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Hors-les-Murs #20 – Solitudes connectées et angoisses démultipliées : la santé mentale à l’épreuve du confinement

Le confinement en temps de pandémie rend fou. Du moins, il exacerbe les peurs, les angoisses, le stress, le sentiment de confusion, la colère et le désarroi chez toute une partie de la population. C’est ce que tendent à confirmer les observations de ses effets en Chine ainsi que les études antérieures menées sur les quarantaines imposées pendant l’épidémie de Sras entre 2002 et 2004. Selon les conditions de vie, l’âge, le genre et la situation sociale, nous ne sommes pas tou.te.s égaux.les face aux effets psychologiques du confinement. Ceux-ci peuvent être démultipliés chez les personnes déjà fragiles. Mais aucun moyen supplémentaire n’a été débloqué pour la psychiatrie. Pire, le suivi psychiatrique des personnes qui en ont le plus besoin est parfois entravé par les contrôles policiers. Pour pallier l’isolement, des réseaux de solidarités se mettent en place.

« La contagion des trouilles » (Mediapart)

Sur Mediapart, l’auteur de sciences fiction Alain Damasio se penche sur « ce que le coronavirus fait à nos corps, nos psychés, nos perceptions, nos libertés ».  Il observe que la crise que nous vivons « active nos peurs multiples, nos paranos, nos anxiétés. Notre hypocondrie. Nos insurmontables angoisses. Et donc notre soif inétanchable d’en sortir, par les certitudes fragiles qu’un flux tendu d’infos est censé nous apporter. Alors ça compulse dur. Les audiences des sites d’infos explosent. Ah cette construction hors sol et hors corps d’une espèce de vérité flottante sur les événements, qui finit par prévaloir sur le réel ! La contagion des trouilles est devenue pulvérulente. On la hume tous et toutes, fenêtres pourtant fermées, dans nos solitudes connectées dont les fils se touchent. »

Stress post-traumatique, confusion et colère : les effets psychologiques du confinement (France 24)

Les observations du romancier sont confirmées par les premières études scientifiques qui se sont emparées du sujet. Syndromes de stress post-traumatique, confusion ou encore colère. La mise en quarantaine d’une population est souvent associée à un effet psychologique négatif, révèle une méta-analyse du King’s College de Londres, au Royaume-Uni. Ce rapport, publié en mars dans la revue médicale The Lancet, a un écho tout particulier dans cette période de confinement que vit une large partie de la population mondiale.

Dans le Wuhan (Chine), une enquête montre qu’un tiers des personnes est sujet au stress (France Inter)

Une enquête chinoise publiée le 6 mars portait, elle, sur le degré de détresse psychologique de la population. Elle a permis de collecter 52 000 réponses et révèle que 35% des personnes avaient un stress psychologique modéré. Ce sont les personnes âgées ou isolées, les femmes et les adolescents qui sont en Chine les populations les plus fragiles. Et puis dans le même temps cette enquête indique l’émergence de symptômes psychiatrique nécessitant une prise en charge chez 5% de la population au bout de trois semaines de quarantaine.


Les leçons du Sras : une information fiable et cohérente est cruciale (Courrier International)

Rima Styra, professeure en psychiatrie, et Laura Hawryluck, professeure de médecine de soins intensifs, toutes deux à l’université de Toronto, qui se sont penchées sur les quarantaines imposées pendant l’épidémie de Sras ont détecté des symptômes de Stress Post Traumatique (PTSD) chez 29 % des personnes concernées et des signes de dépression chez 31 % d’entre elles à la sortie de l’isolement. “Nos travaux ont vraiment mis en lumière l’importance d’une information fiable, cohérente et mise à jour, qui permette aux individus de comprendre ce que l’on sait, ce que l’on ne sait pas, et ce qui est fait pour combler ces inconnues”, nous expliquent les chercheuses.

Inégaux face aux conséquences psychiques du confinement (L’écho)

Les femmes ressentent plus négativement la situation, « parce qu’elles sont souvent en première ligne pour les activités familiales et l’éducation. Avec le confinement, on est passé de relations habituellement entre 3-4 personnes à des relations entre 2 personnes. La structure du réseau est affectée, ce qui diminue le support émotionnel. Les femmes comptent beaucoup plus sur ce support émotionnel en cas de difficultés…. », souligne le journal belge L’écho.

TOC, troubles alimentaires, anxiété (Courrier International)

Le contexte d’épidémie et de confinement peut occasionner différentes angoisses chez des sujets dont le rapport à l’alimentation, à l’approvisionnement et au corps est déjà compliqué. Le fait d’entendre constamment parler de nourriture, par exemple, ou la pression que peut entraîner l’injonction des réseaux sociaux à profiter du confinement pour faire de l’exercice. Mais aussi les mouvements de panique dans les supermarchés, et les pénuries qu’ils ont entraînées peuvent être source d’angoisse, souligne une spécialiste interrogée par le site Insider. “Si vous accumulez davantage de nourriture chez vous, vous augmentez le risque d’une crise alimentaire, simplement parce que la nourriture est là, devant vous. Pour certains, c’est un cauchemar. C’est comme enfermer un alcoolique dans un magasin de vin.”

Un plan blanc pour les hôpitaux, un plan bleu pour les Ehpad et rien pour la psychiatrie. (Le Parisien) 

« Il a fallu attendre le 23 mars pour que des consignes soient élaborées à l’attention des établissements psychiatriques, sans donner de moyens concrets pour leur mise en œuvre. À l’heure où les urgences sanitaires se multiplient de toute part, les patients suivis en psychiatrie pèsent un poids trop faible pour bénéficier d’une prise en considération suffisante. » Une tribune signée par une centaine de médecins et d’associations, réclame plus d’attention à l’égard de cette population fragile et souvent stigmatisée.

Une police autoritaire envers les personnes psychologiquement fragiles (Libération) 

Cette stigmatisation des personnes à la santé mentale fragile, on la retrouve lors des contrôles policiers. En venant consulter sa psychiatre, un patient au RSA écope d’une amende de 135 euros pour avoir «mal rempli» son attestation de sortie. Dans un témoignage circonstancié publié dans Libération, son médecin dénonce une police autoritaire.

La permanence d’assistance psychologique de la cantine des Pyrénées : un exemple de solidarité en temps de confinement (Paris-Luttes infos) 

Alors qu’on nous intime l’ordre de rester chez nous entre quatre murs, comment faire fonctionner la solidarité ? Pour aller au-delà de la réponse humanitaire à l’urgence sanitaire et sociale, la Cantine des Pyrénées, une cantine autogérée portée par un collectif du 20e arrondissement de Paris, a mis en place différents outils dont une permanence téléphonique pour orienter les personnes isolées ou souffrant du confinement, qui redirige notamment vers la permanence d’assistance psychologique de la Cantine.

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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Une réflexion au sujet de « Hors-les-Murs #20 – Solitudes connectées et angoisses démultipliées : la santé mentale à l’épreuve du confinement »

  1. la pratique de la meditation si on en a l experience aide bcp même un psychanalyste 🙂 dr jean schmitt

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