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Entraide et Solidarité Dordogne

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En Dordogne, un groupe conséquent sur notre réseau social adoré permet la mise en lien de nombreuses personnes dans tout le département. Entretien avec trois des modérateurs :

E.E 38 ans, je suis sans emploi, militante dans les milieux alternatifs, dans lutte contre les discriminations et dans la sphère de la gauche radicale.

N : 56 ans, j’ai été aide-soignante, en pension d’invalidité, je suis militante sur pas mal de groupes notamment LGBT. Et puis je suis représentante des usagers de l’hôpital de Périgueux.

S : 49 ans, je ne suis pas militante dans l’âme mais j’aime bien défendre mes idées. Je suis auxiliaire de vie en cours de licenciement pour inaptitude. J’ai découvert le groupe par hasard, il y avait besoin d’un coup de main alors je suis venue !

Racontez-nous l’histoire de la création du groupe

E.E – Le groupe a été créé à midi le mardi 17 mars aux premières heures du confinement. Je me suis dit : on va rester enfermé au moins quinze jours, comment les gens vont faire, comment partager les informations essentielles ? J’ai d’abord créé cette page par automatisme militant, pour mes ami.e.s et mes contacts à moi. Sauf que ça a vite explosé à tel point qu’on avait 1500 personnes au bout de deux jours. J’ai donc eu vite besoin de renforts à la modération. Aujourd’hui on a 3500 personnes sur le groupe et sept modérateurs de 18 à 56 ans ! L’objectif c’est vraiment de créer du lien, de la solidarité, de l’entraide.

N – J’ai tout de suite pensé qu’il fallait faire un réseau pour pouvoir partager les infos et aider mes voisins. L’entraide c’est dans mon sang et dans mes gênes !

S – Ce que j’ai apprécié c’est la discussion qu’on a eu avant que je devienne modératrice, qui a confirmé qu’on avait les mêmes valeurs.

Comment ça fonctionne un groupe à l’échelle de la Dordogne ?

E – Moi j’ai des contacts un peu partout dans la région (et plus de 4000 amis sur facebook). J’ai fait jouer un réseau existant et donc ça s’est fait très simplement. Là on est le seul groupe vraiment référence en Dordogne, on a été interviewé par la presse locale, tout le monde dans le coin prend notre groupe comme référence. Par ailleurs pas mal de personnes réfléchissent à créer des groupes locaux, certains discutent avec nous, il y en a déjà un à Hautefort. Mais pour beaucoup il n’y a pas vraiment le besoin de créer un groupe à côté, le groupe qu’on a créé semble être suffisant en terme de mise en relation.

Et la vie du groupe ?

S – Ce qui est remarquable : toutes les entraides qui ont été résolues, ça fonctionne, les gens qui cherchent de l’aide la trouvent. C’est un échange d’entraide entre personnes qui sont voisines sans se connaître.

E.E – On a référence plus d’une soixantaine d’entraides résolues depuis un mois. Mais on pense qu’il y en a beaucoup plus car il y a de nombreux liens qui se sont créés à travers le groupe et qui continuent en informel directement entre les gens. Une amie a lancé des maraudes pour les sans-abris, depuis les aides alimentaire ont repris. Il y a des profs qui aident des parents aux devoirs des enfants. Il y a les offres et demandes de masques évidemment…

S – Tout le monde a voulu donner son avis sur comment faire des masques. Ça a été un peu le flou on savait plus quoi faire comme masques, entre celui avec la serviette en papier et celui qu’on va coudre… Beaucoup proposaient des masques, et on a vu presque une démarche commerciale commencer à se mettre en place. Là on a un peu paniqué car on s’est dit qu’on sortait de l’entraide. Alors on a pris la décision d’inciter ceux et celles qui proposent des masques de le faire de façon solidaire. On invite à le faire à prix libre, ou alors de pratiquer le masque suspendu (on paye un masque supplémentaire pour quelqu’un) ou alors l’échange. On fait un peu la chasse à ceux qui font du démarchage. La période n’est pas à l’enrichissement personnel.

Comment vous fonctionnez ensemble ?

N – On a chacun un peu nos petits trucs !

E.E – Les décisions sont prises collectivement, il n’y a pas de chef ! Des fois je fais mon bougon, mais je m’en remets toujours pour l’avis collectif ! Avant de supprimer quoi que ce soit, de décider de couper les commentaires, on prend la décision ensemble avec celleux qui sont présents quand l’alerte est donnée, et au minimum à deux personnes. Dans un groupe avec 3500 personnes évidemment on a des difficultés, beaucoup de gens manquent parfois de bienveillance. Par exemple une fois une personne pose une question qui a rapport avec des fleurs, et là tout le monde lui tombe dessus : « c’est pas de première nécessité ! ». Maintenant ça va mieux, il y a beaucoup plus de bienveillance dans les échanges. Sinon on fait régulièrement des réunions entre nous pour faire le point.

S – On s’entend tous très bien car on est toutes et tous dans la vision de l’aide de personne à personne, on est ouvert à la différence, on reste dans la bienveillance et on fait en sorte que ça se passe comme ça dans tout le groupe. Les plus grosses discussions qu’on a sont sur les publications qui peuvent amener un débat ou un conflit.

N – Par exemple tous les débats autour de Raoult, c’est pas que ça pose problème mais c’est pas le sujet.

E.E – On fait aussi très attention à ce que les informations soient sourcées, pour éviter la polémique inutile qui invisibilise les demandes et les offres d’entraide.

Et avec les personnes fragiles ?

E.E – On a pas eu trop de cas dans cette direction, ni migrants, ni violence conjugales… En revanche on évite vraiment d’être trop anxiogène, ou culpabilisant : au début il y avait beaucoup trop ce message « restez chez vous » qui circulait. Nous on relaye les informations liées à la prévention des différentes violences qui peuvent advenir plus fortement en ce moment comme les violences conjugales, intrafamiliales, pour les personnes LGBT, sur tous ces sujets, il y a tout un tas de dispositifs mis en place qu’on se contente de relayer.

N – En Dordogne c’est difficile d’avoir des gens, on fait des rappels, on fait circuler les numéros qu’on peut appeler, mais on peut pas aller chercher les gens, surtout avec le confinement.

E.E – Au niveau des migrants il y a également des réseaux qui sont déjà en place. La Dordogne est une terre de résistance, il y a déjà plein d’associations de solidarité existante, dont on relaye les informations sur notre mur.

Et avec les soignants ?

S –Rien directement. On relaye les demandes d’entraide de soignants, mais pas plus. Mais nous restons a l’écoute des besoins et nous soutenons tous les professionnels qui bossent durant le confinement.

Et au niveau alimentaire, achats collectifs ?

E.E – En fait il y a beaucoup de liens qui se sont fait au début, et je pense que ça continue en interpersonnel, ça passe plus à travers le groupe. Notre groupe est une vraie plateforme de mise en lien à l’échelle du département. Du coup à part la modération, on peut trouver des fois des solutions, chercher une information, mais on peut pas faire beaucoup plus. Pour ce qui est du secours et de la banque alimentaire, on a publié des informations sur ce qu’il se passe. Après on est en contact et ils utilisent directement la page pour mettre de l’information sur ce qu’il est possible de faire.

N – On aiguille, on répond, on cherche l’info, on laisse pas les gens comme ça non plus.

Comment est-ce que vous voyez covid-entraide ?

E.E – Moi je pense que c’est toujours bien de faire partie d’un réseau. Comment ça c’est passé ? Un de nos membres nous a dit : il existe le réseau covid-entraide france qui référence tous les groupes, est-ce que vous voulez y être référencé ? Nous tout de suite on est tombé sur les six points d’accord du réseau qui correspondaient à nos valeurs. Avec covid-entraide on aimerait faire du partage d’expérience, pour plus avoir ce sentiment d’être tout seul dans notre région, partager du savoir, des techniques, presque de l’éducation populaire en fait. Quand je vois que N n’avait jamais été sur Facebook avant, en un mois elle est plus efficace que nous !

N – Oui, j’arrive même à mettre le petit pouce sous les publications !

E.E – C’est un apprentissage, de l’intelligence collective pour tout le monde, et c’est bien de partager tout ça, on en a besoin !

N – Oui car c’est toujours intéressant, de pouvoir échanger les petits trucs tout bête, c’est important.

S – On est pas fermé ni concentré sur nous même, toutes les idées qui peuvent arriver de l’extérieur elles sont bonne à prendre. On a toujours réussi à trouver une solution, on est toujours restés sur le collectif, on se range à la discussion du plus grand nombre, on a pas tous la même manière de penser, on est différents, et le fait de pouvoir intégrer quelque chose de plus grand c’est aussi une manière de pouvoir donner ce qu’on a à donner, et de recevoir en échange.

Et l’après vous le voyez comment ?

S – D’abord pouvoir se rencontrer en vrai entre nous !

E.E – Nous on parle de communauté, quand on discute entre nous on se dit qu’on a vraiment créé une communauté, du coup on adorerait organiser un grand pique nique avec tous les membres du groupe une fois la sécurité sanitaire assurée. . J’aimerais aussi que ce groupe il continue après.

N – De toute façon la page doit rester parce que c’est loin d’être fini en fait ! On a encore trop d’incertitudes pour dire le 11 Mai c’est bon tout le monde dehors. On doit continuer à faire du lien car on va s’en prendre plein la gueule !

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