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Entraide à Sassenage (Isère)

Habitant de Sassenage, près de Grenoble, Olivier nous montre qu’un groupe n’a pas besoin d’être massif et doté de nombreux outils pour agir : décrocher son téléphone, faire courroie de transmission entre des institutions et des personnes, cela peut déjà faire beaucoup en matière de solidarité.

Peux-tu nous parler un petit peu de ta région ?

Sassenage est une ville d’environ 11 000 habitants, qui fait partie de la métropole grenobloise. C’est une ville relativement mélangée, mais quand même en majorité une ville de classes moyennes supérieures, même s’il y a des quartiers populaires. Le revenu médian y est supérieur à la moyenne nationale.Il faut savoir que Grenoble et son agglo regroupent de nombreuses entreprises hi-tech. La ville est aussi caractérisée par un fort héritage militant sur les questions sociales. L’équipe municipale de Grenoble est aujourd’hui une alliance écolo, gauche et citoyens. Le terreau local est donc plutôt fertile à la solidarité…

Comment en êtes-vous venus à créer ce groupe d’entraide locale ? Il y avait des habitudes d’organisation préexistante ?

Sassenage possède  un tissu associatif et militant moins dense que dans Grenoble même. Quatre réseaux jouent un rôle moteur dans notre groupe d’entraide :    

– l’association des parents d’élèves d’une école.    
– un collectif de parents d’élèves solidaires (engagé par exemple dans le soutien à des familles sans papier ou en difficulté de logement)    
– une liste citoyenne-écolo créée pour les dernières municipales, et qui a fait 18 ou 19% au premier tour. Mais même si des membres de cette liste sont très impliqués, on veille à ne pas politiser l’action du groupe d’entraide au service de la liste.    
– une asso de quartier, dans un quartier résidentiel, qui organise des circuits courts de ravitaillement, des événements conviviaux etc.

Les actions se sont construites sans trop d’anticipation. J’ai vu l’appel national de covid-entraide dans lequel je me suis retrouvé ; la ville de Grenoble s’est aussi saisi des questions de solidarité. Donc on s’est demandé ce qu’on pouvait faire nous aussi.  On a créé un groupe facebook avec mon épouse . C’est un petit groupe mais qui comprend 91 personnes : on partage des videos, des appels à récoltes alimentaires, des demandes de bénévolat… Mais il n’y a pas une grosse activité.

On n’a pas d’autres outils. En réalité on ne se considère pas comme un groupe formalisé avec ses propres outils. Il s’agit surtout de faire courroie de transmission pour mettre en lien des choses existantes.

Quelles actions avez-vous mis en place ?

Il y a surtout 3 actions en cours :        

– en voyant comme la pédagogie à distance était compliquée pour nos propres enfants, on a imaginé comme elle pouvait l’être encore plus pour d’autres familles pas ou peu équipés et on a pensé qu’il y avait quelque chose à faire là-dessus. On a lancé un appel à prêts ou dons d’ordinateurs et à assistance informatique, en lien avec l’équipe enseignante et le directeur de l’école. On a ainsi pu équiper 7 familles en ordinateurs, et aidé 3 autres qui étaient en panne. Aujourd’hui le collège essaie de repérer les manques parmi ses élèves, et moi je suis en lien avec une fondation qui peut donner des ordis, donc comme je le disais, on fait un peu courroie de transmission. D’ailleurs, tout à l’heure, j’ai mis en lien une autre collectivité locale avec cette fondation, pour qu’ils fassent la même chose. C’est possible que ces connexions aboutissent à des choses. C’est chouette de voir la dimension rhizomique de tout ça !        

– On a aussi mis en place des circuit courts d’approvisionnement. Nous on a besoin de manger, et il y avait une inquiétude pour les producteurs, liée à la fermeture ou au rétrécissement des marchés. On a donc contacté des producteurs. Il y en a 3 avec qui on s’organise, pour le fromage, les légumes et le miel : ils fournissent une vingtaine de famille. On a voulu y inclure un volet solidaire, donc on a mis en place un système de « panier suspendu » : les gens rajoutent 1€ ou 2€ à leur commande pour payer des paniers en plus qui vont à des assos d’aide alimentaire.       

– On a aussi lancé une collecte de dessins, vidéos, et témoignages à destination de l’ehpad, en passant par l’école et l’assocation de parents d’élèves. Ici, l’ehpad n’a pas trop souffert du covid, mais il y a beaucoup de solitude.

Un ami a également lancé une quatrième idée mais qui ne s’est pas trop développée pour l’instant : faire une sorte de bibliothèque, se passer des bouquins, déconfiner nos livres et nos dvd !

A quoi pourrait servir un réseau national comme covid-entraide ?

Actuellement, il y a une dimension informative intéressante : ça peut inspirer des initiatives. Ca montre ce qui est fait par des groupes, et donc ce qui est faisable par d’autres, donc ça peut casser de l’autocensure : on se dit que c’est possible. Par exemple l’idée de Morlaix de faire des lectures collectives, dont tu m’as parlé, je trouve ça inspirant pour nous ; notre expérience montre que trouver des ordinateurs et des informaticiens pour aider des familles, ce n’est pas si compliqué.Il y a une énergie qui nourrit : via cette mise en réseau, on voit plein de gens avec de la disparité, mais aussi une énergie commune.Pour la suite, ma préoccupation concerne le développement champignoneux des initiatives. C’est foisonnant mais Il y a un risque de dispersion d’énergie. Face à ça faut-il que le réseau se maintienne coûte que coûte après la crise? faut-il que ça s’arrête ou que ça se transforme en autre chose, avec en vue une transformation politique? Moi c’est cette dernière hypothèse qui me fait envie ! Il faudra que les groupes d’entraide et le réseau national voient si ça vaut le coup de maintenir cette forme ou de remettre l’énergie ailleurs, la déplacer. 

Comment vous imaginez la suite ?

Il y a une métaphore qui m’est venue, c’est celle de la crise existentielle qu’on peut vivre individuellement : elle nous éprouve et on peut en ressortir plus fort, ou pas. « Du ciel tombe des cordes faut-il y grimper ou s’y pendre? » chante le groupe Feu! Chatterton. Ici c’est une crise existentielle pour toute une société. Comment ça va se passer? Est-ce que la peur de l’effondrement va nous faire plonger encore plus dans le consumérisme (voire l’autoritarisme)? Ou est-ce que vraiment on va en profiter pour transformer notre rapport à la consommation, au vivant, au travail, à l’autorité etc? On a l’impression que beaucoup de gens ont envie de ça.Et on doit se poser la question du relais politique : comment on va peser sur les décisions importantes? Est-ce qu’il faut avoir des représentants de cette belle énergie citoyenne sur la scène politique? En tout cas il est vital qu’en 2022, on n’ait pas le choix qu’entre les fascistes et les néo-libéraux.

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Cantine des Pyrénées

 

Est-ce que vous pouvez expliquer ce que fait, ce qu’est la Cantine des Pyrénées pour les personnes qui ne connaissent pas ?

La cantine des Pyrénées est un centre solidaire et auto-géré du 20ème arrondissement de Paris. Nous avons un local ouvert sur l’espace public au 77, rue de la Mare depuis 2016. La cantine c’est un collectif (et une association dont la gestion administrative est gérée par le collectif).

L’idée était de créer un lieu d’implantation locale qui ne soit pas exclusivement militant, parce qu’on s’apercevait bien que même si un lieu militant avait la volonté d’être ouvert, il ne l’était pas forcément. Se poser la question de l’ouverture, nous a amené à nous poser la question de l’accessibilité. On a cherché à développer un projet qui soit à la fois militant et social. La pratique du squat était de plus en plus compliquée. Compliquée pour ouvrir mais aussi pour durer dans le temps, alors que durer dans le temps nous paraissait être primordial pour mener à bien notre futur projet. La restauration nous paraissait une bonne manière d’accrocher un public hétérogène en plus d’être une activité facilement appropriable et solidaire.

On prépare du lundi au vendredi environ 70 à 80 repas tous les midis. Il y a tous les jours un (ou deux) « référents » qui sont en charge de penser à un menu, d’acheter les ingrédients, de coordonner les personnes qui viennent cuisiner et aider au service. Il doit aussi veiller à ce qu’il y ait une bonne ambiance entre les bénévoles et dans la cantine pendant le repas, et aussi faire la caisse en fin de service. Généralement on commence à préparer les repas à 9h pour commencer à servir de 12h à 14h et avoir tout rangé et nettoyé à 15h environ.

Comment avez-vous vécu les premiers jours de confinement en tant que collectif et individuellement ? Qu’est-ce qui a motivé la réouverture de vos portes ? Qu’est-ce qui vous a poussé à le faire ? Combien étiez-vous ?

Au début de la crise sanitaire, nous avons rapidement décidé de fermer la cantine. Après une semaine de réflexion, nous avons choisi de reprendre des activités en voyant s’accentuer les inégalités et les injustices autour de nous. Nous avons réfléchi au moyen de continuer, de nous organiser, au niveau local, afin de poursuivre l’action solidaire et la lutte contre l’isolement. Il nous semblait plus que jamais important de maintenir un lieu de solidarité ouvert dans le quartier, les autres ayant fermé ou réduit considérablement leur activité, laissant les plus précaires sans aucun moyen de survie.

Qu’avez-vous dû faire pour pouvoir ouvrir en cette période de pandémie ? Comment y êtes vous parvenu et quels outils avez vous mis en place ?

Pour cuisiner nous avons beaucoup réduit les équipes afin de limiter les risques de contamination. Aucun texte « légal » n’encadrait la poursuite de l’activité de la cantine. Nous avons réfléchi à ce que nous devions mettre en place pour prévenir la propagation du virus lors de notre pratique. La Protection Civile nous fournit des paniers repas que nous complétons par des plats « faits maison ». Tout est à emporter, les gens ne peuvent pas rentrer pour s’asseoir et manger. Là encore pour éviter la propagation du virus, nous veillons au respect des distances de sécurité dans la queue devant la cantine et des gestes barrières de façon générale. Nous avons mis en place un système de livraison à domicile afin d’éviter aux personnes fragiles et les plus à risques de se déplacer.  

Il a fallu prendre le temps de bien encadrer l’ouverture et l’activité de la cantine avec, entre autres, la formalisation d’un protocole d’hygiène. La méthodologie, notamment sanitaire, a été purement empirique. Nous l’avons élaborée avec nos connaissances, un peu de bon sens et surtout beaucoup d’échanges avec les autres collectifs mobilisés. L’idée a d’abord été de restreindre le nombre d’intervenant.e.s durant les journées, de limiter la participation aux personnes moins exposées aux risques de la maladie (en fonction de l’âge par exemple). Nous avons instauré ce cadre strict afin que ce mode de fonctionnement puisse durer plusieurs mois.

En mobilisant la communauté de la Cantine de Pyrénées, et suite aux nombreuses propositions  de soutien, nous avons choisi de privilégier les dons monétaires plutôt que matériels afin de centraliser les achats, et de ne pas provoquer plus de déplacements que nécessaire. La réponse à l’appel à dons est d’une ampleur qui nous surprend encore et nous donne encore plus de force chaque jour pour continuer notre action. Preuve que la solidarité est vivante et en bonne santé malgré tout !

Comment avez-vous vécu cette réouverture ? (difficultés, points positifs…)

Nous avons la sensation de vivre quelque chose d’assez inédit, d’unique. Pendant cette période nous avons davantage l’impression de faire quelque chose de vraiment nécessaire et utile pour les gens. Le risque, et c’est parfois une impression qui nous gagne, est de ne faire plus que de «l’humanitaire», d’être pris dans l’urgence de la crise, de pallier les défaillances de l’État. C’est quelque chose que nous nous sommes toujours refusé.e.s à faire. Nous avons toujours tenté d’impliquer les gens qui viennent manger à la Cantine dans le projet et c’est ce que nous voulons continuer à faire, même si c’est aujourd’hui plus compliqué.

Comment les habitant.e.s du quartier ont accueilli cette réouverture ?

Si la décision de réouvrir est venu du collectif, l’énergie et la force, elles, proviennent des hommes et des femmes qui s’organisent et se rencontrent à la Cantine. Il a fallu quelques jours pour s’adapter, puis nous avons continué le travail d’organisation de la solidarité. Les retours des habitants et habitantes sont très bons et poussent le projet à perdurer.

Qu’est-ce que vous ça vous a appris sur la façon dont les gens vivaient le confinement, sur leurs besoins, leurs difficultés, ou au contraire, sur ce que ça apporte de positif ?

Le confinement n’est pas une situation nouvelle pour de nombreuses personnes. La lutte contre l’isolement est d’ailleurs une des bases du projet. Aujourd’hui, le confinement, lié à la maladie, amplifie drastiquement l’isolement de certaines personnes vulnérables Cette situation renforce l’exclusion, la répression des populations déjà touchées, ce à quoi s’ajoute la baisse ou la perte de revenus, la disparition des espaces de santé, la perte des liens sociaux.

Nous ne sommes pas toutes et tous égaux face au confinement et vivre cette période est une épreuve très différente selon sa classe sociale d’origine, sa couleur de peau ou son genre. Les rapports de domination, les inégalités et toutes les formes d’exploitation sont amplifiées avec le confinement.

Le positif, s’il faut en chercher, passe par la « débrouillardise », la solidarité, les paroles et gestes d’attention et d’entraide, les rencontres, les liens d’amitié qui se sont créés. C’est aussi l’organisation collective face à un système qui nous veut seul et faible. Cette crise vient appuyer nos convictions quant à l’importance des ancrages locaux pour créer et entretenir de la solidarité.

Est-ce que vous vous êtes relié.e.s avec des initiatives ou groupes solidaires proches de chez vous, et si oui, comment ?

Nous comptons beaucoup sur le local. Notre communication se fait principalement par le bouche à oreille, l’affichage au local, les listes mail des différents ateliers et Facebook. On nous a énormément sollicité dès la réouverture. Des personnes venaient nous proposer leur aide, des groupes de personnes sont venus au local  pour savoir comment nous nous organisions. Nous partageons notre expérience au maximum et essayons de garder un œil attentif aux initiatives autour de nous, en Ile-de-France et sur l’ensemble du territoire. Nous travaillons bien entendu avec des groupes qui sont géographiquement assez proches de nous mais pas uniquement. Ça passe par des groupes d’habitants et habitantes, à des groupes politiques autonomes, des salarié.e.s d’entreprises, ou avec des bénévoles de structures institutionnelles. Dans le sillage de tous les mouvement sociaux de décembre et janvier, le réseau local était déjà très solide et la coordination entre toutes les initiatives a été très fluide. Cela nous a prouvé à nouveau l’importance de l’ancrage local !

Suite à l’appel d’ACTA, une  brigade de solidarité populaire s’est formée autour de la place des fêtes et du collectif du même nom. La collaboration est devenue de plus en plus  étroite et permet « d’occuper le terrain » de façon plus rationnelle. On fait en sorte que nos actions soient complémentaires (en fournissant des plats pour qu’ielles fassent des maraudes dans le secteur par exemple).

Comment voyez-vous la suite (évolution de la situation politique/écologique/sociale) dans les prochaines semaines et dans les prochains mois ?

Aujourd’hui, nous organisons 2 réunions par semaine centrées sur le fonctionnement de la cantine et une autre, axée sur l’analyse de la situation et sur le questionnement du projet Cantine et les voies d’évolution que nous envisageons. 

Les analyses politiques sont pour nous importantes mais nous avions rarement l’occasion de le faire collectivement. Nous travaillons sur l’écriture d’un texte que nous diffuserons prochainement. Notre constat et nos critiques du système capitaliste ne changent pas. Seul les solidarités locales payent, nous consolidons les nôtres, ainsi que le réseau qu’elles forment.

Comment voyez vous la suite pour la Cantine des Pyrénées ?

Comme elle l’est aujourd’hui, humble et très ancrée localement. Nous sommes pour des organisations locales amenant l’individu et les collectifs vers plus d’autonomie et d’émancipation. Sur un plan plus pratique, nous réfléchissons à diversifier un peu l’activité mais tout ça est en cours de réflexion.

Une anecdote de terrain ?

La lutte face au mal logement est, entre autre, une des bases du projet. Nous avons reçu de la part de personnes confinées et solidaires, la gestion de leurs appartements laissés vides le temps du confinement. Nous les mettons à disposition des personnes en difficultés lié à leurs conditions et au confinement (personnes à la rue, femmes victime de violence….).

 

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Rencontre avec le groupe Covid-Entraide de Morlaix

En Bretagne, le tissu très dense d’associations et de collectifs a fait émerger rapidement des groupes d’entraide particulièrement dynamiques. Après Brest il y a deux semaines, nous allons maintenant du côté de Morlaix, finistère nord, rencontrer Mathieu.Distributions alimentaires, soutien scolaire, soutien psychologique, lectures collectives, bibliothèque partagée, action collective pour une suspension de loyer des petits commerces, hébergement de personnels soignants… Accrochez-vous, la liste des bonnes idées est longue.

Quelles sont les activités d’entraide mises en place par le groupe de Morlaix ?

On a commencé par faire une carte des commerces ouverts et leurs horaires, ainsi que des producteurs agricoles en vente directe. On a également répertorié différentes structures qui agissent localement : centres sociaux, Restos du coeur, associations de soutien face aux violences conjugales etc. On repère ça sur notre périmètre d’action : Morlaix et les communes dont le bâti est en continuité, Saint-Martin-des-Champs et Plourin-lès-Morlaix.

Ensuite on a mis en place des distributions alimentaires, à partir des excédents d’une association caritative. On cible les personnes qui ont le plus besoin, mais pas seulement : on distribue aussi autour de nous plutôt que de laisser les choses se perdre. Ainsi des gens ont reçu des dons qu’ils n’attendaient pas, et c’est bien : après l’effet de surprise, on apprend à accepter la solidarité aussi sans comparer son besoin aux autres.

On tâche également de rassembler des informations sur les masques et les visières : qui produit ? Comment ? Qui a besoin ? Pour les visières on est en train de voir avec l’agglomération pour en produire davantage, avec et sans imprimante 3D.

On a aussi mis en place un système d’écoute téléphonique et de soutien moral, qui peut au besoin orienter vers des structures adaptées. On l’a fait en lien avec le centre social Carré d’as qui le faisait le matin, et nous on a complété avec l’après-midi. Six personnes se relaient au téléphone et ont déjà reçu quelques appels. Mais ça vient de commencer, donc pour le moment c’est difficile de savoir si c’est utile.

On a communiqué avec des assos de parents d’élèves pour offrir du soutien scolaire. Pour le primaire, on réoriente vers une asso locale, Coup de Pouce. Pour le collège/lycée il y a des bénévoles du groupe d’entraide qui sont prêts à intervenir. Avec l’association Luska’, on collecte également des jeux pour enfants, qu’on peut donner en même temps que les paniers alimentaires des Restos du Coeur.

Il y avait la volonté d’un volet occupations à distance et convivialité, mais c’est assez difficile à mettre en place. On devrait commencer des sessions d’arpentage de livres : un ouvrage est divisé entre plusieurs personnes et chacune fait au groupe un compte rendu de sa partie au groupe. L’idée serait de le faire avec des livres qui questionnent notre rapport à l’autre et à la société ou qui nourrissent la réflexion sur « le monde d’après ».

On vient de finir de réaliser une boîte à dons de livres, accessible dans l’espace public, alimentée par ce que chacun a chez soi, évidemment en respectant un protocole sanitaire. On sait que des gens avaient envie d’avoir des bandes dessinées, des DVD, des livres : certains rayons des médiathèques avaient connu une ruée à l’annonce du confinement, donc on s’organise en fonction !

Enfin, on a regardé les solutions d’hébergement temporaire pour personnels soignants. C’est un vrai besoin : au moins identifier des endroits où prendre une douche après le travail avant de rentrer chez soi. C’est en train de se faire.

Et à partir de la semaine prochaine, on veut essayer de mettre en place une action collective de soutien aux petits commercants, artisans, associations etc. Ils n’ont pas beaucoup de revenus, c’est déjà dur à l’année à Morlaix, donc on veut demander collectivement aux propriétaires de leur locaux de faire grâce de deux mois de loyer. L’idée c’est de leur faire entendre que c’est à leur avantage : si leurs locataires mettent la clef sous la porte, ils ne percevront plus de loyer du tout !

On est ouverts à toute idée, suggestion, venant de la cinquantaine de personnes inscrites sur la liste de diffusion ou émise sur notre groupe Facebook.

Combien de personnes sont actives dans ce groupe ?

Il y a plus de 400 membres. Des infos se diffusent, des idées surgissent, ainsi que des besoins de coups de mains. Ce matin, un copain qui est un peu notre référent « visières » s’est servi du groupe pour recenser la matière première et besoins, et mettre des gens en relation : ça a marché ! C’est rare que des posts restent sans réponse.

Tu disais que la situation des commerçants était déjà dure à l’année sur Morlaix. Tu peux m’en dire plus sur la ville ?

C’est une ville avec terreau associatif très fort, moins qu’il y a 20 ans d’après ce que j’entends, mais très présent quand même. Les gens s’engagent facilement pour agir. Mais ça c’est le cas de la Bretagne en général, et du Finistère en particulier : il y a une habitude de faire ensemble, de ne pas laisser des gens sur le bas-côté.

A Morlaix, il y a 20% d’habitant sous le seuil de pauvreté, et peu d’emploi : le gros employeur historique c’était la manufacture de tabac, mais elle a fermé. Le centre-ville se vide au profit de la périphérie et des petits pavillons excentrés. C’est, comme partout, le prolongement du rêve vendu  dès les années 60 : tout le monde voulait son petit pavillon, avec des standards de confort plus élevés que les vieilles maisons du centre-ville. Mais du coup le centre se meurt et l’activité se déporte vers les grands centres commerciaux de la périphérie quand ce n’est pas vers les métropoles.Cette situation sociale un peu difficile explique en partie qu’il y ait des réseaux de solidarité préexistants : on  se connaît les uns les autres, on connaît les associations et le rôle qu’elles jouent, on se met facilement en lien. Par contre je ne saurais pas dire si situation sociale pousse plus les gens à s’entraider en ce moment particulièrement. Pour moi c’est surtout le contexte breton et son tissu de solidarité qui jouent !

En tout cas vous avez mis en place une liste d’action d’entraide impressionnante. Vous aviez déjà l’habitude de vous organiser ensemble ou il a fallu tout inventer ?

J’ai initié ça dans la continuité temporelle de la campagne municipale, où je participais dans le cadre d’une liste citoyenne. J’ai maintenu mon niveau d’investissement en le transférant vers l’entraide collective. J’avais des habitudes d’organisation et d’outils, et un premier noyau de personnes avec qui travailler. Ça a été d’abord des amis, des gens de ma liste puis de l’autre liste située à gauche, et des membres d’association diverses, mais aussi rapidement des gens moins habitués à tout ça.
J’ai fait un boulot de coordination dans les premiers temps, mais les gens ont pu s’autonomiser facilement au bout de deux semaines, sans que je sois référent de tout. C’est le moment qui fait plaisir dans les initiatives auto-organisées, quand on voit que ça se met à rouler sans qu’une seule personne soit au coeur de tout !Aujourd’hui j’anime les réunions et j’accueille les nouvelles personnes pour qu’elles arrivent à s’impliquer facilement, à utiliser les outils et à s’autonomiser pour prendre des initiatives. Donc je reste très présent : les gens ont tendance à venir spontanément vers moi pour toute requête ou idée (par habitude ?) mais ce n’est pas mon rôle de valider ou bloquer les initiatives, je ne le veux pas. Il y a des référents sur chaque sujet (donc 8/10 référents), vers qui je redirige les demandes et infos rapidement. Force est de constater que, même sans chef, on peut avancer rapidement.Nos principaux outils sont Framateam et Framalist. S’organiser à distance implique beaucoup d’informatique, et ça n’est pas évident pour tout le monde. Il faut bien choisir des outils simples, pas trop nombreux. Tous les lundis on a aussi une réunion en visioconférence qui dure environ 2h. Il y a 12/15 personnes à chaque fois. On débat des différents sujets et actions du moment et on se dispatche les tâches.

Tu m’as dit hier être en contact avec des gens de Brest-Recouvrance, avec qui on a discuté aussi. Ça aide d’avoir ce genre de lien entre groupes, pour se poser les bonnes questions, trouver des solutions aux problèmes ?

C’est utile de tisser des liens, oui, surtout pour penser la suite, penser des changements dans nos manières de vivre et de nous organiser. Mais ça prend du temps, et sur le moment ça ne paraît pas prioritaire parce qu’on a le nez dans le local. Il faut prendre le temps de rencontrer les gens, échanger…Au début j’avais aussi été contacté par les gens des Monts d’Arrée qui avaient du mal à se mettre en place : on a échangé un peu nos idées par téléphone. On voulait aussi se mettre en lien sur la question des livres parce qu’ils avaient des idées, et une bibliothécaire dans leur groupe. Là-bas ils sont habitués à devoir beaucoup prendre la voiture pour toute activité sociale ou solidaire, donc le confinement a pas mal cassé leurs dynamiques. Je ne sais pas où ça en est, il faudrait prendre de leurs nouvelles !

Un autre groupe nous a parlé d’un enjeu de fédéralisme entre tous ces groupes locaux (ceux créés pendant la pandémie aussi bien que ceux qui les précèdent et ceux viendront après). Il faudrait passer de leur juxtaposition à des bribes de fédération, pour commencer à construire un autre monde. Cette idée te parle ?

Ça me parle, mais nous on n’est pas encore là-dedans, clairement. Il faut pas oublier aussi qu’on est encore en période d’élections municipales : pour une petite ville, c’est un événement important. Dans le groupe d’entraide il y a des gens venant de listes différents : là on travaille très bien ensemble, mais on va pas se précipiter pour mettre des mots politiques sur ce qu’on fait, car tout le monde n’a pas les mêmes. Ça viendra peut-être dans un second temps. D’abord on fait les choses, et ensuite on portera un regard critique sur notre action.Il faut laisser le temps de la réflexion, et ne surtout pas brûler les étapes, ne pas faire de forcing idéologique. Libre à chacun de penser ce qu’il veut mais on peut toujours planter des graines, qui prendront… ou pas.

Quel rôle peut avoir un réseau comme covid-entraide dans le lien entre les groupes locaux ?

Il y a plusieurs choses. D’abord, ce que vous faites en ce moment (repérer des initiatives, faire des entretiens…) ça peut donner l’inspiration pour d’autres groupes. Et ça, il n’y a qu’un réseau national qui puisse le faire.

Ensuite, ça peut servir aussi au niveau politique. Tout ce qui est rassemblé comme témoignages peut servir après. Et sur des questions logistiques, concrètes, ça peut servir aussi d’avoir un groupe national, qui ait une plus grande force de frappe politique. Si par exemple on veut faire pression sur telle ou telle entreprise pour qu’elle se mette au service de la production de visières ou de masques, c’est important d’avoir un réseau fort.

Comment tu sens les temps qui viennent, à Morlaix et au-delà ?

À court ou moyen terme il va arriver de la pluie : ça, ça marche toujours à Morlaix ! Pour le reste c’est dur à dire. On a un point de vue biaisé quand on s’organise, parce qu’on voit surtout les infos émanant d’autres gens qui s’organisent. On a comme ça l’impression qu’il se passe quelque chose d’énorme, alors qu’en réalité il faut peut-être pas être si optimiste.
Personnellement, je pense que d’une manière ou d’une autre ça va revenir comme avant. L’heure va être aux retrouvailles, puis le quotidien et ses problèmes vont revenir au galop. Mais cette épidémie et les liens tissés vont rester dans les consciences, comme les Gilets Jaunes ou les lois travail sont restées. De crise en crise, ça laisse des traces de plus en plus fortes. Dommage qu’il faille toujours une crise pour bousculer un peu le quotidien des gens…

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Témoignage spontané depuis Saint-Nazaire (2) – La ville

Un habitant de Saint Nazaire a fait parvenir deux précieux retours d’expérience spontanés à covid-entraide. La seconde partie parle de la tentative de créer un réseau à l’échelle de la ville :

En même temps que je tentais de développer un groupe d’entraide dans mon quartier, j’ai essayé de créer un réseau sur la ville de personnes voulant s’impliquer dans l’esprit « covid’entraide ». Autant mon groupe de quartier se développe pas mal, autant ce cadre de coordination sur la ville patine un peu.

On a commencé dès le début du confinement à partir d’un petit groupe de personnes engagée, Avec la création d’une mailing liste et un référencement sur le site covid’entraide. Une trentaine de personnes.  Cette liste a commencé à servir à échanger un peu tout pas forcément en lien avec l’entraide (des lectures, des réactions sur l’actualité, …) puis s’est tarie : une première semaine avec envie d’agir mais sans trop savoir comment puis devant les difficultés, ça s’est endormi dans le confinement. Pour l’entraide à destination des « personnes les plus vulnérables » (SdF, les migrants, les femmes battues , …) c’est les réseaux associatif de terrain qui ont fait le boulot, très bien, d’ailleurs, alors que les acteurs plus institutionnels étaient dans les choux.

Une page facebook a été crée, rassemblant vite une centaine de personnes mais n’est pas très vivante et utile. Un autre groupe facebook crée et référencée sur la carto par une personne inconnue rassemble plus de 400 personnes mais son activité reste également limité (posts anecdotique, tuto masques, confection blouse pour l’hosto, une ou deux offres/demande d’entraide, photos de ses activité pour s’occuper pendant le confinement, …). Pas familier et fan de facebook, je ne m’y suis pas trop investi. A tord sans doute.

Puis j’ai tenté de lancer des « AG virtuelles » en utilisant Jitsi et un pad. Et en tentant d’inviter du monde à partir de différentes listes mail militantes et en faisant référence à la plate forme Covid’entraide. Peu de retours, silence radio. J’ai ajouté petit à petit à notre mailing liste, quelques personnes qui ont témoigné de l’intérêt pour la démarche. On a fait trois réu en ligne, un peu chaotiques et peu productives : à cause de l’obstacle de la technique (difficultés à se connecter, à avoir un bon son, pas à l’aise avec l’outils) ainsi que la difficulté à construire une conscience collective autour de ce qu’on cherche à faire. Toujours le « débousollement » et la « tétanie ».

Les réseaux militants, sur lesquels j’ai au début pas mal misé (aussi parce que c’était l’essentiel de mes réseaux) ont globalement été sur la touche  : effet de sidération, tentation de reproduire les schémas habituel devenus inopérants, posture dominantesur « il faut préparer l’après » sans arriver à imaginer des choses pour le « pendant », et toujours cette difficulté fréquente à aller vers les « gens normaux » qui ne sont pas d’emblée dans un discours très politique. Je m’excuse d’être un peu sèvère mais quand même.

Au final c’est avec des personnes un peu « neuves » (certes politisées mais qui évitaient un peu les cadres organisés du mouvement social et politique) que j’ai cherché à construire les choses, petit à petit, à force de coups de fils personnels pour discuter, inventer, proposer des pistes, des choses à essayer. Et pour ces gens qui arrivent, il faut, malgré l’envie, du temps pour construire un « imaginaire des possible » et trouver les moyens de les mettre en œuvre.

A la quatrième réu en ligne, on a réussi à être une quinzaine en utilisant une conférence téléphonique + Pad (techniquement plus robuste). Mais encore une fois la discussion est restée beaucoup polarisée par les militant.e.s sur « comment on arrive à s’exprimer et dénoncer ce qui ne va pas ». Développer des groupes de quartier ne semble pas être sinon une priorité, au moins quelque chose qui demande une action concertée et volontaire (« ça se fait tout seul »!). Des groupes de quartiers commencent pourtant à exister (entre 4 et 5 sur la ville). Soit suite à une démarche volontariste comme je l’ai fait dans le mien, soit grâce à des associations de quartier déjà existantes. On n’arrive pas encore à se connecter à ce qui existerait et qu’on ne connaît pas. La dynamique reste encore faible et demanderait à être entretenue et développée mais on n’arrive pas encore à bien s’organiser à l’échelle de la ville pour le faire. Et pour le moment on n’a pas encore de vrai coordination et échanges d’expériences. 
Un autre chantier qui émerge est celui des circuits courts avec les petits producteurs. La demande explose, certains sont débordés, d’autres n’arrivent pas à écouler leur production. On en a recensé plein sur un pad mais on peine à aller plus loin : il y aurait un potentiel de developpement de chose la dessus, en arrivant à relayer ça dans les groupes de quartier mais c’est un gros chantier qui demande une équipe pour le porter.

A quelques un.es, on est en train de bosser à mettre en place une page web qui présente un peu où on en est et ce qu’on cherche à faire pour pouvoir communiquer plus largement et raccrocher du monde à notre petit réseau. Tout ça est tellement lent que des fois je suis content (pardon!) que le confinement dure longtemps et que même après le 11 mai ça risque de rester très compliqué !

En conclusion :

– La construction d’un réseau de personnes qui partage une vision commune et la mise en place d’une structure de travail est lente et laborieuse.

– la question des outils de communication est importante : pas mal de monde n’est pas à l’aise avec, il faut un apprentissage, des expérimentations. Et les tests multiples avec des outils différents on mis certain.e.s à rude épreuve.

– les schémas mentaux sont long à faire évoluer, à réinventer. Le tâtonnement est nécessaire et le découragement vient vite. Surtout dans ce contexte où on ne se sent pas toujours bien soi même, isolé chez soi avec un sentiment d’impuissance, à juste « attendre l’après » en rongeant son frein.

Se convaincre qu’il y a des choses à faire et trouver les solutions pour les faire semble coûteux en énergie mentale et demande des ressources personnelles très inégalement partagées.

Ca ne fait qu’un mois finalement. Sans doute je suis trop impatient. On va voir comment ça évolue. A suivre…

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Témoignage spontané depuis Saint-Nazaire – dans un quartier

Un habitant de Saint Nazaire a fait parvenir deux précieux retours d’expérience spontanés à covid-entraide. La première partie parle de la tentative de constitution d’un groupe de quartier :

Avec deux couples de voisins ont s’est d’abord motivé pour lancer le truc. Rédaction d’un flyer (imprimé A6 avec imprimante) et distribué dans une dizaine de rue avoisinantes + affiche dans les hall d’immeubles.   

Il invitait à se serrer les coudes, à se manifester en cas de difficultés ou pour proposer son aide. 

En une semaine, on a reçu une quinzaine de sms ou coup de fil de personnes intéressées pour aider mais aucune demande d’aide. On a compilé tous ces contacts dans un tableur en ligne. On a pris contact téléphonique avec tout le monde pour faire connaissance. On a créé une boucle de mail et un groupe whatsapp avec celles et ceux qui voulaient. En utilisant un Pad  on écrit l’état de notre réflexion, envie et projets.  Chacun à pris contact avec ses voisins pour faire connaissance, signaler l’existence du groupe d’entraide et voir si des personnes ont des besoins (personnes agées, …). On a ainsi des sortes de « référents de rue ». 

On a ensuite tenté une première réunion virtuelle, d’abord en utilisant Jitsi (ce qui permettait de se voir c’est plus sympa) mais techniquement c’était pas très fiable (son chaotique pour certains, …). La deuxième fois on a préféré une conf téléphonique (service gratuit OVH). Les réus se passent donc au téléphone avec un pad ouvert devant les yeux où on écrit nos idées, le « clavardage » (chat du pad) servant à prendre la parole ou échanger par écrit. Une personne doit bien animer la réu pour que ce soit pas trop chaotique. 

Après trois semaines, on a refait un flyer/affichette pour redire que le groupe existait et lister plus en détail le type de services qu’on voulait se rendre et on a élargi un peu le périmètre.  Depuis, pas une journée ne passe sans qu’une ou deux personnes ne se manifestent pour prendre contact, nous féliciter pour l’initiative, pour proposer son aide et au final rejoindre le groupe. Nous somme une trentaine de personnes plus les voisins directs en contact avec chacun.e de nous. 

Alors certes, on ne fait pas grand-chose d’extraordinaire en soit en terme d’entraide. On n’a pas (encore ?) « sauvé » des gens en détresse ! Le quartier n’est pas un quartier populaire, ni trop bourgeois non plus. Mais c’est clair que ce n’est pas ici que la précarité est la plus forte et que les conditions de confinement sont les plus dures.

On a recensé les « compétences » de chacun.e (bricolage, informatique, courses, mécano, …). Une personne a donné son numéro de tel pour servir de standard et redispatche les demandes de coup de main (par sms, whatsapp, tel). Imprimer un doc pour quelqu’un sans imprimante, dépanner une voiture en panne, déboucher un wc, faire des course pour une personne âgée,  se prêter des outils de jardin, s’échanger des fabrications culinaires, refaire marcher la TV d’une mamie, … Plein de petits services qui sont autant d’occasion de se rencontrer, de faire connaissance, de mailler notre quartier et de rencontrer de nouveau voisins.

On a tenté de monter des ravitaillements collectifs (commande groupées à des petits producteur) mais ça n’a pas encore bien pris vraiment : le marché est juste à coté et sortir faire ses course reste une activité à laquelle chacun tiens pour prendre l’air et voir un peu de monde, quitte à faire la queue un peu longtemps. Mais on garde l’idée et on la teste plus ponctuellement…

Il y a sans doute plein d’idées qu’on a pas encore exploré. Mais on a un réseau en place.

Il a fallu, pour porter la dynamique, un peu de volontarisme et quelqu’un.e.s n’ont pas hésité à se voir en réel pour discuter, se motiver. Et pour que cela vive il faut à la fois inciter les membres à prendre des initiatives sans attendre d’en parler à tout le monde, avec ses voisins directs ou les personnes avec qui il y a plus d’affinités (les contacts de tout le monde sont à disposition en ligne). Mais il faut aussi « animer » le groupe, organiser les réu en ligne, faire circuler les infos, … Parce qu’on n’est pas très sûr de nous, parce qu’on se demande si c’est vraiment utile. Parce que ce confinement tend à nous replier sur nous même. Mais en même temps, il y a la satisfaction de créer du lien, de faire connaissance avec des gens sympas du quartier qu’on ignorait jusqu’à présent, les retours positifs des personnes qui ont reçu le flyer et nous félicitent de l’initiative. tout cela aide à entretenir la dynamique. On a commencé en fait à recréer un semblant de « vie de village » qui n’existait pas  vraiment avant dans notre quartier et cela semble constituer pour tout le monde une  bouffée d’air frais de grande valeur. Effet totalement paradoxal du confinement !

Quelle valeur ça a ce petit réseautage et est-ce que ça mérite l’énergie qu’il faut y mettre ? Je ressens du scepticisme régulièrement auprès de mes réseaux militants habituel. Cela m’a fait douter. Mais au final pas de regrets :  visiblement ce contexte est une occasion unique de sortir de notre entre soi, d’apprendre à s’auto-organiser localement autour d’un état d’esprit, l’ « entraide », qui est précisément celui qui faisait bien défaut dans notre société. Et puis mes voisins ont vu mes pancartes « confinés mais pas bâillonnés » à mes fenêtres et plusieurs ont apprécié… P’têt qu’ils feront bientôt pareil et que certains m’aideront à aller remettre des flyers dans le quartiers pour une prochaine initiative ?

Après la fin du confinement, l’épidémie continuera certainement sous une forme ou une autre et nous risquons de connaître d’autres phases comparables. Je fais le pari que tout l’énergie investie pour construire ce genre de réseau est un investissement de valeur pour la suite.

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Entraide Covid Agen

Dans le Lot et Garonne, Régis, déjà très actif dans l’entraide et la solidarité locale, a lancé un groupe Facebook pour l’agglomération agenaise. Entretien.

[VERSION COURTE POUR DIFFUSION ICI]

Racontez nous comment Entraide Covid-19 Agen s’est créé.

Ces groupes d’entraide, c’est quelque chose que j’essaie de faire depuis longtemps. J’en avais déjà créé ces dernières années, mais qui n’avaient jamais été efficace parce que l’entraide n’existe que lorsqu’elle est nécessaire. J’adore l’entraide. J’ai été bénévole dans beaucoup d’associations : Protection Civile, Restos du cœur, Secours Catholique je sais donc comment ça se passe, où est-ce qu’il y a besoin d’aide.

Au début du mois de mars, je me suis rendu compte que des gens allaient avoir besoin d’aide. J’ai créé mes propres flyers que j’ai diffusé dans les immeubles autour de chez moi. Pas mal de mamies ont commencé à me demander de l’aide, pour les courses, le jardinage… Je suis également inscrit sur un groupe Facebook qui s’appelle « on sait que tu as vécu à Agen si… ». J’ai vu que les gens commençaient à avoir peur à cause du confinement, et dès le 17 mars les gens diffusaient des annonces pour demander de l’aide suite à leurs craintes. J’avais dans l’idée de créer un vrai groupe d’entraide covid-19. J’ai attendu car je me suis dit que cela allait refaire comme avant. Et puis je savais que ça me prendrait beaucoup de temps. Une semaine plus tard, je me suis finalement lancé en lien avec le groupe Facebook « on sait que tu as vécu à Agen si », et très rapidement le groupe a grossit et nous sommes bientôt mille personnes.

Quel est votre secteur ?

Maintenant le groupe est sur Agen et toute son agglomération. L’agglomération agenaise compte une dizaine de communes pour environ 100000 habitants. J’ai d’abord commencé très localement, autour de chez moi, avant que ça s’étende. Je fais partie de la réserve civique agenaise, et donc j’ai pu faire des petites actions comme distribuer des attestations aux plus anciens. Et je voyais de plus en plus de gens qui avaient des besoins spécifiques. J’ai discuté avec le CCAS, et avec quelques amis sur facebook… A ce moment les Restos du cœur, le secours catholique ont fermé. Je voyais qu’il y avait une vraie demande.

Il y avait cette réserve civique qui se mettait en place au niveau national covid-19 sauf que sur Agen ça a mis beaucoup de temps. Les gens avaient beaucoup de demandes au niveau alimentaire et je voyais qu’au niveau psychologique des gens allaient sûrement craquer.

…Du coup vous avez créé le groupe ?

Oui. Quand j’ai créé entraide-covid-19 Agen je croyais que ça existait déjà dans le coin, sauf que non. Donc quand j’ai commencé le groupe j’ai vu que énormément de gens se sont inscrits et avaient besoin d’un tel espace pour échanger. A partir du moment où il y a eu 500 membres : les gens diffusaient des annonces, demandaient de l’aide par eux-mêmes. On ne sent pas énormément la maladie ici en fait, on a eu très peu de cas, six morts dans la région, les gens n’ont pas de ressentis sur la maladie. Ce qui fait que la problématique a plutôt été le confinement. Les gens ont surtout été demandeurs par rapport à leurs courses, à la vie quotidienne. Dans le groupe on s’est aperçu que les gens avaient envie de consommer local par exemple.

Quelles sont les activités principales du groupe ?

Je dirais qu’il y a quatre caractéristiques du groupe qui se sont principalement révélées :

1. Les masques et leurs couturières : on a même créé un autre groupe spécifique pour cela depuis que le gouvernement a décidé que les masques allaient devenir obligatoires, mais moi ça fait longtemps que je suis en relation avec plusieurs couturières. Très vite des gens ont voulu se faire de l’argent, ça a commencé à être problématique, on a décidé que les annonces des masques ne devaient pas être commerciales mais on accepte les échanges.

2.Les protections et les visières. Un monsieur est venu me voir : « j’ai une imprimante 3D, en France des gens commencent à fabriquer des visières un peu partout ». Il m’a demandé : « est-ce que je peux mettre un lien sur ton groupe ? » Là je suis passé sur le site national des makers, je lui ai conseillé de créer son propre groupe et ça a eu du succès.

Pour les protections comme pour les masques on essaye de trouver des tissus, des matériaux utiles… je me bats avec la mairie d’Agen pour avoir des subventions pour les makers. En tant qu’ancien de la protection civile, j’ai fait faire des visières pour eux, à mes frais. Pour les makers, la difficulté c’est que la seule solution serait de créer une association… Le problème, c’est que les services de la préfecture sont fermés, et puis surtout qu’ils sont tellement demandé pour leurs protections qu’ils ont juste pas le temps !

C’est vraiment compliqué… comment est-ce qu’ils vont arriver à fournir pour les établissements qui vont rouvrir au fur et à mesure ? Ils sont 16 bénévoles, et ils payent de leur propre poche le matériel pour soutenir les soignants – pendant trois semaines ils ont bossé que pour les hôpitaux – puis au fur et a mesure ils fournissent les ephad, les infirmières, les médecins…

3. Les producteurs, c’est 80% des annonces. D’un côté il y a celles et ceux qui réclament d’avoir des légumes à domicile, et de l’autre les producteurs qui cherchent à écouler puisque les marchés sont fermés. Ils ont commencé à publier sur le groupe, ça a eu un succès fou. A un moment donné une productrice locale qui vend ses légumes a dû annuler l’annonce car elle était débordée par les demandes ! On a aussi des producteurs de lait, de miel, de fromage, de fleurs… Alors là ça reste commercial, on ne peut pas faire de l’entraide ou du troc là-dessus. On arrive à le faire sur les protections, les visières mais pas sur l’alimentaire. Et on a également maintenant les restaurateurs qui font de la livraison à domicile : ça reste une forme d’entraide je trouve : car sinon tous ces commerçants vont mettre la clé sous la porte ! Moi je leur ai apporté un endroit où ils pouvaient diffuser et ça marche plutôt bien.

4. Enfin on a un dernier bloc, vraiment sur l’entraide : « je n’ai pas de voiture qui peut aller me faire les courses ? »

On a également fait un peu de soutien psy mais sans dépasser nos compétences… mais a priori le CCAS a l’air de dire qu’il n’y a pas eu de réelle augmentation des violences domestiques. Au début ça m’a beaucoup inquiété, la santé mentale des gens. J’ai demandé à une psy qui m’a dit que les centres de psychothérapie avaient fermé… J’ai demandé si le gouvernement n’avait pas dit quelque chose de spécifique sur la question psy. Elle m’a répondu que non. Du coup quand j’ai commencé à créer ce groupe d’entraide on a longuement réfléchi à trouver des solutions pour mettre en place une entraide psychologique, mais on n’a pas continué au final, parce qu’on n’est pas des professionnels. Quand tu dois gérer des gens qui crisent, c’est pas évident… sur le groupe on s’est dit qu’on ne gérait que les urgences en les relayant. Au bout de quelques temps il y a eu enfin la mairie qui a laissé un numéro de téléphone gratuit ainsi que le Centre Hospitalier Départemental qui a décidé de mettre à disposition un numéro de téléphone.


Est-ce qu’il y a d’autres groupes dans le coin ?

Il y a un groupe entre aide Lot-et-Garonnaise, qui n’est pas référencé sur covid-entraide.fr et géré par un jeune de quinze ans ! On se passe les infos. Par exemple hier : une dame qui vit un peu à l’extérieur de l’agglomération avait besoin d’aide pour ramasser des fraises, donc là j’ai passé l’info sur l’entre aide lot et garonnaise, et vice versa quand il a ont un truc qui concerne Agen ils me le renvoient.

Il y a également un autre groupe covid-entraide sur Agen, j’ai proposé qu’on fusionne, ils ne m’ont pas vraiment répondu.

Et au niveau collectif c’est comment ?

Il y a un autre administrateur qui m’aide sur le groupe facebook, après les gens s’organisent entre eux directement. Moi j’ai mon réseau solidaire et je m’organise directement avec les personnes qui sont au courant ou qui font des choses. J’ai demandé s’il y avait d’autres choses qui pouvaient être mise en place sur le groupe facebook, mais personne n’a rien proposé. Les gens n’ont pas le temps, mais le groupe en l’état reste très actif et il est utile pour eux d’être mis en lien et d’obtenir des réponses à leurs question quand ils font face à un problème.

Sur le groupe des masques, là on essaye de monter quelque chose de gros parce que moi déjà je ne sais pas coudre, je ne fais que du relais. Je connais des gens qui donnent et je transmets. Ce que je voudrais pouvoir arriver à faire c’est une entraide au niveau des masques et des protections en montant un vrai réseau parallèle de distribution de masques gratuits, pour ne pas que les gens doivent payer. On va voir pour une association, parce qu’on a bien compris que les masques on va en avoir besoin pendant de nombreux mois. On fera en sorte de coordonner les fournisseurs, les couturières, les makers, les distributeurs et un groupe pour coordonner tout ça, pour avoir des dons et peut-être des subventions.

L’association pourrait s’appeler : « Protection Agenaises » ou quelque chose comme ça. Ça permettrait de gérer les masques et les autres protections et de demander des aides pour les deux. Alors il y a des normes au niveau de l’OMS. Ces normes les couturières les connaissent, elles ont juste besoin de tissus et d’élastiques. Ce n’’est que du recyclage ou presque ! Il n’y a que pour les makers où on a besoin de plastique… Les visières ça va sûrement s’arrêter à un moment donné, mais pas les masques… il y a beaucoup de travail en espérant qu’on sera suffisamment nombreux. Il y a deux couturières qui ont des micro-entreprises, le reste ce ne sont ‘est que des bénévoles.


Vous pensez quoi de la situation en général ?

On s’aperçoit qu’on peut changer le monde, on peut commencer à voir les gens pour de vrai à nouveau… on voit qu’ils ne sont pas égoïstes. Beaucoup sont prêts à aider les gens, et ça c’est juste formidable.

Il faut savoir qu’une bobine pour les makers coûte 25€, avec, ils fabriquent 60 visières, faites le calcul… On se demande pourquoi la population est complètement laissée à l’abandon, qu’elle doit tout faire elle-même et qu’on a aucune aide de l’État. Maintenant ils parlent de vendre 5€ les masques dans les tabacs et pharmacies, ça me dégoûte pour toutes les personnes qui font ça gratuitement depuis plus d’un mois ! Et là l’État veut faire payer parce qu’il a embauché des entreprises ? C’est dégoûtant pour les makers et les couturières qui se sont mobilisés. Surtout qu’on essaye de les aider, moi au milieu de tout ça j’essaye de trouver des solutions, d’appeler… les entreprises sont fermées, elles ont du mal à survivre elles-mêmes, elles sont comme nous, elles sont dans la panade !

Ce qui m’apporte beaucoup de bonheur dans la journée c’est quand même que l’entraide est là, j’espère que ça continuera et que les makers et les couturières seront reconnus car ils le méritent ! Plus que moi qui me contente de faire du lien sans trop bouger car je suis une personne à risque aussi…

Liens :

Le groupe Facebook Entraide Covid Agen

Les masques solidaires Agen

Makers contre le covid 47

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Entraide et Solidarité Dordogne

[VERSION COURTE POUR DIFFUSION ICI]

En Dordogne, un groupe conséquent sur notre réseau social adoré permet la mise en lien de nombreuses personnes dans tout le département. Entretien avec trois des modérateurs :

E.E 38 ans, je suis sans emploi, militante dans les milieux alternatifs, dans lutte contre les discriminations et dans la sphère de la gauche radicale.

N : 56 ans, j’ai été aide-soignante, en pension d’invalidité, je suis militante sur pas mal de groupes notamment LGBT. Et puis je suis représentante des usagers de l’hôpital de Périgueux.

S : 49 ans, je ne suis pas militante dans l’âme mais j’aime bien défendre mes idées. Je suis auxiliaire de vie en cours de licenciement pour inaptitude. J’ai découvert le groupe par hasard, il y avait besoin d’un coup de main alors je suis venue !

Racontez-nous l’histoire de la création du groupe

E.E – Le groupe a été créé à midi le mardi 17 mars aux premières heures du confinement. Je me suis dit : on va rester enfermé au moins quinze jours, comment les gens vont faire, comment partager les informations essentielles ? J’ai d’abord créé cette page par automatisme militant, pour mes ami.e.s et mes contacts à moi. Sauf que ça a vite explosé à tel point qu’on avait 1500 personnes au bout de deux jours. J’ai donc eu vite besoin de renforts à la modération. Aujourd’hui on a 3500 personnes sur le groupe et sept modérateurs de 18 à 56 ans ! L’objectif c’est vraiment de créer du lien, de la solidarité, de l’entraide.

N – J’ai tout de suite pensé qu’il fallait faire un réseau pour pouvoir partager les infos et aider mes voisins. L’entraide c’est dans mon sang et dans mes gênes !

S – Ce que j’ai apprécié c’est la discussion qu’on a eu avant que je devienne modératrice, qui a confirmé qu’on avait les mêmes valeurs.

Comment ça fonctionne un groupe à l’échelle de la Dordogne ?

E – Moi j’ai des contacts un peu partout dans la région (et plus de 4000 amis sur facebook). J’ai fait jouer un réseau existant et donc ça s’est fait très simplement. Là on est le seul groupe vraiment référence en Dordogne, on a été interviewé par la presse locale, tout le monde dans le coin prend notre groupe comme référence. Par ailleurs pas mal de personnes réfléchissent à créer des groupes locaux, certains discutent avec nous, il y en a déjà un à Hautefort. Mais pour beaucoup il n’y a pas vraiment le besoin de créer un groupe à côté, le groupe qu’on a créé semble être suffisant en terme de mise en relation.

Et la vie du groupe ?

S – Ce qui est remarquable : toutes les entraides qui ont été résolues, ça fonctionne, les gens qui cherchent de l’aide la trouvent. C’est un échange d’entraide entre personnes qui sont voisines sans se connaître.

E.E – On a référence plus d’une soixantaine d’entraides résolues depuis un mois. Mais on pense qu’il y en a beaucoup plus car il y a de nombreux liens qui se sont créés à travers le groupe et qui continuent en informel directement entre les gens. Une amie a lancé des maraudes pour les sans-abris, depuis les aides alimentaire ont repris. Il y a des profs qui aident des parents aux devoirs des enfants. Il y a les offres et demandes de masques évidemment…

S – Tout le monde a voulu donner son avis sur comment faire des masques. Ça a été un peu le flou on savait plus quoi faire comme masques, entre celui avec la serviette en papier et celui qu’on va coudre… Beaucoup proposaient des masques, et on a vu presque une démarche commerciale commencer à se mettre en place. Là on a un peu paniqué car on s’est dit qu’on sortait de l’entraide. Alors on a pris la décision d’inciter ceux et celles qui proposent des masques de le faire de façon solidaire. On invite à le faire à prix libre, ou alors de pratiquer le masque suspendu (on paye un masque supplémentaire pour quelqu’un) ou alors l’échange. On fait un peu la chasse à ceux qui font du démarchage. La période n’est pas à l’enrichissement personnel.

Comment vous fonctionnez ensemble ?

N – On a chacun un peu nos petits trucs !

E.E – Les décisions sont prises collectivement, il n’y a pas de chef ! Des fois je fais mon bougon, mais je m’en remets toujours pour l’avis collectif ! Avant de supprimer quoi que ce soit, de décider de couper les commentaires, on prend la décision ensemble avec celleux qui sont présents quand l’alerte est donnée, et au minimum à deux personnes. Dans un groupe avec 3500 personnes évidemment on a des difficultés, beaucoup de gens manquent parfois de bienveillance. Par exemple une fois une personne pose une question qui a rapport avec des fleurs, et là tout le monde lui tombe dessus : « c’est pas de première nécessité ! ». Maintenant ça va mieux, il y a beaucoup plus de bienveillance dans les échanges. Sinon on fait régulièrement des réunions entre nous pour faire le point.

S – On s’entend tous très bien car on est toutes et tous dans la vision de l’aide de personne à personne, on est ouvert à la différence, on reste dans la bienveillance et on fait en sorte que ça se passe comme ça dans tout le groupe. Les plus grosses discussions qu’on a sont sur les publications qui peuvent amener un débat ou un conflit.

N – Par exemple tous les débats autour de Raoult, c’est pas que ça pose problème mais c’est pas le sujet.

E.E – On fait aussi très attention à ce que les informations soient sourcées, pour éviter la polémique inutile qui invisibilise les demandes et les offres d’entraide.

Et avec les personnes fragiles ?

E.E – On a pas eu trop de cas dans cette direction, ni migrants, ni violence conjugales… En revanche on évite vraiment d’être trop anxiogène, ou culpabilisant : au début il y avait beaucoup trop ce message « restez chez vous » qui circulait. Nous on relaye les informations liées à la prévention des différentes violences qui peuvent advenir plus fortement en ce moment comme les violences conjugales, intrafamiliales, pour les personnes LGBT, sur tous ces sujets, il y a tout un tas de dispositifs mis en place qu’on se contente de relayer.

N – En Dordogne c’est difficile d’avoir des gens, on fait des rappels, on fait circuler les numéros qu’on peut appeler, mais on peut pas aller chercher les gens, surtout avec le confinement.

E.E – Au niveau des migrants il y a également des réseaux qui sont déjà en place. La Dordogne est une terre de résistance, il y a déjà plein d’associations de solidarité existante, dont on relaye les informations sur notre mur.

Et avec les soignants ?

S –Rien directement. On relaye les demandes d’entraide de soignants, mais pas plus. Mais nous restons a l’écoute des besoins et nous soutenons tous les professionnels qui bossent durant le confinement.

Et au niveau alimentaire, achats collectifs ?

E.E – En fait il y a beaucoup de liens qui se sont fait au début, et je pense que ça continue en interpersonnel, ça passe plus à travers le groupe. Notre groupe est une vraie plateforme de mise en lien à l’échelle du département. Du coup à part la modération, on peut trouver des fois des solutions, chercher une information, mais on peut pas faire beaucoup plus. Pour ce qui est du secours et de la banque alimentaire, on a publié des informations sur ce qu’il se passe. Après on est en contact et ils utilisent directement la page pour mettre de l’information sur ce qu’il est possible de faire.

N – On aiguille, on répond, on cherche l’info, on laisse pas les gens comme ça non plus.

Comment est-ce que vous voyez covid-entraide ?

E.E – Moi je pense que c’est toujours bien de faire partie d’un réseau. Comment ça c’est passé ? Un de nos membres nous a dit : il existe le réseau covid-entraide france qui référence tous les groupes, est-ce que vous voulez y être référencé ? Nous tout de suite on est tombé sur les six points d’accord du réseau qui correspondaient à nos valeurs. Avec covid-entraide on aimerait faire du partage d’expérience, pour plus avoir ce sentiment d’être tout seul dans notre région, partager du savoir, des techniques, presque de l’éducation populaire en fait. Quand je vois que N n’avait jamais été sur Facebook avant, en un mois elle est plus efficace que nous !

N – Oui, j’arrive même à mettre le petit pouce sous les publications !

E.E – C’est un apprentissage, de l’intelligence collective pour tout le monde, et c’est bien de partager tout ça, on en a besoin !

N – Oui car c’est toujours intéressant, de pouvoir échanger les petits trucs tout bête, c’est important.

S – On est pas fermé ni concentré sur nous même, toutes les idées qui peuvent arriver de l’extérieur elles sont bonne à prendre. On a toujours réussi à trouver une solution, on est toujours restés sur le collectif, on se range à la discussion du plus grand nombre, on a pas tous la même manière de penser, on est différents, et le fait de pouvoir intégrer quelque chose de plus grand c’est aussi une manière de pouvoir donner ce qu’on a à donner, et de recevoir en échange.

Et l’après vous le voyez comment ?

S – D’abord pouvoir se rencontrer en vrai entre nous !

E.E – Nous on parle de communauté, quand on discute entre nous on se dit qu’on a vraiment créé une communauté, du coup on adorerait organiser un grand pique nique avec tous les membres du groupe une fois la sécurité sanitaire assurée. . J’aimerais aussi que ce groupe il continue après.

N – De toute façon la page doit rester parce que c’est loin d’être fini en fait ! On a encore trop d’incertitudes pour dire le 11 Mai c’est bon tout le monde dehors. On doit continuer à faire du lien car on va s’en prendre plein la gueule !

Groupe Facebook

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Le groupe d’entraide juridique et administrative du Syndicat de la Montagne Limousine

Cet entretien est le second d’une série avec les différents groupes du Syndicat de la Montagne Limousine. Le groupe d’entraide juridique administrative s’est prêté au jeu des questions et des réponses.

Comment en êtes vous arrivé ⋅es à créer ce groupe d’entraide administrative et juridique ?

C’est peut-être le premier groupe qui s’est construit pendant les réflexions sur le Syndicat. Il y avait des copain⋅es qui aidaient déjà des voisin⋅es ou des ami⋅es qui étaient un peu perdu⋅es dans leurs papiers ou dans des démarches, d’où l’idée d’un groupe qui proposerait cette entraide plus largement. Nous nous sommes d’abord appuyé⋅es sur des associations connues des communes de Gentioux et de Faux la montagne, ce qui nous a donné plus tard une légitimité quand nous avons décidé de présenter notre groupe à des municipalités. Dans un premier temps, nous n’avons assuré que des permanences à La Renouée, un tiers-lieu à Gentioux (une fois tous les quinze jours). Puis nous avons voulu que d’autres personnes qui ne seraient jamais venues à la Renouée puissent nous contacter et c’est là que nous avons envoyé des lettres à certaines mairies pour leur demander si elles seraient d’accord pour nous accueillir dans leurs locaux.

Nous avons ainsi pu assurer une permanence à Royère de Vassivière, en alternance avec la Renouée. Nous nous sommes retrouvé⋅es par hasard une fois à la médiathèque de Royère, et nous y sommes resté⋅es. Puis le Tiers lieu de Tarnac nous a ouvert ses portes, ainsi que le Café des Zenfants à Eymoutiers (C’est une association qui est principalement tournée vers les enfants et leurs parents). Constatant que nous avions les forces pour assurer une permanence par semaine (à deux, ce qui est important pour bien accueillir les personnes), sans que cela ne dépasse une fois par mois pour chacun⋅e, nous assurons donc une permanence à Gentioux, une à Royère de Vassivière, une à Tarnac et une à Eymoutiers.

Une permanence ça fonctionne comment ?

C’est le vendredi de 9h30 à 12h30 (plus ou moins selon les lieux). Les permanences sont annoncées sur les listes internet de nos réseaux, quelquefois par des affiches… Les lieux qui nous accueillent diffusent aussi l’information à leurs adhérents, On a une adresse mail et un numéro de téléphone (répondeur). Et puis le Syndicat diffuse nos informations par une lettre d’information régulière. Les gens peuvent venir sans prévenir, ils peuvent aussi parler de leur situation soit par mail, soit en laissant un message sur le répondeur, auquel cas on les rappelle.

Il n’y a pas énormément de gens qui viennent, il nous est arrivé, au début, de n’avoir personne. Mais maintenant il y a quand même au moins une personne qui vient dans la matinée, des fois deux, des fois trois, ce qui finit quand même par faire du monde, à raison d’une permanence tous les quinze jours depuis plus d’un an et d’une permanence par semaine depuis cinq ou six mois.

Il y a peu d’appels, mais quand même quelques-uns. Dans ce cas, j’explique le problème de la personne sur notre liste de discussion interne, je demande à mes camarades ce qu’iels en pensent, et à ce moment-là je rappelle la personne ou je lui propose de venir à une permanence.

Qu’est-ce que vous parvenez à faire pour les gens ?

Quelqu’un par exemple qui voulait se faire rembourser son assurance pour sa voiture qui était sur cale, il avait fait tout ce qu’il fallait, ce que lui demandait l’assurance, mais l’assurance ne remboursait pas. Alors moi j’ai téléphoné à l’assureur, on m’a demandé qui j’étais, j’ai dit que j’étais une amie, et là comme par magie ils ont sorti le dossier, et le type a effectivement été remboursé.

Les gens qui viennent nous voir souvent ils sont pris dans des histoires pas possibles. Quand on a affaire à des grosses structures comme ça, on n’a jamais les mêmes personnes, on se fait renvoyer de l’un à l’autre. Que quelqu’un d’autre intervienne, ce simple fait là, ça change tout, ça débloque la situation.

Ça peut être tout type de problème : avec un syndic de copropriétaires, la CAF,… tout organisme pour lesquels on ne sait jamais à qui s’adresser car personne n’est vraiment responsable. Je suis désormais persuadée que c’est une politique. Les gens sont baladés de service en service jusqu’à ce qu’ils se lassent.

Une fois on a contacté un cabinet d’avocat qui nous a donné plein de contacts d’autres avocats susceptibles de débloquer des affaires. La c’était quelqu’un qui était devenu invalide suite à une opération chirurgicale. Mais il y a aussi des histoires liées à de la répression policière…

L’idée c’est de ne pas rester tout⋅e seul⋅e face à des choses plus grosses que soi, le pot de terre contre le pot de fer. On ne s’occupe pas des conflits entre personnes, ce n’est pas notre rôle.

Est-ce que vous avez une formation particulière ?

Non. On a quand même quelqu’un qui a une maîtrise en droit, une autre personne qui étudie aussi le droit, et moi-même j’ai fait une année de droit il y a longtemps. Nous sommes des personnes qui ne sont pas rebutées par le langage juridico-administratif, capables de se débrouiller dans ce genre de textes.

Une fois une personne est venue à la permanence : elle voulait s’assurer du sens exact d’un terme juridique alors on a cherché ensemble. Des fois c’est ça on se met juste à chercher avec les gens. On n’a pas de connaissances spéciales. Certain⋅es sont devenu⋅es pointu⋅es dans certains domaines mais la plupart du temps c’est plutôt au flair : sentir où il faut aller chercher. Écrire une lettre, aller sur internet…

Notre groupe s’appelle entraide : ce n’est donc pas de l’aide à sens unique, c’est plutôt horizontal : on s’entraide les uns les autres ! Quand on s’occupe d’un sujet, si on se penche dessus on finit par avoir des compétences. Et les gens qu’on aide finissent eux-mêmes par en avoir. Comme on n’a pas de compétence particulière à la base on se renseigne nous en même temps qu’on renseigne les gens. L’idée n’est pas d’arriver comme des sauveurs, mais juste en se disant que quand on n’est pas tout seul face à une situation qui nous dépasse, ça peut arriver à la changer complètement.

Et quand vous trouvez pas de solutions ?

On a contacté et eu une réunion avec des assistantes sociales, comme ça si jamais on a besoin de renvoyer des gens vers elles on se connaît et on sait à qui s’adresser. Et puis il y a le carnet de contact d’avocats qui couvre beaucoup de spécialités juridiques. Mais c’est assez rare qu’on les appelle finalement.

Notre groupe a eu un an au mois de février on n’a pas encore trop de vécu, et en plus au début ce n’était que deux fois par mois.

Comment vous avez réagi au confinement ?

Il y a eu une lettre d’info du Syndicat qui rappelait qu’on pouvait toujours appeler le téléphone ou nous écrire par mail. Et puis il y a des affiches du syndicat qui ont été faites spécialement pour le covid. Pour que les gens sachent que pendant cette période il ne fallait pas rester isolé⋅es. Il y a des numéros de téléphones, des contacts etc… Depuis le début du covid personne n’a appelé. Je ne sais pas pourquoi. Comme les gens sont confinés, ils ont d’autres soucis. Je ne sais pas ce qu’il se passe parce que les gens pourraient avoir des problèmes avec le RSA, le chômage… mais non. Peut-être que je dis des bêtises mais tout le monde a l’air de recevoir ses indemnités.

Je fais par ailleurs partie d’un fonds de dotation, qui a pour objectif de redistribuer les dons qu’il reçoit à des associations d’intérêt général, ou alors de faire des prêts relais pour des associations qui ont des problèmes de trésorerie le temps qu’elles reçoivent leurs subventions, qui souvent tardent à arriver. Mais là une association qui attendait une subvention a même reçu l’argent en avance ! C’est comme si l’État faisait attention à ne pas envenimer les choses… Peut-être même que les gens qui avaient des dettes sont laissés tranquilles pendant cette période… je ne sais pas… en tout cas un peu partout les gens se replient sur eux-mêmes. Beaucoup ne font leurs courses que très rarement alors qu’ils pourraient sortir plus souvent.

Nous avons également fait un appel pour demander aux gens s’ils ont des soucis financiers, ou des problèmes de verbalisation intempestive avec l’idée de rassembler des témoignages de gens qui ont été contrôlés, savoir comment ça s’est passé… Dans l’idée de faire des actions collectives. Nous avons déjà lancé cet appel sur les listes internet, mais pour le moment nous n’avons encore que très peu de retours. Ce qui est sûr c’est que dans la situation actuelle, s’il y a des dérives, quelles qu’elles soient, il faut vraiment que les gens se regroupent et se défendent !

Et pour la suite du groupe d’entraide vous envisagez quoi ?

Éventuellement d’aller dans d’autres communes. On aimerait surtout bien que ce genre de pratique d’entraide essaime. C’est tellement simple, il n’y a pas besoin de grand-chose, à part ne pas être rebuté par le langage juridique.

Merci !

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Des récups solidaires à Ivry-Vitry

Dans le réseau des squats de la banlieue sud-parisienne, comme à plein d’autres endroits, on n’a pas attendu le covid-19 pour s’organiser et répondre en commun aux nécessités de la vie. Cornelius, habitant de Vitry, nous raconte comment leurs habitudes de ravitaillement collectif ont été prolongées et mises au service, 5 fois par semaines, des gens laissés sur le carreaux par le confinement.

On se parle après une première partie de journée bien remplie pour toi, faite de récup de nourriture et de distribution. Tu me racontes un peu ?

On est allés avec deux camarades de mon lieu d’habitation à Rungis pour récupérer des vivres. C’est quelque chose qu’on a l’habitude de faire : une fois sur place, on demande à des distributeurs avec qui on a l’habitude de traiter s’ils ont des pertes qu’ils accepteraient de donner à des associations. On organise ça conjointement avec mon collectif de vie et avec d’autres collectifs qu’on connaît depuis assez longtemps.Aujourd’hui ça n’était pas terrible : on n’a pas pu récupérer grand-chose. On était partis avec deux camions et on a à peine pu en remplir un ! Beaucoup d’associations étaient également sur place, et certaines sont venues plus tôt que nous.

Deux camions ! Ca paraît énorme : vous arrivez à les remplir d’habitude ?

Depuis la semaine dernière ça se tarit un peu. Mais avant oui : certains distributeurs avaient vraiment beaucoup à jeter. Maintenant, ils commencent à adapter leurs commandes au confinement, donc il y a moins de choses, ça redevient des recups « normales ». Mais au départ, c’est eux qui nous ont conseillé deux camions, et ça valait le coup ! On ramenait par exemple plein de roquette, salades, avocats, pastèques etc.

Et la suite de la journée, après la récup ?

On répartit la nourriture entre différents collectifs et assos. On essaie de partager avec les gens qu’on connaît, quand on est sûrs que ça va être bien utilisé. Donc après la récup, on est allé voir l’asso Solidaritess (tess comme cité !) qui est basée à Ivry. Il y avait les bénévoles de l’asso qui nous ont accueillis : on commence à se connaître un peu donc c’est un moment sympa. Il y avait des journalistes du Val de Marne qui prenaient des photo et interrogeaient un responsable de l’asso. On a d’abord aidé les Restos du coeur à décharger, puis on vidé notre propre camion. Tant qu’on était là, on en a profité pour aider à décharger un frigo offert par un bénévole à l’association. Voilà pour le résumé de la journée, 7h-12h !

Tout ça, ce sont des choses que vous aviez déjà l’habitude de faire. Le confinement vous a obligé à étendre ce fonctionnement pour aider à nourrir des gens laissés sur le carreau ?

Oui, on faisait déjà deux récups par semaine pour Ivry-Vitry, partagées entre plusieurs collectifs. Une était essentiellement destinée à une association, La Pagaille, qui fait qui fait des cantines à prix libre et distribue des paniers alimentaire. La seconde servait à alimenter trois ou quatre lieux de vie. Maintenant, depuis le début du confinement, on est passés à la vitesse supérieure : on a obtenu des laisser-passer de la mairie pour y aller avec 3 collectifs (2 squats et une coloc), au total 5 fois par semaine.C’était nécessaire, on a entendu que beaucoup de gens étaient en galère parce qu’il y avait moins de permanences des Restos du coeur et du Secours populaire. De notre côté, on avait des contacts avec l’association Solidaritess qui fait des distributions mais a besoin d’être approvisionnée. Et bien sûr, on continue de garder une partie pour nos lieux de vie. Il y a aussi des familles qui sont dans des squats avec qui on a pu partager pour la première fois : cette situation d’urgence nous a poussé à nous mettre en lien avec elles !Par contre, on fait moins la fine bouche : avant on récupérait que du bio, maintenant on cherche de la nourriture avant tout.

Comment vous vous organisez entre collectifs, sans habiter tous ensemble ?

On a l’habitude de fonctionner ensemble, donc ça facilite. On est déjà en contact et on se met d’accord par téléphone. Ensuite il y a quelques aller-retour logistiques, pour récupérer par exemple la carte d’acheteurs qui permet de passer au péage de Rungis. Au début on avait qu’une carte donc on devait aller d’un lieu à l’autre pour la récupérer ! Maintenant on a deux cartes, c’est plus facile. Même chose pour les laisser-passer que nous donne la mairie d’Ivry et qu’il faut aller chercher, car ils sont renouvelés chaque semaine. Mais à part ça, ça n’est pas trop lourd comme orga logistique, parce qu’on a déjà l’habitude et les outils.

Tu sais à combien de personnes distribue Solidaritess ?

Bonne question, je ne sais pas exactement. Eux font 3 permanences par semaines, et il y a un panier par semaine et par famille : vu tout ce qu’on ramène, je pense qu’il y a beaucoup de monde. J’ai vu des queues assez longues devant leur local. Je dirais 150 / 300 personnes, mais c’est à confirmer…

Ces récups vous donnent l’occasion de voir un peu de monde : les travailleurs de Rungis, les militants associatifs… Qu’est-ce que vous apprenez sur la façon dont les gens vivent la situation ?

On a eu quelques échanges avec des vendeurs. Un gars qui bosse à la halle aux fromages nous racontait par exemple qu’un travailleur avait exercé son droit de retrait, donc ils étaient moins nombreux pour le taff. Ces deux dernières semaines on a l’impression d’une reprise de l’activité, il y a beaucoup plus de camions à Rungis. Dans la halle aux fromages, on dirait qu’il n’y a pas de confinement : ça bouillonne de monde le matin ! Avec les gens de Solitari’tess par contre on n’a pas souvent le temps d’échanger, mais sur la durée on apprend à se connaître. Aujourd’hui on a pu parler un peu plus, du flicage policier, de la situation économique, des risques de voir la mise en place de mesure anti-sociale pour « redresser l’économie ». C’est des choses sur lesquelles on doit être très vigilants et c’est bien de pouvoir en parler.

Il y a des difficultés particulières que vous rencontrez ? Des choses plus galères que prévu ?

Ca roule bien. Juste une fois on s’est retrouvé avec tellement de nourriture qu’on n’arrivait pas à écouler. On a dû mettre des cagettes devant chez nous pour que les gens se servent. Ça a marché un peu, mais pas tant que ça : de base les gens hésitent à prendre des trucs dans la rue,  et en ce moment y a forcément beaucoup moins de monde dehors ! Donc on a dû mettre au compost… Mais bon, tellement de choses finissent à la poubelle dans cette société, on fait le max pour pas jeter mais c’est inévitable.Après on a des discussions internes autour des gestes barrières : comme on habite dans des lieux collectifs, il ne s’agit pas qu’on contamine tout le monde en faisant les recups ! Du coup on a mis en place un protocole sanitaire : on a des gants et des masques là-bas, et en rentrant on change de fringues, on prend une douche, on laisse les cagettes en quarantaine un moment.

Le milieu militant est parfois un peu divisé en ce moment. D’un côté on voit dans l’entraide une valeur fondamentale, mais de l’autre on ne veut pas faire de la charité, c’est-à-dire travailler bénévolement pour pallier aux manques de l’État, et risquer de stigmatiser les gens qu’on aide. C’est dur de se situer par rapport à ça ?

C’est pas toujours facile. Parfois on est un frustrés, politiquement parlant. On a surtout un rôle logistique avec les récups et les distribes : en ce  moment vu le contexte on n’est pas en contact avec les gens qu’on aide, donc c’est dur de construire les liens durables qu’on aimerait.Heureusement, c’est quelque chose qu’on fait plus sur le long terme par d’autres assos ou collectifs  comme La Pagaille, le PUG (production de legumes pour les luttes sociales) ou Chaud Bouillon (une cantine de ravitaillement des luttes). Des choses se sont construites dans la durée, et tout ça permet de se reconnaître et de se retrouver le moment venu. Par exemple, à l’occupation de l’incinérateur d’Ivry pendant la grève des retraites, on a constaté qu’on était déjà plein à se connaître, via tous ces réseaux qu’on avait tissés. Aujourd’hui encore on s ‘est aperçu qu’un des vendeurs de Rungis connaissait déjà La Pagaille et proposait même de livrer directement des invendus à Ivry, où il habite, et qu’une autre personne, membre de Solidaritess,  avait un super souvenir d’une grosse soupe qu’on avait cuisinée pour l’arrivée d’ une marche aux flambeaux à Ivry contre la réforme des retraites. On se rend compte comme ça qu’on a des liens qui préexistent !Les cantines, les récups, les distributions, ça permet aussi des liens politiques mais ça prend du temps. Ça peut passer pour de la charité, mais en réalité des contacts se nouent, et sur le long terme ça se retrouve dans des luttes futures !Dans les circonstances actuelles il nous manque peut-être un aspect plus contestataire, offensif. Mais c’est des choses qu’on retrouve à d’autres moments, par exemple récemment dans le soutien aux travailleurs sans papier de Chronopost à Alfortville : il y a eu une grosse mobilisation et beaucoup de régularisation ont été obtenues !

Les squats n’ont pas toujours bonne presse, or là on voit bien que les outils déjà en place et les habitudes d’agir collectif vous ont permis de mettre en place une solidarité rapide et efficace, là où d’autres gens galèrent. C’est important pour toi de mettre ça en avant en terme d’image? Ou bien penser ces enjeux là paraît déplacé dans les circonstances ? 

Parfois à Rungis ou lors de repas de soutien on nous demande qui on est et d’où on vient On n’a pas de ligne directrice pour répondre à ça : certaines personnes se présentent à titre individuel, d’autres à titre associatif (la Pagaille, Chaud  Bouillon), d’autres encore se présentent comme des collectifs de squatteurs, avec un discours plus directement politique. Il peut y avoir un enjeu à ce niveau là, oui : briser certaines barrières mentales, permettre des jonctions. Les squats ont parfois la réputation d’être des lieux très fermés et difficilement accessibles : on essaie de manière générale de se montrer ouverts aux gens du quartier, d’organiser des événements à prix libre etc. Je le vois surtout comme un enjeu d’ouverture, pour permettre des jonctions. Mais ça avec le confinement, c’est quelque chose qu’on peut plus trop faire… Alors on se pose la question autrement : qu’est-ce qu’on peut apporter à l’extérieur ?

Qu’est-ce que tu imagines toi, pour la suite ? Et qu’est-ce que tu espères ? Est-ce qu’on va revenir à la normale ? Est-ce qu’on doit revenir à la normale ?

Il y a des choses à garder. Les Brigades de solidarité populaire me paraissent par exemple être une initiative intéressante, comme fédération de réseau qui a un sens politique offensif. J’espère que ce ne sera pas qu’un feu de paille, et que ça va tenir dans la durée, rassembler des gens, et permettre de sortir de l’entre-soi militant. C’est quelque chose qui nous tient à cœur à nous aussi : on  essaie de pas renouveler des erreurs qu’on a pu faire, de mettre à distance un certain purisme militant, de prendre soin de l’inclusivité.Pour la suite, on a de quoi avoir peur : l’augmentation de la surveillance généralisée, la reprise de la croissance forcenée qui muselle beaucoup de personnes, le risque de maintien de l’interdiction des rassemblement qui va peser sur les luttes… Il va falloir être très vigilant dans les mois qui viennent. On a envie que les liens créés avant et pendant le confinement perdurent et s’intensifient, et permettent d’ouvrir plein de possibles. Il faut préparer les luttes à venir face à la contre-attaque libérale en train de se mettre en place. Sortir du paradigme des quelques privilégiés qui gèrent le bifteck !


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Un groupement d’achats dans le Morvan

Depuis des années, Camille, naturaliste, est engagée dans le réseau associatif et alternatif du Morvan. Au début du confinement, elle a rapidement lancé un groupe d’entraide. Entretien.

Raconte nous un peu comment tu en es arrivé a créer un groupe d’entraide locale

Au début parce que je manquais d’informations fiables et qu’on avait besoin de se retrouver avec les gens du coin a propos de ce qui était autorisé ou pas. J’ai connu covid-entraide par l’infolettre d’une lutte locale, j’ai vu qu’il n’y avait rien sur la carte dans le Morvan alors j’ai créé la page Entraide Morvan sur Facebook. Tout de suite, mon réseau personnel et associatif a rejoint, puis d’autres groupes du Morvan qui ont relayé, on a maintenant plus de trois cent personnes de la région dans le groupe Facebook. Le groupe est hyperactif et autogéré, il fonctionne sans moi qui ait pourtant créé le groupe, c’est parfait, c’est exactement ce que j’attendais. Il y a des modérateurs, on accepte tout le monde, pour le moment on a du supprimé une seule personne qui diffusait des messages inappropriés, sinon pas grand-chose a modérer. On essaye de se focaliser sur les informations locales pour éviter que ça devienne le débat permanent, il y a d’autres espaces pour ça. Par exemple on transfère les informations de nos mairies sur le groupe. Ça permet d’avoir une vision un peu transversale de ce qu’il se passe dans le coin comme les marchés ouverts, les boutiques qui proposent un drive, les besoins des personnels des soignants locaux … Ça crée du lien entre des gens qui en temps normal n’auraient jamais interagit avec nos réseaux alternatifs mais qui là se rendent compte qu’on se débrouille et nous font confiance pour s’entraider.

Vous vous basez donc sur un réseau existant ?

Oui, notamment sur l’association Peirao dont je suis la présidente, créée il y a deux ans, elle a pour but de faire découvrir la nature aux enfants et aux adultes et de faciliter la cohabitation entre humains et non-humains en mettant en place des opérations de solidarité écologiques et sociales. Comme on a un site internet pour faire circuler les informations et un réseau avec une liste mail, les adhérents et les bénévoles de l’association se sont rapidement mobilisés. La recherche d’alternatives, de lien, de «local », une forme de décroissance a laquelle nous force l’épidémie, nous on est là-dedans depuis un moment !

Qu’est ce que vous avez mis en place ?

Un groupement d’achat avec des producteurs locaux : maraîchers, fruits, bières, pain, produits de première nécessité, épicerie fine. On a trois points relais ou les gens viennent chercher leur panier, une trentaine de panier cette semaine, le nombre a augmenté toutes les semaines depuis trois semaines et cela va probablement continuer. Mêmes les mairies voudraient maintenant passer par nous pour faire des paniers ! On passe par le Helloasso de Peirao pour éviter les transactions de monnaie, et l’association règle ensuite les producteurs. On ne prend aucune marge obligatoire : celle-ci est a prix libre, chacun.e met ce qu’il ou elle veut. Il y a aussi des gens qui proposent des choses a troquer…

Autre chose ?

Pour l’instant non mais on souhaite pérenniser ce groupement d’achat, à la demande des participants. De manière générale on rend des services qu’on peut nous demander en appelant le numéro de téléphone de l’association : on a proposé des soutiens au vieux, on a fait quelques livraisons, on a aidé des jeunes parents qui avaient besoin de vêtements plus grands pour leur bébé… Rien de plus pour le moment, si l’école ne reprend pas on fera sûrement des actions avec les enfants. Covid-entraide nous aura aidé à nous lancer mais sinon on a pas eu besoin de plus de soutien du réseau national pour le moment.

site internet : https://www.peirao.org