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Hors-les-murs #16 – Ce que « rester chez soi » veut dire : les inégalités du confinement

« Sauvez des vies, restez chez vous ». Contre l’épidémie, tel est le mot d’ordre répété par les autorités pour faire respecter le confinement. Comme si nous étions en situation d’égalité face à cette injonction à l’auto-discipline.

Une maison individuelle, isolée en rase campagne et inondée de soleil. L’affiche appelant à rester chez soi proposée par l’illustrateur Mathieu Persan dépeint une réalité : celle des classes supérieures qui ont pu rejoindre leur résidence secondaire. C’est le cas de certain.e.s écrivain.e.s qui se sont empressé de raconter cette expérience hors du temps dans des journaux de confinement. À Leïla Slimani qui chronique ainsi sa retraite dans Le Monde le magazine Brain répond : « Tandis que votre esprit vagabonde dans les vertes prairies, il y en a dont les angoisses rebondissent dans des 15 m2 loi Carrez. Vous osez dire : “Nous sommes confinés. J’écris cette phrase mais elle ne veut rien dire.” Pour d’autres, c’est une réalité brutale, pas un putain de week-end prolongé ».

Nos confinements sont le reflet de nos conditions de vie. Loin de cette retraite bucolique, pour beaucoup, sans logis et les mal logé.e.s d’abord, se confiner est synonyme de promiscuité, d’insalubrité et de vulnérabilité. Si les inégalités face au logement ne sont pas nées avec le confinement celui-ci les révèle et les renforce. Les mots de Mona Chollet, tirés de son essai Chez soi (disponible en accès libre ici),nous le rappellent : « Dans la maison se projettent aussi certains des problèmes les plus brûlants auxquels nous sommes confrontés. […] La quête d’un logement est devenue une entreprise qui expose la majeure partie de la population à la violence des inégalités et des rapports de domination. La difficulté de se loger, ou de se loger correctement, que chacun tente de déjouer comme il peut, entrave, contraint et exténue des millions d’existences. On reste rêveur en imaginant à quoi ressembleraient nos vies si l’espace était une denrée abondante et accessible, y compris dans les grandes villes. » 

La « catastrophe » du confinement pour les mal-logé.e.s (Reporterre)

Logements surpeuplés ou insalubres, familles fragiles et dépendantes des associations et services sociaux désormais fermés… Le confinement démultiplie les difficultés pour les mal-logé.e.s. Les associations tentent de s’organiser.


Être sans-abri à Paris pendant le confinement (Courrier International)

Le quotidien des personnes sans domicile fixe est rendu encore plus difficile par la pandémie, relate le Financial Times qui s’est rendu dans les rues de Paris. Les associations font de leur mieux, mais les aides du gouvernement restent limitées tandis que les contrôles de police entravent leurs activités.


Dans les foyers, les chibanis meurent à huis clos (Médiapart)

Dans les foyers de travailleurs migrants, les facteurs de décès s’accumulent : vulnérabilité, promiscuité, maladies chroniques, renonciation aux soins… Face à cela, la réponse des bailleurs et des pouvoirs publics a été tardive et lacunaire.

« Notre plus grande angoisse c’est que l’un de nos foyers devienne un cluster de l’épidémie » (InfoMigrants)

Entassés à plusieurs dans des chambres, les travailleurs migrants vivant en foyers, et parfois même dans des squats informels, sont contraints à la promiscuité et à quelques entorses au confinement. L’inquiétude touche autant les résidents que le personnel qui doit faire preuve d’une vigilance accrue, surtout en Île-de-France, région la plus touchée par le coronavirus et qui subit déjà de plein fouet la sur-occupation des logement.


« Le confinement a considérablement aggravé la situation dans les quartiers défavorisés » (Le Monde – tribune)

Dans le contexte de crise sanitaire, promiscuité, précarité et habitats dégradés affaiblissent encore les liens sociaux dans ces quartiers à un point qui risque d’exploser, alertent, dans une tribune au « Monde », trois professionnels de la prévention.

Covid-19, miroir des inégalités territoriales et sociales dans le 93 (Libération – tribune)

La Seine-Saint-Denis est un des départements les plus touchés par l’épidémie  : décès en forte hausse, manque cruel d’équipements sanitaires, surpopulation dans de nombreux logements.


Une gestion policière du confinement aveugle aux inégalités (Métropolitiques)

Accusés d’aggraver la pandémie en raison de leur supposée « incivilité », les habitant.e.s des quartiers populaires sont montrés du doigt par des discours réactivant le fantasme du ghetto urbain. De nombreuses inégalités – de logement, santé, travail et transport – rendent pourtant le confinement particulièrement difficile dans les cités HLM, et exposent davantage leurs habitant.es au coronavirus. Dans ce contexte les appels au civisme qui visent à modifier les comportements individuels pour que la lutte contre l’épidémie soit efficace ont également pour fonction de légitimer une gestion policière et punitive de la crise sanitaire.


Face aux difficultés, la solidarité s’organise dans les quartiers (Le Monde)

Les quartiers populaires entament leur deuxième mois de confinement à bout de souffle, mais encore soutenus par un faisceau de solidarités inédites, réinventées dans l’urgence.« A ce rythme, dans un mois, nous, travailleurs au noir, travailleurs précaires, habitants des quartiers, enfants des quartiers, on va se retrouver définitivement hors jeu, redoute Nadia, de Marseille. Pour l’instant, on tient grâce aux solidarités locales et parce qu’on ne veut pas se laisser faire. Mais pour combien de temps encore ? »


En caravane, tente ou camion, comment vit-on le confinement ? (Reporterre)

Ils habitent en tente, en camion ou en caravane, par choix ou par manque de moyens. Certains sont habitués à l’isolement et ne se sentent pas à l’étroit. D’autres, privés de leur liberté, prennent leur mal en patience. Reporterre est allé à la rencontre de ceux qui vivent leur confinement à l’extérieur.


Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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Une réflexion au sujet de « Hors-les-murs #16 – Ce que « rester chez soi » veut dire : les inégalités du confinement »

  1. Les orgueilleux habitants de la terre que nous sommes, nous les humains , faisons face actuellement à une situation inattendue . Cette dangereuse pandémie mortelle vient nous rappeler que nous devrions plutôt être humble . Pour preuve , nous sommes totalement désorientés . Je pense que nous devions mutualiser nos efforts et mener des réflexions pour le compte de tous . La survie de l’humanité en dépend .

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