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HORS-LES-MURS #2 – Face au Covid, les femmes donnent tout et risquent beaucoup

« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question… »  Faut-il ajouter à cette liste, dressée par Simone de Beauvoir, la crise sanitaire ? Les femmes constituent le gros des effectifs des professions très mobilisées pour lutter contre la pandémie ou assurer le maintien des activités essentielles, comme l’accès à l’alimentation.

Peu protégées, moins bien payées, elles sont les plus sollicitées. Dans le même temps, en France et à l’étranger, elles voient reculer certains droits obtenus de haute lutte. S’il est à ce jour compliqué de savoir si la pandémie affecte de la même manière les hommes que les femmes, ses conséquences, elles, sont à l’image de l’organisation de nos sociétés : profondément inégalitaires.

« En Ohio et au Texas, les interventions médicales jugées “pas immédiatement nécessaires sur un plan médical” ont été suspendues, avortements inclus. Les associations de défense des droits des femmes sont atterrées. Elles dénoncent une récupération opportuniste de l’épidémie de covid-19 pour “contrôler le corps des femmes”.  Au Texas, les soignants pratiquant une interruption volontaire de grossesse (IVG) sur une patiente risquent 1000 dollars d’amende et 180 jours de prison. » 

Des États américains suspendent les IVG (Les Inrocks)

 « Les témoignages s’accumulent pour dénoncer le fait que des maternités empêchent les femmes qui accouchent d’être accompagnées par leur conjoint·e », note le media belge RTBF qui pointe aussi le risque accru de violences obstétricales. « Certaines femmes se sont vu subitement proposer une césarienne par leur gynécologue alors que leur grossesse ne présentait aucun risque (….) Dans d’autres maternités, les déclenchements se font sur toute femme qui se présente en fin de grossesse, prétendument pour éviter des allers-retours des femmes entre l’hôpital et leur domicile. Il est très probable que des accouchements soit accélérés (… )pour pallier les difficultés d’un personnel médical mis sous tension supplémentaire à cause du virus.Rien ne peut justifier de maltraiter les femmes quand elles accouchent, pas même le Covid-19. »

Accoucher en période de Covid : isolement et risque de violences obstétricales (RTBF)

Dans la fonction publique hospitalière française : 78 % du personnel est féminin, 90 % des infirmières et aides soignantes sont des femmes. Également très exposées au virus dans leur vie quotidienne, les hôtesses de caisse sont à 90% des femmes, les aides à domiciles à 97 %.

Les métiers les plus exposés : massivement exercés par des femmes (Bastamag)

Or le travail de soins, décuplé par la pandémie et massivement pris en charge par les femmes, est « pour une grande partie non-payé ou sous-payé ». Sans compter que le confinement et la fermeture des écoles alourdit les taches domestiques qui reposent en grande partie sur les femmes. « Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), à l’échelle mondiale, les femmes effectuent 76,2% du nombre total d’heures de travail de soins non rémunérées, soit plus de trois fois plus que les hommes. »

Plus de soins, plus de travail (non rémunéré) pour les femmes (TV5 Monde)

Dans un article publié par le journal britannique The Lancet, trois chercheuses du groupe Genre et Covid demandent « aux gouvernements et institutions internationales de la santé de considérer les effets genrés du Covid-19, directs et indirects, et d’inclure les voix des femmes qui sont en première ligne dans la réponse à l’épidémie. » Elles soulignent qu’à ce jour, les décisions qui toucheront en premier lieu les femmes sont quasi exclusivement prises par des hommes. 

Premières affectées, dernières écoutées (The Lancet)

En France aussi l’accès à l’IVG est menacé. Dans une tribune intitulée « Protéger les droits des femmes et maintenir l’accès à l’avortement en période d’épidémie de covid et de confinement », plusieurs centaines de professionnel.le.s de santé alertent : « des difficultés vont obliger nombre de femmes à conserver leur grossesse contre leur gré, mettant en danger leur autonomie et l’avenir des enfants nés dans ces conditions ». Face au « manque de ressources humaines » qui mettent les équipes médicales « en tension » les signataires réclament que « les avortements puissent être autorisés par voie médicamenteuse au domicile jusqu’à 9 semaines d’aménorrhée, soit 7 semaines de grossesse » (contre 5 actuellement), que les mineures « puissent bénéficier d’une IVG dans la foulée de leur première consultation ». Enfin, pour pouvoir répondre aux retards de diagnostic et demandes hors délais liées à la recrudescence de situations de violences en période de confinement, les signataires souhaient « pouvoir, à titre exceptionnel pendant la durée du confinement, réaliser des aspirations jusqu’à 16 semaines d’aménorrhée soit 14 semaines de grossesse » (contre 12 actuellement). Plus de 200 médecins se disent « prêt.es à se mettre hors-la-loi » pour appliquer ces trois mesures. La pétition a récolté plus de 1200 soutiens.

Des médecins français prêt.e.s à se mettre hors-la-loi pour maintenir le droit à l’avortement

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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Une réflexion au sujet de « HORS-LES-MURS #2 – Face au Covid, les femmes donnent tout et risquent beaucoup »

  1. Pour maintenir l’accès à l’IVG en période de Covid et de confinement, pour répondre à la hausse de 30% des violences conjugales, au risque de retards de diagnostic et de demandes hors délais, pour limiter la sollicitation des équipes hospitalières et la multiplication des déplacements, manifeste de médecins et leurs soutiens demandant que la loi ajuste les pratiques médicales aux besoins sociaux : « Nous y sommes prêt.es, et sommes également prêt.es à nous mettre hors-la-loi pour appliquer ces trois mesures. » http://ivg-covid.fr/soutiens.html

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