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Entraide Covid Agen

Dans le Lot et Garonne, Régis, déjà très actif dans l’entraide et la solidarité locale, a lancé un groupe Facebook pour l’agglomération agenaise. Entretien.

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Racontez nous comment Entraide Covid-19 Agen s’est créé.

Ces groupes d’entraide, c’est quelque chose que j’essaie de faire depuis longtemps. J’en avais déjà créé ces dernières années, mais qui n’avaient jamais été efficace parce que l’entraide n’existe que lorsqu’elle est nécessaire. J’adore l’entraide. J’ai été bénévole dans beaucoup d’associations : Protection Civile, Restos du cœur, Secours Catholique je sais donc comment ça se passe, où est-ce qu’il y a besoin d’aide.

Au début du mois de mars, je me suis rendu compte que des gens allaient avoir besoin d’aide. J’ai créé mes propres flyers que j’ai diffusé dans les immeubles autour de chez moi. Pas mal de mamies ont commencé à me demander de l’aide, pour les courses, le jardinage… Je suis également inscrit sur un groupe Facebook qui s’appelle « on sait que tu as vécu à Agen si… ». J’ai vu que les gens commençaient à avoir peur à cause du confinement, et dès le 17 mars les gens diffusaient des annonces pour demander de l’aide suite à leurs craintes. J’avais dans l’idée de créer un vrai groupe d’entraide covid-19. J’ai attendu car je me suis dit que cela allait refaire comme avant. Et puis je savais que ça me prendrait beaucoup de temps. Une semaine plus tard, je me suis finalement lancé en lien avec le groupe Facebook « on sait que tu as vécu à Agen si », et très rapidement le groupe a grossit et nous sommes bientôt mille personnes.

Quel est votre secteur ?

Maintenant le groupe est sur Agen et toute son agglomération. L’agglomération agenaise compte une dizaine de communes pour environ 100000 habitants. J’ai d’abord commencé très localement, autour de chez moi, avant que ça s’étende. Je fais partie de la réserve civique agenaise, et donc j’ai pu faire des petites actions comme distribuer des attestations aux plus anciens. Et je voyais de plus en plus de gens qui avaient des besoins spécifiques. J’ai discuté avec le CCAS, et avec quelques amis sur facebook… A ce moment les Restos du cœur, le secours catholique ont fermé. Je voyais qu’il y avait une vraie demande.

Il y avait cette réserve civique qui se mettait en place au niveau national covid-19 sauf que sur Agen ça a mis beaucoup de temps. Les gens avaient beaucoup de demandes au niveau alimentaire et je voyais qu’au niveau psychologique des gens allaient sûrement craquer.

…Du coup vous avez créé le groupe ?

Oui. Quand j’ai créé entraide-covid-19 Agen je croyais que ça existait déjà dans le coin, sauf que non. Donc quand j’ai commencé le groupe j’ai vu que énormément de gens se sont inscrits et avaient besoin d’un tel espace pour échanger. A partir du moment où il y a eu 500 membres : les gens diffusaient des annonces, demandaient de l’aide par eux-mêmes. On ne sent pas énormément la maladie ici en fait, on a eu très peu de cas, six morts dans la région, les gens n’ont pas de ressentis sur la maladie. Ce qui fait que la problématique a plutôt été le confinement. Les gens ont surtout été demandeurs par rapport à leurs courses, à la vie quotidienne. Dans le groupe on s’est aperçu que les gens avaient envie de consommer local par exemple.

Quelles sont les activités principales du groupe ?

Je dirais qu’il y a quatre caractéristiques du groupe qui se sont principalement révélées :

1. Les masques et leurs couturières : on a même créé un autre groupe spécifique pour cela depuis que le gouvernement a décidé que les masques allaient devenir obligatoires, mais moi ça fait longtemps que je suis en relation avec plusieurs couturières. Très vite des gens ont voulu se faire de l’argent, ça a commencé à être problématique, on a décidé que les annonces des masques ne devaient pas être commerciales mais on accepte les échanges.

2.Les protections et les visières. Un monsieur est venu me voir : « j’ai une imprimante 3D, en France des gens commencent à fabriquer des visières un peu partout ». Il m’a demandé : « est-ce que je peux mettre un lien sur ton groupe ? » Là je suis passé sur le site national des makers, je lui ai conseillé de créer son propre groupe et ça a eu du succès.

Pour les protections comme pour les masques on essaye de trouver des tissus, des matériaux utiles… je me bats avec la mairie d’Agen pour avoir des subventions pour les makers. En tant qu’ancien de la protection civile, j’ai fait faire des visières pour eux, à mes frais. Pour les makers, la difficulté c’est que la seule solution serait de créer une association… Le problème, c’est que les services de la préfecture sont fermés, et puis surtout qu’ils sont tellement demandé pour leurs protections qu’ils ont juste pas le temps !

C’est vraiment compliqué… comment est-ce qu’ils vont arriver à fournir pour les établissements qui vont rouvrir au fur et à mesure ? Ils sont 16 bénévoles, et ils payent de leur propre poche le matériel pour soutenir les soignants – pendant trois semaines ils ont bossé que pour les hôpitaux – puis au fur et a mesure ils fournissent les ephad, les infirmières, les médecins…

3. Les producteurs, c’est 80% des annonces. D’un côté il y a celles et ceux qui réclament d’avoir des légumes à domicile, et de l’autre les producteurs qui cherchent à écouler puisque les marchés sont fermés. Ils ont commencé à publier sur le groupe, ça a eu un succès fou. A un moment donné une productrice locale qui vend ses légumes a dû annuler l’annonce car elle était débordée par les demandes ! On a aussi des producteurs de lait, de miel, de fromage, de fleurs… Alors là ça reste commercial, on ne peut pas faire de l’entraide ou du troc là-dessus. On arrive à le faire sur les protections, les visières mais pas sur l’alimentaire. Et on a également maintenant les restaurateurs qui font de la livraison à domicile : ça reste une forme d’entraide je trouve : car sinon tous ces commerçants vont mettre la clé sous la porte ! Moi je leur ai apporté un endroit où ils pouvaient diffuser et ça marche plutôt bien.

4. Enfin on a un dernier bloc, vraiment sur l’entraide : « je n’ai pas de voiture qui peut aller me faire les courses ? »

On a également fait un peu de soutien psy mais sans dépasser nos compétences… mais a priori le CCAS a l’air de dire qu’il n’y a pas eu de réelle augmentation des violences domestiques. Au début ça m’a beaucoup inquiété, la santé mentale des gens. J’ai demandé à une psy qui m’a dit que les centres de psychothérapie avaient fermé… J’ai demandé si le gouvernement n’avait pas dit quelque chose de spécifique sur la question psy. Elle m’a répondu que non. Du coup quand j’ai commencé à créer ce groupe d’entraide on a longuement réfléchi à trouver des solutions pour mettre en place une entraide psychologique, mais on n’a pas continué au final, parce qu’on n’est pas des professionnels. Quand tu dois gérer des gens qui crisent, c’est pas évident… sur le groupe on s’est dit qu’on ne gérait que les urgences en les relayant. Au bout de quelques temps il y a eu enfin la mairie qui a laissé un numéro de téléphone gratuit ainsi que le Centre Hospitalier Départemental qui a décidé de mettre à disposition un numéro de téléphone.


Est-ce qu’il y a d’autres groupes dans le coin ?

Il y a un groupe entre aide Lot-et-Garonnaise, qui n’est pas référencé sur covid-entraide.fr et géré par un jeune de quinze ans ! On se passe les infos. Par exemple hier : une dame qui vit un peu à l’extérieur de l’agglomération avait besoin d’aide pour ramasser des fraises, donc là j’ai passé l’info sur l’entre aide lot et garonnaise, et vice versa quand il a ont un truc qui concerne Agen ils me le renvoient.

Il y a également un autre groupe covid-entraide sur Agen, j’ai proposé qu’on fusionne, ils ne m’ont pas vraiment répondu.

Et au niveau collectif c’est comment ?

Il y a un autre administrateur qui m’aide sur le groupe facebook, après les gens s’organisent entre eux directement. Moi j’ai mon réseau solidaire et je m’organise directement avec les personnes qui sont au courant ou qui font des choses. J’ai demandé s’il y avait d’autres choses qui pouvaient être mise en place sur le groupe facebook, mais personne n’a rien proposé. Les gens n’ont pas le temps, mais le groupe en l’état reste très actif et il est utile pour eux d’être mis en lien et d’obtenir des réponses à leurs question quand ils font face à un problème.

Sur le groupe des masques, là on essaye de monter quelque chose de gros parce que moi déjà je ne sais pas coudre, je ne fais que du relais. Je connais des gens qui donnent et je transmets. Ce que je voudrais pouvoir arriver à faire c’est une entraide au niveau des masques et des protections en montant un vrai réseau parallèle de distribution de masques gratuits, pour ne pas que les gens doivent payer. On va voir pour une association, parce qu’on a bien compris que les masques on va en avoir besoin pendant de nombreux mois. On fera en sorte de coordonner les fournisseurs, les couturières, les makers, les distributeurs et un groupe pour coordonner tout ça, pour avoir des dons et peut-être des subventions.

L’association pourrait s’appeler : « Protection Agenaises » ou quelque chose comme ça. Ça permettrait de gérer les masques et les autres protections et de demander des aides pour les deux. Alors il y a des normes au niveau de l’OMS. Ces normes les couturières les connaissent, elles ont juste besoin de tissus et d’élastiques. Ce n’’est que du recyclage ou presque ! Il n’y a que pour les makers où on a besoin de plastique… Les visières ça va sûrement s’arrêter à un moment donné, mais pas les masques… il y a beaucoup de travail en espérant qu’on sera suffisamment nombreux. Il y a deux couturières qui ont des micro-entreprises, le reste ce ne sont ‘est que des bénévoles.


Vous pensez quoi de la situation en général ?

On s’aperçoit qu’on peut changer le monde, on peut commencer à voir les gens pour de vrai à nouveau… on voit qu’ils ne sont pas égoïstes. Beaucoup sont prêts à aider les gens, et ça c’est juste formidable.

Il faut savoir qu’une bobine pour les makers coûte 25€, avec, ils fabriquent 60 visières, faites le calcul… On se demande pourquoi la population est complètement laissée à l’abandon, qu’elle doit tout faire elle-même et qu’on a aucune aide de l’État. Maintenant ils parlent de vendre 5€ les masques dans les tabacs et pharmacies, ça me dégoûte pour toutes les personnes qui font ça gratuitement depuis plus d’un mois ! Et là l’État veut faire payer parce qu’il a embauché des entreprises ? C’est dégoûtant pour les makers et les couturières qui se sont mobilisés. Surtout qu’on essaye de les aider, moi au milieu de tout ça j’essaye de trouver des solutions, d’appeler… les entreprises sont fermées, elles ont du mal à survivre elles-mêmes, elles sont comme nous, elles sont dans la panade !

Ce qui m’apporte beaucoup de bonheur dans la journée c’est quand même que l’entraide est là, j’espère que ça continuera et que les makers et les couturières seront reconnus car ils le méritent ! Plus que moi qui me contente de faire du lien sans trop bouger car je suis une personne à risque aussi…

Liens :

Le groupe Facebook Entraide Covid Agen

Les masques solidaires Agen

Makers contre le covid 47

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