluster de l’épidémie » (InfoMigrants)

Entassés à plusieurs dans des chambres, les travailleurs migrants vivant en foyers, et parfois même dans des squats informels, sont contraints à la promiscuité et à quelques entorses au confinement. L’inquiétude touche autant les résidents que le personnel qui doit faire preuve d’une vigilance accrue, surtout en Île-de-France, région la plus touchée par le coronavirus et qui subit déjà de plein fouet la sur-occupation des logement.


« Le confinement a considérablement aggravé la situation dans les quartiers défavorisés » (Le Monde – tribune)

Dans le contexte de crise sanitaire, promiscuité, précarité et habitats dégradés affaiblissent encore les liens sociaux dans ces quartiers à un point qui risque d’exploser, alertent, dans une tribune au « Monde », trois professionnels de la prévention.

Covid-19, miroir des inégalités territoriales et sociales dans le 93 (Libération – tribune)

La Seine-Saint-Denis est un des départements les plus touchés par l’épidémie  : décès en forte hausse, manque cruel d’équipements sanitaires, surpopulation dans de nombreux logements.


Une gestion policière du confinement aveugle aux inégalités (Métropolitiques)

Accusés d’aggraver la pandémie en raison de leur supposée « incivilité », les habitant.e.s des quartiers populaires sont montrés du doigt par des discours réactivant le fantasme du ghetto urbain. De nombreuses inégalités – de logement, santé, travail et transport – rendent pourtant le confinement particulièrement difficile dans les cités HLM, et exposent davantage leurs habitant.es au coronavirus. Dans ce contexte les appels au civisme qui visent à modifier les comportements individuels pour que la lutte contre l’épidémie soit efficace ont également pour fonction de légitimer une gestion policière et punitive de la crise sanitaire.


Face aux difficultés, la solidarité s’organise dans les quartiers (Le Monde)

Les quartiers populaires entament leur deuxième mois de confinement à bout de souffle, mais encore soutenus par un faisceau de solidarités inédites, réinventées dans l’urgence.« A ce rythme, dans un mois, nous, travailleurs au noir, travailleurs précaires, habitants des quartiers, enfants des quartiers, on va se retrouver définitivement hors jeu, redoute Nadia, de Marseille. Pour l’instant, on tient grâce aux solidarités locales et parce qu’on ne veut pas se laisser faire. Mais pour combien de temps encore ? »


En caravane, tente ou camion, comment vit-on le confinement ? (Reporterre)

Ils habitent en tente, en camion ou en caravane, par choix ou par manque de moyens. Certains sont habitués à l’isolement et ne se sentent pas à l’étroit. D’autres, privés de leur liberté, prennent leur mal en patience. Reporterre est allé à la rencontre de ceux qui vivent leur confinement à l’extérieur.


Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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Hors-les-murs #15 – En Inde, confinement sous haute tension

En Inde et ses 1,3 milliard d’habitants, la catastrophe sanitaire, sociale et humaine se joue à très grande échelle. Le 24 mars, un confinement y a été instauré de manière brutale, en quatre heures, maintenant des millions de travailleur.e.s bloqué.e.s loin de leur région d’origine. Sa prolongation, annoncée le 14 avril par le gouvernement nationaliste de Narendra Modi, est tombée comme un couperet pour toutes celles et ceux qui espéraient alors se rapprocher de leurs familles.

Qu’il s’agisse de se loger, de subvenir à ses besoins matériels et alimentaires immédiats, de se protéger du virus, ou qu’il s’agisse des violences policières consécutives à l’application des mesures prises par le pouvoir, les classes populaires, littéralement « enfermées dehors » et privées du luxe du confinement, sont plongées dans la précarité et l’angoisse la plus totale. Selon un dirigeant d’Oxfam, la politique menée en Inde, loin d’être humanitaire, relève d’une « logique punitive »

« Ce n’est pas le virus qui va nous tuer, c’est la faim ! » (Courrier international)

Peu après l’annonce du prolongement par le Premier Ministre, plus d’un millier de personnes ont protesté ce mardi 14 avril en gare locale de Bandra, à Mumbai : « Laissez nous rentrer chez nous ! » ; « Le virus ne nous tuera pas mais la faim, si! » La manifestation a été dispersée à coups de lathis, ces bâtons qu’utilise la police indienne. Quelques jours plus tôt, au Gujarat (Etat du nord-ouest) des travailleurs.euses de l’industrie textile manifestaient déjà pour signifier leur détresse et leur colère.

Confinement et répression : « Des victimes collatérales par millions » (Politis)

Sur le sous-continent, la crise sanitaire vient exacerber des inégalités sociales déjà insupportables. Le pays manque d’équipements de protection personnelle, les infrastructures de santé sont débordées et réparties de manière très inégalitaire. « En Inde, relève Politis, l’application stricte de la distanciation sociale (…) relève du privilège. L’un des plus grands bidonvilles d’Asie, situé à Mumbai, a beau avoir été bouclé après la détection d’un troisième cas d’infection, le 4 avril, ses habitants n’ont pas d’autre choix que de sortir de leur pièce unique pour accéder à l’eau et aux toilettes. »

Malgré un plan de 20 milliards d’euros – jugé largement insuffisant et inadapté par la société civile -, la crise sanitaire est devenue crise humanitaire, aggravée par les violences policières. Pour répondre aux mouvements de foule et restreindre les migrations, la police réprime à coups de lathis – des bâtons en bois ou en bambous. Elle inflige des punitions dégradantes et infantilisantes à celles et ceux qui ne peuvent respecter le confinement de même, parfois, qu’à des bénévoles distribuant des rations. 

Le coronavirus attise la haine anti-musulmane (New York Times)

Dans les médias et certains discours politiques, le virus est assimilée à un agent étranger propagé par les musulman.es sous la forme d’un « covid-jihad ». Une stratégie politico-médiatique de criminalisation qui rappelle les récents évènements qui se sont déroulés en Inde ces derniers mois dans le cadre de la réforme de la loi sur l’accès à la citoyenneté – citizenship amendment act. Fin février, un lynchage pro-hindou avait fait 50 morts en quelques jours dans les quartiers musulmans du nord de Delhi.

Un célèbre missionnaire musulman inculpé par les autorités (La Croix)

« Muhammad Saad Khandalvi, leader indien de l’organisation Tablighi Jamaat, a été inculpé pour homicide mi-avril », relève le journal La Croix. Si la Tablighi Jamaat (plus grand mouvement missionnaire musulman au monde) a bien organisé un rassemblement qui a pu constituer un foyer de propagation du virus début mars, le confinement n’était pas encore de rigueur et le Ministère de la Santé déclarait encore que le coronavirus n’était pas une urgence sanitaire. De nombreux autres rassemblements religieux (hindous, sikhs) ont également eu lieu, parfois même après l’annonce du confinement général (lockdown). Sans que ceux-ci ne soient stigmatisés et criminalisés dans les discours publics.  

La mise en scène du confinement par Narendra Modi (Libération)

De leur côté, le gouvernement et le premier ministre mettent en scène une communication très populiste. De nombreuses vidéos en témoignent : sur l’une, le premier ministre expliquant respecter assidument le confinement, entouré de plusieurs collaborateurs lors d’une réunion ; sur une autre, encourageant les citoyen.ne.s à faire du yoga ; sur une troisième, appellant à une union symbolique de la patrie indienne en allumant des bougies le 9 avril ou, plus tôt, à faire du bruit à 5h du soir pendant cinq minutes pour remercier le personnel soignant et les personnes encore en activité… « Certains, zélés, dépassent même les instructions et descendent dans la rue, se rassemblent en groupes pour mener des mini-processions bruyantes. Ci-gît la précieuse distance sociale. Baissez le rideau. » note Libération.

« Quand la liberté de la presse est atteinte par le coronavirus » (The Wire.in)

Parallèlement, le gouvernement a tenté de museler la presse indienne en se tournant vers la Cour Suprême pour interdire aux journalistes de répandre des infos sur la pandémie sans qu’elles ne soient validées. La Cour Suprême a retoqué cette demande, mais a tout de même laissé la voix ouverte à une possible dérive puisqu’elle demande tout de même aux médias indiens de s’en référer aux bulletins officiels lorsqu’ils traitent du Covid-19.  Le ministre en chef de l’Uttar Pradesh, l’extrêmiste Yogi Adityanath, a porté plainte contre le média TheWire.in pour avoir rapporté sa participation à un rassemblement religieux hindou le 25 mars, premier jour du confinement.   

En Inde, l’accès total à internet est une priorité pour limiter la propagation (Amnesty International)

L’accès à Internet étant toujours restreint dans l’État du Jammu-et-Cachemire, sous couvre-feu depuis l’été dernier quand le gouvernement a décidé de révoquer le statut d’autonomie de la région, Amnesty international souligne que la lutte contre la pandémie passe également par le respect des droits humains : « La pandémie suscite une angoisse croissante, et de telles restrictions sur le contenu et la diffusion de l’information ne peuvent qu’ajouter à la panique. Cela diminue la capacité de la population à évaluer les risques de manière précise et à prendre des précautions en conséquence. Le gouvernement doit adopter une démarche de protection de la santé publique qui soit respectueuse des droits, et rétablir l’accès à l’Internet 4G en Inde. » 

Pendant la pandémie, la chasse aux intellectuels se poursuit (Le Monde)

Dans le même temps, « en dépit de la crise sanitaire et humanitaire due au nouveau coronavirus, souligne Le Monde, l’Inde poursuit sa politique de répression à l’égard des opposants au pouvoir en place. Mardi 14 avril, l’universitaire et militant des droits de l’homme Anand Teltumbde et le journaliste Gautam Navlakha ont été arrêtés par la National Investigation Agency, l’organe chargé de la lutte antiterroriste dans le pays. » Face à cette situation, Amnesty International a lancé une pétition exigeant la libération des défenseur.e.s des droits humains détenu.e.s en Inde.

En photo : Trois agents de la police indienne à Delhi (© Sid_Y)

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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Hors-les-murs #14 – D’Aubervilliers à Montréal, la grève des loyers se propage !

Rent Strike US

Le drap blanc qui flotte aux fenêtres n’est pas seulement synonyme de trêve ou signe de soutien aux soignants. Aux États-Unis, en Espagne ou au Canada, il est devenu l’emblème de la #GrèveDesLoyers. Dans un contexte où de nombreux locataires déjà fragiles perdent leur revenu, il est urgent de les exonérer de la plus lourde traite qui pèse sur eux.

À travers le monde, cette idée trouve un large écho et plusieurs villes ont décidé de l’appliquer aux logements sociaux. Rien de tel en France. Tout juste 150 euros en guise d’ « aide exceptionnelle de solidarité », à peine un cache-misère. Alors, dans les territoires les plus fragiles, des pétitions circulent pour appeler à la grève ou demander des suspension de loyers.

Nous ne pouvons pas travailler = nous ne pouvons pas payer. (Rouen dans la Rue)

Pour les partisans de la #GrèveDesLoyers l’équation est simple : nous ne pouvons pas travailler = nous ne pouvons pas payer. D’où les deux possibilités suivantes : soit les autorités déclarent un gel des loyers au moins pendant la durée du confinement, soit les locataires vont devoir imposer d’eux-même cette interruption par le refus pur et simple de payer.


 Lisbonne, Berlin et Barcelone suspendent les loyers (Le Figaro)

Au Portugal, la mairie de Lisbonne a annoncé que les loyers de logements sociaux pourront ne pas être réglés jusqu’au mois de juin pour venir en aide aux ménages fragilisés par l’épidémie de coronavirus, selon la presse locale. Cette suspension concerne les logements sociaux qui seraient environ 24.000 dans la capitale portugaise. Ce sont près de 70.000 personnes qui n’auront donc plus à payer leur loyer aux bailleurs sociaux durant cette période. Le même type d’initiative a été mis en place à Barcelone et Berlin. Pour l’heure, aucune suspension des loyers pour les particuliers a été prononcée en France mais Emmanuel Macron a promis de suspendre les loyers des petites entreprises en difficulté.

La fondation Abbé Pierre réclame un fonds national d’aide au paiement (FranceTV Info)

Face aux craintes, le gouvernement a simplement annoncé une aide exceptionnelle de solidarité, « de 150 euros par ménage au RSA, 100 euros de plus par enfant ». Pour la fondation Abbé Pierre cette aide exceptionnelle ne suffit pas, son président réclame un « fonds national d’aide au paiement des loyers et des charges ». 


Pour les étudiants, la hantise des loyers impayés (Médiacités Lille)

  À Lille, la hantise du loyer impayé monte chez les étudiants confinés. Outre la crainte de contracter le Covid-19, nombre d’étudiants lillois s’inquiètent de la perte des petits jobs leur permettant de payer leurs loyers ou de financer leurs études. Ils en appellent à l’Etat pour compléter les dispositifs d’aide mis en place par le Crous et l’Université. 


À Aubervilliers, des associations demandent l’annulation des loyers (ACTA)

Depuis le début du confinement, un grand nombre de locataires doivent survivre avec un revenu diminué, voire sans revenu, tout en continuant de devoir assurer le paiement de leur loyers, charges et dépenses alimentaires. Face à la crise l’Alliance Citoyenne d’Aubervilliers, Auber Habitat CGL Aubervilliers et l’amicale Bonjour voisin ont adressé à l’Office public de l’habitat (OPH) D’Aubervilliers une demande d’annulation des loyers pour les locataires en difficulté. 


Suppression des loyers jusqu’à la fin de la crise sanitaire (Le Parisien)

Face à la précarité grandissante, une amicale de locataires de la Courneuve a adressé une pétition aux « présidents des offices publics et privés des HLM de Seine-Saint-Denis ». Signée par plus de 1800 personnes celle-ci demande, purement et simplement, la « suppression des loyers jusqu’à la fin de la crise sanitaire », pour les familles les plus fragiles. Selon les bailleurs, hors de questions d’exonérer les habitants de leurs traites sans compensations des pouvoirs publics.


En France, un appel à la grève (Paris-Luttes Info)

La proposition d’une grève des loyers se propage depuis quelques jours, parallèlement au coronavirus, en réaction à la crise politique, économique et surtout sociale qu’il provoque, qui vient s’ajouter à ladite « crise sanitaire ». Aux États-Unis, de nombreux appels se relayent dans la rue à travers les banderoles et tags qui fleurissent dans beaucoup de grandes villes, notamment de l’Ouest américain, mais aussi sur les réseaux sociaux. Le hashtag #rentstrike parmi d’autres exemples permet de rassembler des propositions autonomes d’organisation d’une lutte contre les loyers durant la pandémie et pourquoi pas au-delà !


Aux États-Unis, la grève des loyers cartographiée (VisionsCartos)


Le COVID-19 a exacerbé les injustices en matière de logement aux États-Unis. En raison de l’épidémie, de très nombreux locataires ne peuvent plus travailler et payer leur loyer. Les expulsions, déjà en hausse avant l’épidémie, se multiplient. Elles touchent en premier les personnes fragiles, sans revenus et sans protection sociale. Dans ce contexte, une initiative de résistance inédite essaime à travers le pays : la grève des loyers. Les contributeur.ice.s de « Anti-Eviction Mapping Project » répertorient les grèves de loyers en cours (maisons bleues) et celles qui pourraient survenir (maisons brunes). Ils cartographient également (en vert) les États qui ont déjà pris des mesures pour protéger les locataires, ceux (en rose) qui préparent des mesures allant dans ce sens. 


En Espagne, grève des loyers et fonds de solidarité (El Salto Diario)


En Espagne, le plan d’aide national destiné aux familles vulnérables, adopté fin mars, est jugé « insuffisant pour protéger les intérêts des familles » par les syndicats de locataires. Ceux-ci ont lancé une grève des loyers à partir du 1er avril. Sur la page suspensionpage.org, ils expliquent comment rejoindre et soutenir la grève, notamment via des fonds de soutien et de résistance. L’un d’entre eux, lancé sur Goteo.org, a déjà collecté 33 000 euros sur les 100 000 visés. Dans le même temps, une pétition sur Change.org exigeant « la suspension des paiements de loyer durant l’état d’urgence » a récolté plus de 65 000 signatures.

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Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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Hors-les-murs #13 – Durant l’épidémie, la police se déchaîne sans complexe

Les naïfs auraient pu espérer un répit des violences policières à l’occasion de la crise sanitaire que traverse le pays. Loin s’en faut : les exactions des forces de l’ordre se poursuivent, notamment sur les populations les plus vulnérables, à commencer dans les quartiers populaires. Plus que jamais, le travail de vigilance et de surveillance des abus policiers apparaît nécessaire, si ce n’est vital. Filmer – même depuis sa fenêtre -, signaler, recenser, partager largement les témoignages sur les réseaux sociaux reste un des seuls moyens de faire pression sur les autorités et les forces de l’ordre.

Témoignages de violences policières dans les quartiers populaires (Association Le Paria)

Coup de taser pour une jeune femme qui pousse un caddie de course, tabassage en règle d’un jeune parti acheter du pain, violent coup de pied dans les testicules à cet autre homme sans prendre la peine de jeter un œil à son attestation : les témoignages extrêmement choquants, souvent documentés par des vidéos, s’accumulent depuis le début du confinement.  

Dans les quartiers populaires, pas de trêve sur le front des violences policières (Reporterre)

Comme l’explique très bien Reporterre, ce que change la crise actuelle, c’est l’amplitude laissée aux forces de l’ordre sur le terrain pour faire appliquer les mesures de confinement. Pas moins de 100.000 policiers et gendarmes ont été déployés en France. Mais avec le confinement, il n’y a souvent plus personne pour s’interposer, ou pour filmer les forces de l’ordre en roue libre. Pour Julien O’Miel, maître de conférences en science politique et membre fondateur de l’Observatoire lillois des pratiques policières, la période actuelle renforce l’arbitraire en laissant aux forces de l’ordre « une marge de manœuvre extrêmement forte » pour faire respecter les règles de confinement. De plus, « l’impossibilité de se déplacer pour les militants associatifs limite l’exercice de contre-pouvoirs. »

Communiqué d’une vingtaine d’associations et de collectifs pour dénoncer des pratiques abusives, violentes et discriminatoires (Ligue des droits de l’Homme – LDH) 

Dès le 27 mars, un collectif d’associations et de syndicats dont le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), Human Rights Watch, la Ligue des droits de l’Homme (LDH) ou encore l’UNEF adressait un communiqué au ministre de l’Intérieur et au directeur général de la Police nationale afin de les alerter sur les nombreux abus constatés sur le terrain : « de tels comportements sont inacceptables et illégaux. L’état d’urgence sanitaire ne doit pas être en rupture avec l’État de droit et ne saurait justifier des contrôles discriminatoires ni un recours à la force injustifié ou disproportionné par les forces de l’ordre françaises. »  

Réponse de Christophe Castaner sur France Inter quant aux violences policières constatées (Compte Twitter David Dufresnes)

Au sommet de l’État, rien de neuf sous le soleil, c’est le déni qui prévaut. Droit dans ses bottes, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a balayé ces accusations au micro de France Inter, à grand coup de chiffres, arguant que seulement 300 signalements avaient été effectués sur la plate-forme dédiée du ministère de l’Intérieur 

Les quartiers populaires, un bouc émissaire facile pour l’extrêmedroite et une partie de la droite (Mediapart)  

Les quartiers populaires sont aussi victimes d’une intense campagne de dénigrement venant de l’extrême-droite et d’une partie de la droite, renouant ainsi avec le réflexe classique du bouc émissaire. Depuis Marine Le Pen jusqu’à Valeurs Actuelles en passant par Eric Ciotti, de nombreuses voix entretiennent le fantasme délirant et dangereux de quartiers indisciplinés dans lesquels les règles sanitaires ne seraient pas respectées. Des déclarations loin d’être anodines lorsqu’on sait que le Rassemblement national demeure largement plébiscité parmi les forces de l’ordre. En revanche, personne pour évoquer la messe de Pâques clandestine tenue dans le 5e arrondissement de Paris et que la Préfecture de police n’a pas jugé utile de déranger.  On sait pourtant que les rassemblements religieux – notamment à Mulhouse – ont constitué des clusters de contamination dans les premières précédentes. Mais pour ces catholiques indisciplinés, pas d’insultes ni de matraque. Plutôt une grande mansuétude préfectorale.

Inventaire non exhaustif de verbalisations abusives émanant des forces de l’ordre (site Carnet de Notes)

Les verbalisations abusives semblent devenues monnaie courante, et pas seulement dans les quartiers populaires. Le site carnet de notes dresse un premier inventaire des PV « arbi­traires ou abusifs, mora­le­ment ou léga­le­ment ».  

En Inde, la police utilise de longues triques de bois pour frapper ceux qui ne respectent pas le confinement (Twitter – Sweta Dash)

La situation hexagonale est loin d’être un cas isolé. Un peu partout dans le monde, c’est à grand coup de répression que les États font respecter les mesures de confinement. La police indienne s’illustre par ses méthodes ultra violentes à l’encontre de ceux qui braveraient les consignes. Munis de longs bâtons, les forces de l’ordre n’hésitent pas à marquer les corps pour marquer les esprits.

Aux États-Unis, les personnes racisées en première ligne face au virus comme aux violences policières (The Guardian)

Aux États-Unis, les personnes racisées sont à la fois sociologiquement les plus exposées mais aussi les plus réprimées par les forces de l’ordre. Pour le Guardian « while the officers’ conduct may not have been related to enforcing social distancing measures, the pandemic, at the least, gives police an incentive to arbitrarily terrorize vulnerable communities even further. » (Bien que la conduite des policiers ne soit peut-être pas été liée à l’application des mesures d’éloignement social, la pandémie donne l’opportunité à la police de terroriser encore plus arbitrairement les communautés vulnérables. »)

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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Hors-les-murs #12 – Dans les CRA, contaminations et révoltes

L’interruption quasi-totale du trafic aérien a entraîné, par ricochet, celle de la machine à expulsions des immigrés sans-papiers. Faute de pouvoir « éloigner », selon le terme pudiquement employé par l’administration française pour évoquer ces expulsions souvent brutales, les juges ont peu à peu relâché de nombreuses personnes détenues dans les centres de rétention administrative (CRA).

Mais toutes et tous n’ont pas eu cette chance, et certain.es continuent de subir des conditions d’enfermement rendues encore plus inhumaines par l’urgence sanitaire. Depuis les CRA, les détenu.e.s racontent l’hygiène déplorable, la promiscuité susceptible de favoriser la circulation du Covid-19, les brutalités policières et leur sentiment d’abandon. Lorsque les premières contaminations ont été détectées, la révolte a rapidement gagné plusieurs centres.

Levée de bouclier contre le maintien en fonctionnement des CRA (Politis)

Dès le 20 mars, soit juste après le début du confinement, « le défenseur des droits, Jacques Toubon, la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Adeline Hazan, et le Président de de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, Jean-Marie Burguburu, ont durement condamné le maintien en rétention observé dans les CRA, les considérant «illégaux». » Quelques jours plus tard, cinq associations saisissaient le Conseil d’État pour demander la fermeture immédiate des centres.

Le Conseil d’État refuse la fermeture totale des centres de rétention (Libération)

Une requête rejetée le 27 mars par la haute cour administrative, au motif que la plupart des exilé.e.s détenu.e.s auraient déjà été libéré.e.s depuis le début de la crise sanitaire : «Alors que les 26 centres de rétention ont une capacité d’accueil totale d’un peu plus de 1 800 places, ils ne comptaient que 350 personnes retenues à la fin de la semaine du 16 mars, et seulement 152 à la date du 26 mars», argumente le Conseil d’État dans son arrêt. Même à une échelle réduite, les CRA continueront donc à fonctionner, quitte à mettre en danger.

Premiers cas, tensions et dépôt de plainte au CRA de Vincennes (94 Citoyens)

Le site d’info locale « 94 Citoyens » décrit la situation au CRA de Vincennes, où plusieurs prisonniers et mais aussi des policiers ont été diagnostiqués positifs au Covid-19 : « Alors que le coronavirus a pour spécificité d’être extrêmement contagieux, ces cas avérés à l’intérieur du centre, dont les parties communes sont partagées par tous, ont provoqué la peur et la colère des autres retenus et suscité une montée de la tension. Certains paniquent et nous craignons un drame »s’alarme un membre de l’association SOS Soutien Ô Sans Papiers, laquelle a déposé ce vendredi une plainte (…) pour mise en danger de la vie d’autrui. Un syndicat policier réclame aussi la fermeture du centre.

Au CRA du Mesnil-Amelot, une révolte pour la survie (BondyBlog)

Les personnes toujours détenues au CRA du Mesnil-Amelot, près de l’aéroport de Roissy, ont fini par se révolter dans la nuit de samedi à dimanche (11 et 12 avril), suite à la découverte d’un probable cas de Covid-19 parmi eux – un détenu récemment arrivé. Le BondyBlog raconte l’injustice et le désespoir vécus par celles et ceux qui sont maintenus enfermé.e.s malgré l’épidémie, la promiscuité sur place, les conditions d’hygiène déplorables.

Le BondyBlog conclut sur un cas résumant l’absurdité et la violence du système : « Citoyen européen, Gabriel vit en France, il travaille en France, il est marié à une Française et ses enfants sont scolarisés en France. Mais qu’importe : il est enfermé dans l’attente d’être expulsé (…). Arrivé mardi dernier après un contrôle de police dans la rue, Gabriel n’a pas été testé en arrivant. Comme les autres, il vit dans l’insalubrité, la puanteur, la crainte. Et, comme si tout cela ne suffisait pas, sous le spectre d’une pandémie à laquelle la France les expose de façon indigne. »

Des témoignages audio de la révolte au CRA du Mesnil-Amelot (Paris-Luttes.info)

Le site coopératif Paris-Luttes.info (qui effectue un suivi régulier de la situation dans les CRA) rend lui-aussi compte de la révolte au Mesnil-Amelot. Les témoignages audio de prisonniers montrent que leur déshumanisation n’a pas cessé malgré la pandémie : « Ils ne dépistent pas les gens, ils ramènent des gens de l’extérieur sans savoir s’ils sont malades ou pas, et ils nous mélangent tous ! Les toilettes sont sales, on ne peut même pas se doucher, ils nous donnent un savon tous les douze jours. C’est sale, c’est sale… (…) C’est pas normal de vivre comme ça, on est en France, en 2020, on est pas des animaux. »

Dans les centres d’hébergement pour migrants, l’angoisse et la débrouille face au coronavirus (Infomigrants.net)

A l’extérieur des CRA aussi, dans les lieux qui hébergent les exilé.e.s, la peur de la contamination est omniprésente. Le site Infomigrants raconte la situation dans les hébergements d’urgence et autres centres d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada), où le manque de moyens implique d’avoir recours au système D : « Dans les centres d’hébergement pour migrants et réfugiés, le virus menace de se propager à toute vitesse. Gestes barrières, sensibilisation et gestion des tensions font désormais partie du quotidien de ces lieux de vie collectifs qu’il a fallu réorganiser pour limiter les risques de contagion. » 

Comment soutenir depuis l’extérieur, et en confinement, les personnes enfermées (association Genepi)

L’association Genepi explique comment apporter un soutien aux personnes enfermées dans les CRA : appeler les cabines téléphoniques, dans les centres, afin de parler aux détenu.e.s (l’article renvoie vers la liste des numéros), envoyer des e-mails en masse à la préfecture ou à l’administration des CRA, et bien-sûr en parler, s’exprimer, manifester : « Accrochons des banderoles et écrivons partout que les CRA et taules doivent être fermés maintenant et pour toujours ! (…) Montrons notre solidarité à toutes les personnes enfermées dans les prisons, les CRA et autres lieux de privation de liberté en France et ailleurs. » 

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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Hors-les-murs #11 – Pour l’hôpital public, l’austérité à perpétuité ?

« L’État compte les sous, on va compter les morts ». Ce slogan que l’on pouvait lire sur une banderole d’hospitalier.e.s en décembre 2019, résonne terriblement à la lumière de la crise actuelle. L’austérité budgétaire et le management brutal ont contribué à l’épuisement des personnels soignants, à la dégradation de la qualité de soins et à la marchandisation du secteur de la santé. L’épidémie de coronavirus en révèle brutalement les limites.

Le 12 mars dernier, Emmanuel Macron, semble en tirer les premières leçons : « Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre État-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. »  Derrière ce discours et les promesses de moyens qui l’accompagnent, la logique comptable reste pourtant inchangée : les fermetures de lits à l’hôpital de Nancy ont été simplement suspendues, le projet de fusion des hôpitaux de Saint Brieuc et de Paimpol maintenu tandis que le montant des primes accordées aux soignant.e.s n’est pas encore déterminé. Le service public hospitalier pourra-t-il échapper aux politiques d’austérité qui risquent de s’aggraver en réponse à la crise qui s’annonce ?

Retraites, hôpital : la troublante conversion d’Emmanuel Macron (Médiapart)

Macron prétend qu’il change de cap. Mais peut-on croire qu’il va sauver l’hôpital public, lui qui n’a eu de cesse que de l’étrangler ; ou qu’il va défendre le système des retraites, lui qui a voulu le dynamiter ? Pour Laurent Mauduit, c’est d’une révolution démocratique dont le pays aura besoin.

Le plan pour l’hôpital public tourne le dos aux valeurs l’État-providence (Médiapart)

À la demande d’Emmanuel Macron, la Caisse des dépôts travaille à un plan pour l’hôpital public. Au lieu de défendre l’intérêt général, il vise à accélérer la marchandisation de la santé et sa privatisation rampante.

Un directeur d’ARS limogé : l’hypocrisie du gouvernement (Médiapart)

Le directeur général de l’Agence régionale de la santé Grand Est a été limogé. Sa faute : avoir confirmé de lourdes économies pour l’hôpital de Nancy. Les anciennes pratiques perdurent pourtant et les hôpitaux n’ont toujours pas reçu de soutien financier pour faire face au Covid-19.

Retour sur la casse de l’hôpital public (Le Monde diplomatique) 

« Du vent ». C’est ainsi que les urgentistes en grève ont qualifié le plan présenté par la ministre de la santé Agnès Buzynen septembre dernier. À des services au bord de l’implosion elle proposait alors une enveloppe rachitique, ponctionnée sur d’autres secteurs, eux-mêmes en difficulté. Faut-il dès lors parler de « crise » de l’hôpital ou de « casse » — un projet de longue haleine visant à livrer une institution emblématique au privé ?

Santé : l’austérité en héritage (Médiapart)

Il y a tout juste quelques mois, à l’automne 2019, le gouvernement exigeait encore 4,2 milliards d’euros d’économies dans le secteur de la santé pour l’année 2020.

L’austérité au quotidien avant l’épidémie : témoignages de médecins (Médiapart)

En octobre dernier, trois médecins reconnus d’Île-de-France racontaient déjà une décennie d’austérité budgétaire, ses effets sur les conditions de travail et sur la qualité des soins.

L’hôpital, le jour d’après (Le Monde diplomatique)

Tous les spécialistes en conviennent : le confinement total est le prix du manque de moyens, notamment à l’hôpital, dû à l’incurie des gouvernements qui se sont succédé depuis trente ans. C’est maintenant qu’il faut en tirer les leçons et revoir de fond en comble la politique de santé.

« L’hôpital ne peut pas fonctionner comme une clinique privée qui choisit ses patients »  (Le Monde – tribune)

À l’ère de la tarification à l’acte, l’épidémie de Covid-19 montre que l’« hôpital de flux », où aucun lit ne doit être libre, est une aberration, estiment les médecins André Grimaldi, Anne Gervais Hasenknopf et Olivier Milleron. « Il faut au contraire financer les hôpitaux indépendamment des séjours des patients, notamment en médecine générale », écrivent-ils ainsi.

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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Hors-les-murs #10 – Voyage au pays des plus fortunés

Philanthropie décomplexée, location d’îles privées, pertes financières considérables : les grandes fortunes du monde, qu’elles soient du showbiz, des affaires ou du sport, font beaucoup parler d’elles depuis le début de la crise du coronavirus. Et à la lecture de l’actualité, force est de constater que nous demeurons très inégaux face à la pandémie.

Pis, la crise semble pour eux véritablement constituer une opportunité à saisir, une turbulence à optimiser. Il n’y a qu’à se pencher sur les dons considérables réalisés par les mêmes qui excellent en évasion fiscale, depuis Bernard Arnault (LVMH) jusqu’à Lionel Messi. Hors les Murs vous propose un tour d’horizon des situations de ces « premiers de cordée ».


La philanthropie des grandes fortunes de la Tech
(La Croix)

Entre les grands noms du secteur de la tech, c’est le retour à la cour de récréation et au concours de muscles. Mark Zuckerberg, créateur de Facebook, a ainsi promis 25 millions de dollars à la recherche d’un traitement contre le virus. C’est peu, comparé à Jeff Bezos (Amazon) ou Bill Gates (Microsoft) qui ont chacun arrondi la somme à 100 millions de dollars. Mais qu’on se rassure, dans ces 3 cas, les sommes représentent à peine 0,1% de leur fortune personnelle. Le 8 avril, Jack Dorsey, le fondateur de Twitter, les a fait passer pour des petits joueurs. Il a annoncé qu’il était sur le point de consacrer un quart de son portefeuille d’actions à la lutte contre le virus, soit près d’un milliard de dollars.

Les stars du sport et du showbiz se mobilisent contre le Covid-19 (Paris Match)

La pandémie semble bien constituer une opportunité pour celles et ceux qui voudraient se racheter une virginité : les chanteuses Rihanna ou Lady Gaga, les footballeurs Lionel Messi, Franck Ribery ou le PSG : tout le monde y va de son don aux fondations associatives ou hospitalières.

Pour les grandes fortunes, il s’agit avant tout d’une opération de communication (Reporterre)

Une situation qui n’est pas sans rappeler notre actualité hexagonale. Il y a bien sûr le premier de cordée, Bernard Arnault (LVMH), qui annonçait en grande pompe la livraison gracieuse de flacons de gel hydroalcoolique aux autorités sanitaires françaises, mi mars. Nous pourrions aussi évoquer les frères Pinault (Kering) et leur don de 2 millions d’euros pour les hôpitaux italiens, Chanel et son don de 1,2 million d’euros à l’AP-HP, Hermès et ses 20 millions etc. Attention toutefois à se prémunir de tout évangélisme quant à ces philanthropies, comme le rappelle Alexis Spire, sociologue spécialiste de l’histoire de l’impôt en France — et auteur de Résistances à l’impôt, attachement à l’État. Enquête sur les contribuables français (Seuil, 2018) — « cette forme de philanthropie » est le symbole de ce qu’il nomme « de la statophobie, c’est-à-dire un rejet de l’État. Des grands groupes ou grandes fortunes se montrent prêts à donner de leur richesse et contestent à l’État le monopole de l’intérêt général. En même temps qu’ils anoblissent leur action entrepreneuriale, marquée du sceau de la moralité, ils défendent l’idée que les grandes entreprises savent mieux que l’État quel est l’intérêt général et qu’ils sont mieux en mesure de le servir. »

Jack Ma, le milliardaire chinois, au chevet de l’Afrique (Courrier International)

Le philanthropisme d’un autre milliardaire, chinois cette fois, devrait aussi retenir notre attention. Jack Ma, le fondateur du mastodonte de la vente en ligne Alibaba, vole au secours du continent Africain. L’homme, dont la fortune est estimée à 39 milliards de dollars, a promis « 100 000 masques, 20 000 kits de dépistage et 1 000 combinaisons de protection » à chacune des 54 nations africaines. Un acte purement désintéressé ? Pas si sûr. La Chine cultive depuis des années un partenariat stratégique avec le continent, notamment afin de sécuriser ses approvisionnements stratégiques. La 6e édition du forum Chine-Afrique, en février 2019, avait ainsi réuni l’ensemble des dirigeants du continent à Pékin autour de Xi Jinping. Business as usual, en somme.

Comment les ultra-riches se préparent au coronavirus (Le Figaro)

Au-delà de ces poussées de philanthropie et des opérations de communication, il semble utile de rappeler à quel point nous demeurons fondamentalement inégaux face à la pandémie. Hausse des demandes de renseignements pour acheter des îles privées, explosion des réservations de jets privés, respirateurs privés pour des soins à domicile etc. : pour les plus fortunés, il s’agit de se tailler une place sous le soleil durant cette période de confinement.

La famille royale saoudienne face au coronavirus (New York Times)

En Arabie Saoudite, le coronavirus n’épargne pas la famille royale. Près de 150 membres seraient contaminés et les hôpitaux mettent en place des services VIP pour les accueillir. Des princes saoudiens, qui passent leur temps à voyager à travers le monde, pourraient d’ailleurs avoir rapporté le virus dans le royaume wahhabite.

Le nombre de milliardaires chute en mars (Le Point)

Évidemment, la crise du Covid-19 n’est pas qu’une bonne nouvelle pour les plus fortunés. Le nombre de milliardaires a ainsi fondu depuis le début de l’année : 226 ont ainsi perdu leur statut au mois de mars. Les fortunes, massivement investies dans le marché des actions, y ont laissé des plumes : Bernard Arnault aurait perdu près de 14 milliards d’euros, Jeff Bezos pas moins de 8 milliards, Bill Gates : 5 milliards…

Des intellectuels lancent un appel aux grandes fortunes françaises (Libération – Tribune)

Heureusement, dans ce monde sens dessus dessous, plusieurs intellectuels gardent la tête sur les épaules et appellent justement les grandes fortunes à contribuer réellement à hauteur de leurs moyens à l’effort de guerre : « Faisons un rêve aussi, que ceux qui n’ont cessé de s’enrichir pendant les années en spéculant à la baisse, quand les marchés s’effondrent, soient inoculés par un minimum de civisme et lèvent le pied. Diffusons partout cette invite faite aux plus fortunés de France, opportunité historique, de donner l’exemple, de façon inédite, à toute l’Europe et au monde. La contagion peut être aussi vertueuse, nous devons toutes les susciter et les réinventer. Et si une telle annonce en traînée de poudre invitait les plus grands rentiers du monde à peut-être apprendre à faire leur deuil des logiques court-termistes et d’accumulation qui sont aujourd’hui des malédictions ? La bourse ou la vie? Non, la solidarité, meilleur antidote contre l’effondrement. »

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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Hors-les-murs #9 – Pas de trêve pour les exilé.e.s

Gel des demandes d’asile, confinement impossible, fermeture des frontières, montée du racisme et réduction drastique de l’aide essentielle fournie par les associations et les volontaires : les réfugiés sont d’ores et déjà les grands perdants de cette crise partie pour durer encore plusieurs semaines, si ce n’est plusieurs mois.

D’après l’UNHCR, l’agence de l’ONU en charge de la protection des réfugiés, ce sont plus 70 millions de personnes qui sont aujourd’hui déracinés à travers le monde, et qui subsistent le plus souvent dans des conditions inhumaines. Une situation qui a de quoi inquiéter, laissant présager un drame sanitaire loin des caméras et des objectifs. Hors les murs tente d’y remédier, et vous propose ce tour d’horizon sur la situation.


L’Italie ferme ses portes aux navires qui secourent les migrants en Méditerranée
(Ouest France)

La première conséquence directe du covid-19 est sans surprise la fermeture des frontières. Le gouvernement italien a ainsi publié un décret mardi 7 avril interdisant l’entrée des navires abritant des migrants dans les ports du pays. Un navire de l’ONG allemande Sea Eye, qui a secouru 150 exilé.e.s la veille en mer Méditerranée, se voit pour l’instant refuser d’y débarquer et risque d’errer en mer jusqu’à trouver un point d’accueil.

 La Turquie démantèle les camps de migrants à sa frontière, le long du fleuve Evros (Le Monde)

La Turquie a quant à elle fait démanteler le long du fleuve Evros les camps de fortune abritant les exilés qui souhaitaient se rendre en Europe. Ce revirement survient après que le président turc Recep Tayyip Erdoğan ait, dans un premier temps, annoncé leur « ouvrir les portes » du continent fin février, déclenchant une crise sans précédent à la frontière gréco-turque.

 L’administration Trump profite de la pandémie pour expulser des sans-papiers (Human Rights Watch)

D’autres États n’ont pas hésité à instrumentaliser la situation migratoire et la crise sanitaire pour s’affranchir de la loi. Aux États-Unis, les services de l’immigration ont commencé à expulser tous les migrants « illégaux » contrôlés à la frontière, y compris des mineurs non-accompagnés. Dans le même temps, le département de la Justice a proposé de suspendre le cadre légal de la demande d’asile, pour une durée indéterminée, aux personnes infectées par une maladie qui pourrait porter préjudice à la santé publique.

Le secteur agricole portugais, dominé par la sous-traitance et les travailleurs étrangers (Agricultures-migrations.org)

 La décision des autorités portugaises de régulariser les sans-papiers a été beaucoup relayée, et avec enthousiasme. Mais il se pourrait qu’elle cache une autre réalité moins reluisante. Au-delà du caractère temporaire de la mesure – qui ne devrait durer que jusqu’au mois de juillet -, il est probable que la décision ait aussi une ambition économique : fournir au secteur agricole comme au BTP une main d’œuvre suffisante pour maintenir leur activité.

 La menace du Coronavirus plane sur les camps de réfugiés au Sahel (Le Monde)

Un peu partout dans le monde, c’est aussi de la santé des exilés dont nous devrions nous inquiéter. Enfermées dans des camps, sans accès à l’eau ni à des facilités médicales décentes, des centaines de milliers de personnes se retrouvent livrées à elles-mêmes. Le confinement s’avère impossible pour toutes celles et ceux qui s’entassent littéralement dans des abris de fortune, et pour qui les gestes barrières semblent inapplicables. C’est le cas au Sahel par exemple.

 « Exigeons du gouvernement grec et des dirigeants européens une action immédiate qui mettra en sécurité les demandeurs d’asile et les migrants » (Libération)

 Premiers cas de coronavirus détectés dans les camps de réfugiés en Grèce (Le Monde)

C’est également le cas en Grèce. C’est au nord du pays, ainsi que sur cinq îles de la mer Égée que se matérialise une bonne partie de la frontière extérieure de la forteresse européenne. Les « hotspots », imaginés par la Commission européenne et par Athènes pour fixer l’afflux migratoire, débordent littéralement tant les capacités d’accueil sont dérisoires.

Les camps de fortune y comptent jusqu’à 20 000 personnes – à l’image de Moria sur l’île de Lesbos –, avec souvent peu ou pas d’installations sanitaires décentes. Alors que des premiers cas ont été confirmés, les associations et volontaires ont drastiquement réduit leurs activités et les exilés se retrouvent bloqués dans des abris de fortune.

L’évacuation du camp d’Aubervilliers ne rassure pas pour autant les associations ni les exilés (La Croix)

En France, les mesures de confinement se sont doublées de quelques rares relogements, comme à Aubervilliers où plusieurs centaines d’exilés ont été emmenés dans des gymnases, réquisitionnés pour l’occasion. Ici encore, les décisions prises semblent contraires à l’idée même de confinement.

Utopia 56 et l’Auberge des Migrants déterminées à poursuivre leur travail malgré les amendes (Utopia56.com)

Certaines associations, à l’instar d’Utopia56, n’entendent pas pour autant arrêter leur soutien aux réfugié.e.s. Malgré les amendes, elles poursuivent leur activité.

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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