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Entraide à Sassenage (Isère)

Habitant de Sassenage, près de Grenoble, Olivier nous montre qu’un groupe n’a pas besoin d’être massif et doté de nombreux outils pour agir : décrocher son téléphone, faire courroie de transmission entre des institutions et des personnes, cela peut déjà faire beaucoup en matière de solidarité.

Peux-tu nous parler un petit peu de ta région ?

Sassenage est une ville d’environ 11 000 habitants, qui fait partie de la métropole grenobloise. C’est une ville relativement mélangée, mais quand même en majorité une ville de classes moyennes supérieures, même s’il y a des quartiers populaires. Le revenu médian y est supérieur à la moyenne nationale.Il faut savoir que Grenoble et son agglo regroupent de nombreuses entreprises hi-tech. La ville est aussi caractérisée par un fort héritage militant sur les questions sociales. L’équipe municipale de Grenoble est aujourd’hui une alliance écolo, gauche et citoyens. Le terreau local est donc plutôt fertile à la solidarité…

Comment en êtes-vous venus à créer ce groupe d’entraide locale ? Il y avait des habitudes d’organisation préexistante ?

Sassenage possède  un tissu associatif et militant moins dense que dans Grenoble même. Quatre réseaux jouent un rôle moteur dans notre groupe d’entraide :    

– l’association des parents d’élèves d’une école.    
– un collectif de parents d’élèves solidaires (engagé par exemple dans le soutien à des familles sans papier ou en difficulté de logement)    
– une liste citoyenne-écolo créée pour les dernières municipales, et qui a fait 18 ou 19% au premier tour. Mais même si des membres de cette liste sont très impliqués, on veille à ne pas politiser l’action du groupe d’entraide au service de la liste.    
– une asso de quartier, dans un quartier résidentiel, qui organise des circuits courts de ravitaillement, des événements conviviaux etc.

Les actions se sont construites sans trop d’anticipation. J’ai vu l’appel national de covid-entraide dans lequel je me suis retrouvé ; la ville de Grenoble s’est aussi saisi des questions de solidarité. Donc on s’est demandé ce qu’on pouvait faire nous aussi.  On a créé un groupe facebook avec mon épouse . C’est un petit groupe mais qui comprend 91 personnes : on partage des videos, des appels à récoltes alimentaires, des demandes de bénévolat… Mais il n’y a pas une grosse activité.

On n’a pas d’autres outils. En réalité on ne se considère pas comme un groupe formalisé avec ses propres outils. Il s’agit surtout de faire courroie de transmission pour mettre en lien des choses existantes.

Quelles actions avez-vous mis en place ?

Il y a surtout 3 actions en cours :        

– en voyant comme la pédagogie à distance était compliquée pour nos propres enfants, on a imaginé comme elle pouvait l’être encore plus pour d’autres familles pas ou peu équipés et on a pensé qu’il y avait quelque chose à faire là-dessus. On a lancé un appel à prêts ou dons d’ordinateurs et à assistance informatique, en lien avec l’équipe enseignante et le directeur de l’école. On a ainsi pu équiper 7 familles en ordinateurs, et aidé 3 autres qui étaient en panne. Aujourd’hui le collège essaie de repérer les manques parmi ses élèves, et moi je suis en lien avec une fondation qui peut donner des ordis, donc comme je le disais, on fait un peu courroie de transmission. D’ailleurs, tout à l’heure, j’ai mis en lien une autre collectivité locale avec cette fondation, pour qu’ils fassent la même chose. C’est possible que ces connexions aboutissent à des choses. C’est chouette de voir la dimension rhizomique de tout ça !        

– On a aussi mis en place des circuit courts d’approvisionnement. Nous on a besoin de manger, et il y avait une inquiétude pour les producteurs, liée à la fermeture ou au rétrécissement des marchés. On a donc contacté des producteurs. Il y en a 3 avec qui on s’organise, pour le fromage, les légumes et le miel : ils fournissent une vingtaine de famille. On a voulu y inclure un volet solidaire, donc on a mis en place un système de « panier suspendu » : les gens rajoutent 1€ ou 2€ à leur commande pour payer des paniers en plus qui vont à des assos d’aide alimentaire.       

– On a aussi lancé une collecte de dessins, vidéos, et témoignages à destination de l’ehpad, en passant par l’école et l’assocation de parents d’élèves. Ici, l’ehpad n’a pas trop souffert du covid, mais il y a beaucoup de solitude.

Un ami a également lancé une quatrième idée mais qui ne s’est pas trop développée pour l’instant : faire une sorte de bibliothèque, se passer des bouquins, déconfiner nos livres et nos dvd !

A quoi pourrait servir un réseau national comme covid-entraide ?

Actuellement, il y a une dimension informative intéressante : ça peut inspirer des initiatives. Ca montre ce qui est fait par des groupes, et donc ce qui est faisable par d’autres, donc ça peut casser de l’autocensure : on se dit que c’est possible. Par exemple l’idée de Morlaix de faire des lectures collectives, dont tu m’as parlé, je trouve ça inspirant pour nous ; notre expérience montre que trouver des ordinateurs et des informaticiens pour aider des familles, ce n’est pas si compliqué.Il y a une énergie qui nourrit : via cette mise en réseau, on voit plein de gens avec de la disparité, mais aussi une énergie commune.Pour la suite, ma préoccupation concerne le développement champignoneux des initiatives. C’est foisonnant mais Il y a un risque de dispersion d’énergie. Face à ça faut-il que le réseau se maintienne coûte que coûte après la crise? faut-il que ça s’arrête ou que ça se transforme en autre chose, avec en vue une transformation politique? Moi c’est cette dernière hypothèse qui me fait envie ! Il faudra que les groupes d’entraide et le réseau national voient si ça vaut le coup de maintenir cette forme ou de remettre l’énergie ailleurs, la déplacer. 

Comment vous imaginez la suite ?

Il y a une métaphore qui m’est venue, c’est celle de la crise existentielle qu’on peut vivre individuellement : elle nous éprouve et on peut en ressortir plus fort, ou pas. « Du ciel tombe des cordes faut-il y grimper ou s’y pendre? » chante le groupe Feu! Chatterton. Ici c’est une crise existentielle pour toute une société. Comment ça va se passer? Est-ce que la peur de l’effondrement va nous faire plonger encore plus dans le consumérisme (voire l’autoritarisme)? Ou est-ce que vraiment on va en profiter pour transformer notre rapport à la consommation, au vivant, au travail, à l’autorité etc? On a l’impression que beaucoup de gens ont envie de ça.Et on doit se poser la question du relais politique : comment on va peser sur les décisions importantes? Est-ce qu’il faut avoir des représentants de cette belle énergie citoyenne sur la scène politique? En tout cas il est vital qu’en 2022, on n’ait pas le choix qu’entre les fascistes et les néo-libéraux.

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