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Hors-les-murs #13 – Durant l’épidémie, la police se déchaîne sans complexe

Les naïfs auraient pu espérer un répit des violences policières à l’occasion de la crise sanitaire que traverse le pays. Loin s’en faut : les exactions des forces de l’ordre se poursuivent, notamment sur les populations les plus vulnérables, à commencer dans les quartiers populaires. Plus que jamais, le travail de vigilance et de surveillance des abus policiers apparaît nécessaire, si ce n’est vital. Filmer – même depuis sa fenêtre -, signaler, recenser, partager largement les témoignages sur les réseaux sociaux reste un des seuls moyens de faire pression sur les autorités et les forces de l’ordre.

Témoignages de violences policières dans les quartiers populaires (Association Le Paria)

Coup de taser pour une jeune femme qui pousse un caddie de course, tabassage en règle d’un jeune parti acheter du pain, violent coup de pied dans les testicules à cet autre homme sans prendre la peine de jeter un œil à son attestation : les témoignages extrêmement choquants, souvent documentés par des vidéos, s’accumulent depuis le début du confinement.  

Dans les quartiers populaires, pas de trêve sur le front des violences policières (Reporterre)

Comme l’explique très bien Reporterre, ce que change la crise actuelle, c’est l’amplitude laissée aux forces de l’ordre sur le terrain pour faire appliquer les mesures de confinement. Pas moins de 100.000 policiers et gendarmes ont été déployés en France. Mais avec le confinement, il n’y a souvent plus personne pour s’interposer, ou pour filmer les forces de l’ordre en roue libre. Pour Julien O’Miel, maître de conférences en science politique et membre fondateur de l’Observatoire lillois des pratiques policières, la période actuelle renforce l’arbitraire en laissant aux forces de l’ordre « une marge de manœuvre extrêmement forte » pour faire respecter les règles de confinement. De plus, « l’impossibilité de se déplacer pour les militants associatifs limite l’exercice de contre-pouvoirs. »

Communiqué d’une vingtaine d’associations et de collectifs pour dénoncer des pratiques abusives, violentes et discriminatoires (Ligue des droits de l’Homme – LDH) 

Dès le 27 mars, un collectif d’associations et de syndicats dont le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), Human Rights Watch, la Ligue des droits de l’Homme (LDH) ou encore l’UNEF adressait un communiqué au ministre de l’Intérieur et au directeur général de la Police nationale afin de les alerter sur les nombreux abus constatés sur le terrain : « de tels comportements sont inacceptables et illégaux. L’état d’urgence sanitaire ne doit pas être en rupture avec l’État de droit et ne saurait justifier des contrôles discriminatoires ni un recours à la force injustifié ou disproportionné par les forces de l’ordre françaises. »  

Réponse de Christophe Castaner sur France Inter quant aux violences policières constatées (Compte Twitter David Dufresnes)

Au sommet de l’État, rien de neuf sous le soleil, c’est le déni qui prévaut. Droit dans ses bottes, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a balayé ces accusations au micro de France Inter, à grand coup de chiffres, arguant que seulement 300 signalements avaient été effectués sur la plate-forme dédiée du ministère de l’Intérieur 

Les quartiers populaires, un bouc émissaire facile pour l’extrêmedroite et une partie de la droite (Mediapart)  

Les quartiers populaires sont aussi victimes d’une intense campagne de dénigrement venant de l’extrême-droite et d’une partie de la droite, renouant ainsi avec le réflexe classique du bouc émissaire. Depuis Marine Le Pen jusqu’à Valeurs Actuelles en passant par Eric Ciotti, de nombreuses voix entretiennent le fantasme délirant et dangereux de quartiers indisciplinés dans lesquels les règles sanitaires ne seraient pas respectées. Des déclarations loin d’être anodines lorsqu’on sait que le Rassemblement national demeure largement plébiscité parmi les forces de l’ordre. En revanche, personne pour évoquer la messe de Pâques clandestine tenue dans le 5e arrondissement de Paris et que la Préfecture de police n’a pas jugé utile de déranger.  On sait pourtant que les rassemblements religieux – notamment à Mulhouse – ont constitué des clusters de contamination dans les premières précédentes. Mais pour ces catholiques indisciplinés, pas d’insultes ni de matraque. Plutôt une grande mansuétude préfectorale.

Inventaire non exhaustif de verbalisations abusives émanant des forces de l’ordre (site Carnet de Notes)

Les verbalisations abusives semblent devenues monnaie courante, et pas seulement dans les quartiers populaires. Le site carnet de notes dresse un premier inventaire des PV « arbi­traires ou abusifs, mora­le­ment ou léga­le­ment ».  

En Inde, la police utilise de longues triques de bois pour frapper ceux qui ne respectent pas le confinement (Twitter – Sweta Dash)

La situation hexagonale est loin d’être un cas isolé. Un peu partout dans le monde, c’est à grand coup de répression que les États font respecter les mesures de confinement. La police indienne s’illustre par ses méthodes ultra violentes à l’encontre de ceux qui braveraient les consignes. Munis de longs bâtons, les forces de l’ordre n’hésitent pas à marquer les corps pour marquer les esprits.

Aux États-Unis, les personnes racisées en première ligne face au virus comme aux violences policières (The Guardian)

Aux États-Unis, les personnes racisées sont à la fois sociologiquement les plus exposées mais aussi les plus réprimées par les forces de l’ordre. Pour le Guardian « while the officers’ conduct may not have been related to enforcing social distancing measures, the pandemic, at the least, gives police an incentive to arbitrarily terrorize vulnerable communities even further. » (Bien que la conduite des policiers ne soit peut-être pas été liée à l’application des mesures d’éloignement social, la pandémie donne l’opportunité à la police de terroriser encore plus arbitrairement les communautés vulnérables. »)

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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