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Hors-les-Murs #23 – Spécial 1er mai : lutter en temps de confinement (et continuer après)

C’est un drôle de 1er mai que nous nous apprêtons à vivre. Pour la première fois depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, la fête des travailleuses et des travailleurs, initialement lancée par le mouvement ouvrier en mémoire du massacre de Haymarket Square, à Chicago, en 1886, ne verra pas ses traditionnels cortèges sillonner les villes du pays, crise sanitaire oblige.

De là à rester chez soi comme si de rien n’était ? Loin s’en faut. Malgré la pandémie qui frappe le monde et la crispation autoritaire qu’elle entraîne un peu partout, nombreuses sont celles et ceux qui se mobilisent, empruntent des chemins de traverse et entendent bien se faire entendre, même sans cortège. Mobilisations virtuelles, banderoles aux fenêtres, manifestations en respectant les distances sanitaires… Les propositions des syndicats, collectifs et autres citoyens rivalisent d’inventivité alors que la lutte semble plus necessaire que jamais.


Les origines du 1e mai, fête des travailleurs et travailleuses en lutte depuis les évènements de 1886 à Chicago (Là-bas si j’y suis)

Il faut remonter en 1886 pour connaître l’origine de la fête des travailleurs et des travailleuses. A Chicago, ainsi que dans le reste du pays, des ouvriers manifestent le 1er mai pour la journée de 8 heures. Ce mouvement prend de l’ampleur et sera violemment réprimé par la police le 3 mai. Bilan : 4 morts et des dizaines de blessés. Le lendemain, nouvelle mobilisation et nouvelles violences : 8 policiers sont tués par un tir de dynamite. Un prétexte parfait pour s’attaquer au mouvement ouvrier. 8 syndicalistes, considérés comme organisateurs du rassemblement, sont condamnés à mort, malgré l’absence de preuve. 6 sont exécutés. Il s’agit d’un procès politique du syndicalisme et plus largement du mouvement ouvrier. Le 1e mai, fête du travail ? Plutôt un chapitre fondateur dans l’histoire des travailleurs et travailleuses en lutte du monde entier. Mais combien s’en souviennent encore aujourd’hui ?

Malgré le confinement, les appels à manifester le 1e mai fleurissent (Reporterre)

Rassemblement place de la République, déploiement de banderoles aux fenêtres et balcons, sorties vêtu.e.s de blanc, appel à déposer des pancartes à l’entrée des villages : depuis Attac jusqu’à Paris-luttes.info en passant par la CGT ou le NPA, les appels à mobilisation dans toute ses formes se sont mutlipliés sur les réseaux sociaux. Deux hashtags pour suivre en la journée en temps réel sur les réseaux sociaux : #PourLeJourDapres et #PlusQueJamaisLe1erMai.

« Parce qu’on ne nous enlèvera pas le 1er Mai » (Cerveaux non disponibles)

Cerveaux non disponibles lance un appel destiné à rendre visible la mobilisation de ce 1er mai : « Que ce soit dans la rue ou à vos fenêtres, envoyez nous vos photos et vidéo de votre 1er mai. Nous les diffuserons dès le lendemain pour montrer que l’après a déjà commencé ! » Le média indépendant dresse également une liste des appels à manifester directement dans la rue : « A la veille du 1er mai, des soignants sont sortis dans les rues pour réclamer plus de moyens pour la santé et le service public. Demain, un peu partout en France, des opérations auront lieues. La plupart à domicile pour respecter le confinement. D’autres dans les rues, mais protégés (avec masque et distance de sécurité). »

1er mai : « Plus jamais ça ! Construisons ensemble le monde d’après » (ONG et syndicats)

25 organisations syndicales, altermondialistes, écologistes… co-signent un appel à manifester « depuis chez soi, avec des pancartes, banderoles ou en envahissant les réseaux sociaux », pour tourner la page avec le « monde d’avant » et réclamer des mesures d’urgence sociales, écologiques, féministes et démocratiques : « Plus jamais des travailleur·euses mis·e·s en concurrence et appauvri·e·s ! « Plus jamais » la dépendance aux marchés internationaux comme le manque de masques, de sur-blouses et de médicaments ;  « Plus jamais » les produits qui font le tour de la planète engendrant pollutions et émissions de gaz à effet de serre ! Et « plus jamais » la captation des ressources naturelles du Sud au seul profit des transnationales des pays riches. »

Une carte pour rendre visible les « colères au travail » (Covid-Entraide)

En réalité, le Covid-19 est loin d’avoir éteint les colères qui couvent ici et là. Une carte collaborative a été élaborée et mise en ligne à l’occasion du 1e mai afin de recencer et de visibiliser les travailleurs et les travailleuses en lutte partout sur le territoire. Débrayages, refus de la reprise du travail, grèves et droits de retrait : plus que jamais, les premières lignes se sont retrouvées exposées face au coronavirus, et la reprise à marche forcée de l’économie qui a été engagée jusqu’au 11 mai pourrait voir se multiplier ces foyers de contestation. 

Bas les masques ! Appel de soignat.e.s à construire un mouvement populaire (Basta !)

Cette colère populaire semble aujourd’hui traverser un bon nombre de secteurs professionnels. A commencer par celui de la santé, première ligne sacrifiée sur l’autel de l’économisme et de la rationnalité comptable des derniers gouvernements. Aujourd’hui, ils se mobilisent avec l’opération « Bas les masques », et appellent à les rejoindre pour constuire un mouvement populaire et de solidarité s’opposant aux responsables du désastre en court. 1e mai 2020, la date ou tout commence ?

A Hongkong, la colère gronde aussi sur un monde virtuel (Le Monde)

Dans l’ancienne colonie britannique rattachée à la Chine en 1997, il aura fallu une pandémie mondiale pour interrompre le cycle de manifestations entamé le 15 mars 2019. Enfin, pas tout à fait. Les (nombreux) Hongkongais.es remonté.e.s contre leur gouvernement ont rapidement trouvé de nouvelles voies pour (se) manifester. Par exemple, en détournant le jeu vidéo en réseau Animal Crossing, dans lequel les joueur.e.s débarquent sur une île pour s’y s’installer : « « La première chose que l’on fait en arrivant chacun sur notre île, c’est s’habiller en noir et de s’équiper des accessoires de manifestation : masque à gaz, casque de chantier… », explique une joueuse fraîchement initiée. » (…)

Sur l’île de Pikapika, aménagée par un trentenaire surnommé « Vice » qui a perdu son emploi depuis sa participation à la grève générale de l’été, toutes les activités offertes par le jeu ont été détournées. Le fond du trou à déchets a été couvert de portraits d’officiels qui se retrouveront ainsi peu à peu recouverts de détritus. Les animaux qui normalement font office d’assistants ou de « G.O. » (gentils organisateurs) ont été recrutés pour participer aux barricades, même si personne n’a encore trouvé le moyen d’introduire des gaz lacrymogènes ou des canons à eau. Quant à la « Nook Cranny », la boutique d’approvisionnement qui existe sur toutes les îles, elle a été déclarée « boutique jaune », ce qui signifie qu’elle sympathise avec le mouvement. »

Aux Etats-Unis, les « premières lignes » lancent une grève sans précédent (The Intercept)

Aux Etats-Unis, des travailleur.e.s de « première ligne » se mobilisent à travers tout le pays, comme le raconte The Intercept : « Une coalition sans précédent de travailleurs de certaines des plus grandes entreprises américaines va faire grève vendredi. Les travailleurs d’Amazon, Instacart, Whole Foods, Walmart, Target et FedEx sont appelés à cesser le travail pour dénoncer les profits records de leurs employeurs, réalisés au détriment de la santé et de la sécurité des travailleurs. »

« Les employés se déclareront malades ou quitteront leur travail pendant leur pause déjeuner, selon un communiqué de presse publié par les organisateurs. A certains endroits, des syndicalistes issus des bases syndicales rejoindront les travailleurs devant leurs entrepôts et devant les magasins pour soutenir les manifestations. »

« Travailleurs essentiels du monde entier, unissez-vous ! » (Roar magazine)

Le magazine américain Roar analyse les considérables opportunités de lutte et de transformation sociale offertes par la pandémie: « Les moments de crise transforment en profondeur les temporalités du changement politique, en venant perturber ce qui semblait jusque là stable et solide. Les conditions créées par cette crise nous donnent ici l’opportunité de créer un mouvement solide, sur lequel nous appuyer pour reprendre le contrôle de notre travail. Ce n’est qu’alors que nous pourrons définir collectivement la manière dont nous produisons et distribuons ce que nous considérons comme essentiel. »

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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