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Hors-les-murs #14 – D’Aubervilliers à Montréal, la grève des loyers se propage !

Rent Strike US

Le drap blanc qui flotte aux fenêtres n’est pas seulement synonyme de trêve ou signe de soutien aux soignants. Aux États-Unis, en Espagne ou au Canada, il est devenu l’emblème de la #GrèveDesLoyers. Dans un contexte où de nombreux locataires déjà fragiles perdent leur revenu, il est urgent de les exonérer de la plus lourde traite qui pèse sur eux.

À travers le monde, cette idée trouve un large écho et plusieurs villes ont décidé de l’appliquer aux logements sociaux. Rien de tel en France. Tout juste 150 euros en guise d’ « aide exceptionnelle de solidarité », à peine un cache-misère. Alors, dans les territoires les plus fragiles, des pétitions circulent pour appeler à la grève ou demander des suspension de loyers.

Nous ne pouvons pas travailler = nous ne pouvons pas payer. (Rouen dans la Rue)

Pour les partisans de la #GrèveDesLoyers l’équation est simple : nous ne pouvons pas travailler = nous ne pouvons pas payer. D’où les deux possibilités suivantes : soit les autorités déclarent un gel des loyers au moins pendant la durée du confinement, soit les locataires vont devoir imposer d’eux-même cette interruption par le refus pur et simple de payer.


 Lisbonne, Berlin et Barcelone suspendent les loyers (Le Figaro)

Au Portugal, la mairie de Lisbonne a annoncé que les loyers de logements sociaux pourront ne pas être réglés jusqu’au mois de juin pour venir en aide aux ménages fragilisés par l’épidémie de coronavirus, selon la presse locale. Cette suspension concerne les logements sociaux qui seraient environ 24.000 dans la capitale portugaise. Ce sont près de 70.000 personnes qui n’auront donc plus à payer leur loyer aux bailleurs sociaux durant cette période. Le même type d’initiative a été mis en place à Barcelone et Berlin. Pour l’heure, aucune suspension des loyers pour les particuliers a été prononcée en France mais Emmanuel Macron a promis de suspendre les loyers des petites entreprises en difficulté.

La fondation Abbé Pierre réclame un fonds national d’aide au paiement (FranceTV Info)

Face aux craintes, le gouvernement a simplement annoncé une aide exceptionnelle de solidarité, « de 150 euros par ménage au RSA, 100 euros de plus par enfant ». Pour la fondation Abbé Pierre cette aide exceptionnelle ne suffit pas, son président réclame un « fonds national d’aide au paiement des loyers et des charges ». 


Pour les étudiants, la hantise des loyers impayés (Médiacités Lille)

  À Lille, la hantise du loyer impayé monte chez les étudiants confinés. Outre la crainte de contracter le Covid-19, nombre d’étudiants lillois s’inquiètent de la perte des petits jobs leur permettant de payer leurs loyers ou de financer leurs études. Ils en appellent à l’Etat pour compléter les dispositifs d’aide mis en place par le Crous et l’Université. 


À Aubervilliers, des associations demandent l’annulation des loyers (ACTA)

Depuis le début du confinement, un grand nombre de locataires doivent survivre avec un revenu diminué, voire sans revenu, tout en continuant de devoir assurer le paiement de leur loyers, charges et dépenses alimentaires. Face à la crise l’Alliance Citoyenne d’Aubervilliers, Auber Habitat CGL Aubervilliers et l’amicale Bonjour voisin ont adressé à l’Office public de l’habitat (OPH) D’Aubervilliers une demande d’annulation des loyers pour les locataires en difficulté. 


Suppression des loyers jusqu’à la fin de la crise sanitaire (Le Parisien)

Face à la précarité grandissante, une amicale de locataires de la Courneuve a adressé une pétition aux « présidents des offices publics et privés des HLM de Seine-Saint-Denis ». Signée par plus de 1800 personnes celle-ci demande, purement et simplement, la « suppression des loyers jusqu’à la fin de la crise sanitaire », pour les familles les plus fragiles. Selon les bailleurs, hors de questions d’exonérer les habitants de leurs traites sans compensations des pouvoirs publics.


En France, un appel à la grève (Paris-Luttes Info)

La proposition d’une grève des loyers se propage depuis quelques jours, parallèlement au coronavirus, en réaction à la crise politique, économique et surtout sociale qu’il provoque, qui vient s’ajouter à ladite « crise sanitaire ». Aux États-Unis, de nombreux appels se relayent dans la rue à travers les banderoles et tags qui fleurissent dans beaucoup de grandes villes, notamment de l’Ouest américain, mais aussi sur les réseaux sociaux. Le hashtag #rentstrike parmi d’autres exemples permet de rassembler des propositions autonomes d’organisation d’une lutte contre les loyers durant la pandémie et pourquoi pas au-delà !


Aux États-Unis, la grève des loyers cartographiée (VisionsCartos)


Le COVID-19 a exacerbé les injustices en matière de logement aux États-Unis. En raison de l’épidémie, de très nombreux locataires ne peuvent plus travailler et payer leur loyer. Les expulsions, déjà en hausse avant l’épidémie, se multiplient. Elles touchent en premier les personnes fragiles, sans revenus et sans protection sociale. Dans ce contexte, une initiative de résistance inédite essaime à travers le pays : la grève des loyers. Les contributeur.ice.s de « Anti-Eviction Mapping Project » répertorient les grèves de loyers en cours (maisons bleues) et celles qui pourraient survenir (maisons brunes). Ils cartographient également (en vert) les États qui ont déjà pris des mesures pour protéger les locataires, ceux (en rose) qui préparent des mesures allant dans ce sens. 


En Espagne, grève des loyers et fonds de solidarité (El Salto Diario)


En Espagne, le plan d’aide national destiné aux familles vulnérables, adopté fin mars, est jugé « insuffisant pour protéger les intérêts des familles » par les syndicats de locataires. Ceux-ci ont lancé une grève des loyers à partir du 1er avril. Sur la page suspensionpage.org, ils expliquent comment rejoindre et soutenir la grève, notamment via des fonds de soutien et de résistance. L’un d’entre eux, lancé sur Goteo.org, a déjà collecté 33 000 euros sur les 100 000 visés. Dans le même temps, une pétition sur Change.org exigeant « la suspension des paiements de loyer durant l’état d’urgence » a récolté plus de 65 000 signatures.

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Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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