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Hors-les-murs #12 – Dans les CRA, contaminations et révoltes

L’interruption quasi-totale du trafic aérien a entraîné, par ricochet, celle de la machine à expulsions des immigrés sans-papiers. Faute de pouvoir « éloigner », selon le terme pudiquement employé par l’administration française pour évoquer ces expulsions souvent brutales, les juges ont peu à peu relâché de nombreuses personnes détenues dans les centres de rétention administrative (CRA).

Mais toutes et tous n’ont pas eu cette chance, et certain.es continuent de subir des conditions d’enfermement rendues encore plus inhumaines par l’urgence sanitaire. Depuis les CRA, les détenu.e.s racontent l’hygiène déplorable, la promiscuité susceptible de favoriser la circulation du Covid-19, les brutalités policières et leur sentiment d’abandon. Lorsque les premières contaminations ont été détectées, la révolte a rapidement gagné plusieurs centres.

Levée de bouclier contre le maintien en fonctionnement des CRA (Politis)

Dès le 20 mars, soit juste après le début du confinement, « le défenseur des droits, Jacques Toubon, la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Adeline Hazan, et le Président de de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, Jean-Marie Burguburu, ont durement condamné le maintien en rétention observé dans les CRA, les considérant «illégaux». » Quelques jours plus tard, cinq associations saisissaient le Conseil d’État pour demander la fermeture immédiate des centres.

Le Conseil d’État refuse la fermeture totale des centres de rétention (Libération)

Une requête rejetée le 27 mars par la haute cour administrative, au motif que la plupart des exilé.e.s détenu.e.s auraient déjà été libéré.e.s depuis le début de la crise sanitaire : «Alors que les 26 centres de rétention ont une capacité d’accueil totale d’un peu plus de 1 800 places, ils ne comptaient que 350 personnes retenues à la fin de la semaine du 16 mars, et seulement 152 à la date du 26 mars», argumente le Conseil d’État dans son arrêt. Même à une échelle réduite, les CRA continueront donc à fonctionner, quitte à mettre en danger.

Premiers cas, tensions et dépôt de plainte au CRA de Vincennes (94 Citoyens)

Le site d’info locale « 94 Citoyens » décrit la situation au CRA de Vincennes, où plusieurs prisonniers et mais aussi des policiers ont été diagnostiqués positifs au Covid-19 : « Alors que le coronavirus a pour spécificité d’être extrêmement contagieux, ces cas avérés à l’intérieur du centre, dont les parties communes sont partagées par tous, ont provoqué la peur et la colère des autres retenus et suscité une montée de la tension. Certains paniquent et nous craignons un drame »s’alarme un membre de l’association SOS Soutien Ô Sans Papiers, laquelle a déposé ce vendredi une plainte (…) pour mise en danger de la vie d’autrui. Un syndicat policier réclame aussi la fermeture du centre.

Au CRA du Mesnil-Amelot, une révolte pour la survie (BondyBlog)

Les personnes toujours détenues au CRA du Mesnil-Amelot, près de l’aéroport de Roissy, ont fini par se révolter dans la nuit de samedi à dimanche (11 et 12 avril), suite à la découverte d’un probable cas de Covid-19 parmi eux – un détenu récemment arrivé. Le BondyBlog raconte l’injustice et le désespoir vécus par celles et ceux qui sont maintenus enfermé.e.s malgré l’épidémie, la promiscuité sur place, les conditions d’hygiène déplorables.

Le BondyBlog conclut sur un cas résumant l’absurdité et la violence du système : « Citoyen européen, Gabriel vit en France, il travaille en France, il est marié à une Française et ses enfants sont scolarisés en France. Mais qu’importe : il est enfermé dans l’attente d’être expulsé (…). Arrivé mardi dernier après un contrôle de police dans la rue, Gabriel n’a pas été testé en arrivant. Comme les autres, il vit dans l’insalubrité, la puanteur, la crainte. Et, comme si tout cela ne suffisait pas, sous le spectre d’une pandémie à laquelle la France les expose de façon indigne. »

Des témoignages audio de la révolte au CRA du Mesnil-Amelot (Paris-Luttes.info)

Le site coopératif Paris-Luttes.info (qui effectue un suivi régulier de la situation dans les CRA) rend lui-aussi compte de la révolte au Mesnil-Amelot. Les témoignages audio de prisonniers montrent que leur déshumanisation n’a pas cessé malgré la pandémie : « Ils ne dépistent pas les gens, ils ramènent des gens de l’extérieur sans savoir s’ils sont malades ou pas, et ils nous mélangent tous ! Les toilettes sont sales, on ne peut même pas se doucher, ils nous donnent un savon tous les douze jours. C’est sale, c’est sale… (…) C’est pas normal de vivre comme ça, on est en France, en 2020, on est pas des animaux. »

Dans les centres d’hébergement pour migrants, l’angoisse et la débrouille face au coronavirus (Infomigrants.net)

A l’extérieur des CRA aussi, dans les lieux qui hébergent les exilé.e.s, la peur de la contamination est omniprésente. Le site Infomigrants raconte la situation dans les hébergements d’urgence et autres centres d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada), où le manque de moyens implique d’avoir recours au système D : « Dans les centres d’hébergement pour migrants et réfugiés, le virus menace de se propager à toute vitesse. Gestes barrières, sensibilisation et gestion des tensions font désormais partie du quotidien de ces lieux de vie collectifs qu’il a fallu réorganiser pour limiter les risques de contagion. » 

Comment soutenir depuis l’extérieur, et en confinement, les personnes enfermées (association Genepi)

L’association Genepi explique comment apporter un soutien aux personnes enfermées dans les CRA : appeler les cabines téléphoniques, dans les centres, afin de parler aux détenu.e.s (l’article renvoie vers la liste des numéros), envoyer des e-mails en masse à la préfecture ou à l’administration des CRA, et bien-sûr en parler, s’exprimer, manifester : « Accrochons des banderoles et écrivons partout que les CRA et taules doivent être fermés maintenant et pour toujours ! (…) Montrons notre solidarité à toutes les personnes enfermées dans les prisons, les CRA et autres lieux de privation de liberté en France et ailleurs. » 

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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