Publié par Laisser un commentaire

Hors-les-murs #10 – Voyage au pays des plus fortunés

Philanthropie décomplexée, location d’îles privées, pertes financières considérables : les grandes fortunes du monde, qu’elles soient du showbiz, des affaires ou du sport, font beaucoup parler d’elles depuis le début de la crise du coronavirus. Et à la lecture de l’actualité, force est de constater que nous demeurons très inégaux face à la pandémie.

Pis, la crise semble pour eux véritablement constituer une opportunité à saisir, une turbulence à optimiser. Il n’y a qu’à se pencher sur les dons considérables réalisés par les mêmes qui excellent en évasion fiscale, depuis Bernard Arnault (LVMH) jusqu’à Lionel Messi. Hors les Murs vous propose un tour d’horizon des situations de ces « premiers de cordée ».


La philanthropie des grandes fortunes de la Tech
(La Croix)

Entre les grands noms du secteur de la tech, c’est le retour à la cour de récréation et au concours de muscles. Mark Zuckerberg, créateur de Facebook, a ainsi promis 25 millions de dollars à la recherche d’un traitement contre le virus. C’est peu, comparé à Jeff Bezos (Amazon) ou Bill Gates (Microsoft) qui ont chacun arrondi la somme à 100 millions de dollars. Mais qu’on se rassure, dans ces 3 cas, les sommes représentent à peine 0,1% de leur fortune personnelle. Le 8 avril, Jack Dorsey, le fondateur de Twitter, les a fait passer pour des petits joueurs. Il a annoncé qu’il était sur le point de consacrer un quart de son portefeuille d’actions à la lutte contre le virus, soit près d’un milliard de dollars.

Les stars du sport et du showbiz se mobilisent contre le Covid-19 (Paris Match)

La pandémie semble bien constituer une opportunité pour celles et ceux qui voudraient se racheter une virginité : les chanteuses Rihanna ou Lady Gaga, les footballeurs Lionel Messi, Franck Ribery ou le PSG : tout le monde y va de son don aux fondations associatives ou hospitalières.

Pour les grandes fortunes, il s’agit avant tout d’une opération de communication (Reporterre)

Une situation qui n’est pas sans rappeler notre actualité hexagonale. Il y a bien sûr le premier de cordée, Bernard Arnault (LVMH), qui annonçait en grande pompe la livraison gracieuse de flacons de gel hydroalcoolique aux autorités sanitaires françaises, mi mars. Nous pourrions aussi évoquer les frères Pinault (Kering) et leur don de 2 millions d’euros pour les hôpitaux italiens, Chanel et son don de 1,2 million d’euros à l’AP-HP, Hermès et ses 20 millions etc. Attention toutefois à se prémunir de tout évangélisme quant à ces philanthropies, comme le rappelle Alexis Spire, sociologue spécialiste de l’histoire de l’impôt en France — et auteur de Résistances à l’impôt, attachement à l’État. Enquête sur les contribuables français (Seuil, 2018) — « cette forme de philanthropie » est le symbole de ce qu’il nomme « de la statophobie, c’est-à-dire un rejet de l’État. Des grands groupes ou grandes fortunes se montrent prêts à donner de leur richesse et contestent à l’État le monopole de l’intérêt général. En même temps qu’ils anoblissent leur action entrepreneuriale, marquée du sceau de la moralité, ils défendent l’idée que les grandes entreprises savent mieux que l’État quel est l’intérêt général et qu’ils sont mieux en mesure de le servir. »

Jack Ma, le milliardaire chinois, au chevet de l’Afrique (Courrier International)

Le philanthropisme d’un autre milliardaire, chinois cette fois, devrait aussi retenir notre attention. Jack Ma, le fondateur du mastodonte de la vente en ligne Alibaba, vole au secours du continent Africain. L’homme, dont la fortune est estimée à 39 milliards de dollars, a promis « 100 000 masques, 20 000 kits de dépistage et 1 000 combinaisons de protection » à chacune des 54 nations africaines. Un acte purement désintéressé ? Pas si sûr. La Chine cultive depuis des années un partenariat stratégique avec le continent, notamment afin de sécuriser ses approvisionnements stratégiques. La 6e édition du forum Chine-Afrique, en février 2019, avait ainsi réuni l’ensemble des dirigeants du continent à Pékin autour de Xi Jinping. Business as usual, en somme.

Comment les ultra-riches se préparent au coronavirus (Le Figaro)

Au-delà de ces poussées de philanthropie et des opérations de communication, il semble utile de rappeler à quel point nous demeurons fondamentalement inégaux face à la pandémie. Hausse des demandes de renseignements pour acheter des îles privées, explosion des réservations de jets privés, respirateurs privés pour des soins à domicile etc. : pour les plus fortunés, il s’agit de se tailler une place sous le soleil durant cette période de confinement.

La famille royale saoudienne face au coronavirus (New York Times)

En Arabie Saoudite, le coronavirus n’épargne pas la famille royale. Près de 150 membres seraient contaminés et les hôpitaux mettent en place des services VIP pour les accueillir. Des princes saoudiens, qui passent leur temps à voyager à travers le monde, pourraient d’ailleurs avoir rapporté le virus dans le royaume wahhabite.

Le nombre de milliardaires chute en mars (Le Point)

Évidemment, la crise du Covid-19 n’est pas qu’une bonne nouvelle pour les plus fortunés. Le nombre de milliardaires a ainsi fondu depuis le début de l’année : 226 ont ainsi perdu leur statut au mois de mars. Les fortunes, massivement investies dans le marché des actions, y ont laissé des plumes : Bernard Arnault aurait perdu près de 14 milliards d’euros, Jeff Bezos pas moins de 8 milliards, Bill Gates : 5 milliards…

Des intellectuels lancent un appel aux grandes fortunes françaises (Libération – Tribune)

Heureusement, dans ce monde sens dessus dessous, plusieurs intellectuels gardent la tête sur les épaules et appellent justement les grandes fortunes à contribuer réellement à hauteur de leurs moyens à l’effort de guerre : « Faisons un rêve aussi, que ceux qui n’ont cessé de s’enrichir pendant les années en spéculant à la baisse, quand les marchés s’effondrent, soient inoculés par un minimum de civisme et lèvent le pied. Diffusons partout cette invite faite aux plus fortunés de France, opportunité historique, de donner l’exemple, de façon inédite, à toute l’Europe et au monde. La contagion peut être aussi vertueuse, nous devons toutes les susciter et les réinventer. Et si une telle annonce en traînée de poudre invitait les plus grands rentiers du monde à peut-être apprendre à faire leur deuil des logiques court-termistes et d’accumulation qui sont aujourd’hui des malédictions ? La bourse ou la vie? Non, la solidarité, meilleur antidote contre l’effondrement. »

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

; ; ; ; ; ; ; ;
Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *