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Hors-les-Murs #26 – Dans la rue ou derrière les écrans, les travailleuses du sexe, plus précaires que jamais

Les plus précaires sont les premier.ère.s touché.e.s par les conséquences économiques de la crise sanitaire. Précaires souvent stigmatisées et invisibilisées, les travailleuses du sexe (TDS) subissent de plein fouet les mesures de confinement. Si les situations sont différentes suivant l’activité et le contexte, toutes sont confrontées à des difficultés. 

Dans la rue, les prostituées se retrouvent en difficulté pour payer leur loyer et subvenir à leurs besoins faute de clients. Et puisque le travail est souvent informel, elles ne peuvent prétendre au chômage partiel ou aux aides réservées aux indépendant.e.s. Derrière les écrans, les cam girls qui ont vu leur activité augmenter n’ont pas pour autant une situation plus enviable. Suivant l’exemple d’Uber, les plateformes profitent de l’arrivée de nouvelles recrues pour baisser les tarifs. Pour les travailleuses du sexe la crise sanitaire vient aggraver la précarité.

Durant le confinement de nombreuses prostituées se retrouvent à la rue (Le Monde)

Dès le début du confinement, des prostituées qui logeaient dans les hôtels qui ont dû fermer se sont retrouvées à la rue. Faute de clients, celles qui logent dans des appartements et ne peuvent plus payer leur loyer risquent de les suivre. À cette précarité renforcée par la crise sanitaire s’ajoutent des difficultés dans l’accès aux distributions alimentaires et dans la possibilité d’une mise à l’abri pour celles qui ne disposent pas d’un logement.

Les travailleuses du sexe, encore oubliées par l’État (France info)

Exerçant un travail précaire et souvent informel, les TDS ne pourront pas toucher les aides de l’État d’un montant allant jusqu’à 1250 euros réservées aux travailleurs indépendants. Pour Dorys, trésorière du Strass (Syndicat du travail sexuel) : « Les oubliés des aides, ce sont toujours des gens déjà précarisés. » Elle rappelle que pour beaucoup, la prostitution est déjà “une solution de survie”. Le Strass a rédigé une lettre ouverte à l’intention du Président de la République pour qu’un fonds d’urgence d’un million d’euros soit constitué afin d’aider les TDS les plus précaires. 

Des cagnottes solidaires pour aider les plus précaires (Streetpress) 

Face à l’absence d’aide de l’État, les associations et les militant.es se sont mobilisé.e.s pour créer plusieurs cagnottes en ligne afin d’aider les travailleuses du sexe les plus en difficulté. Celle du Strass a déjà réuni plus de 64 000 euros, celle du compte Instagram @tapotepute a atteint 21 63 euros, tandis que d’autres cagnottes s’organisent par région. Le Strass a répertorié ces différentes cagnotes ici

La précarité des TDS mise en évidence par la crise sanitaire : « on a toujours besoin de bouffer » (Radio Parleur) 

Dans ce podcast, Judith, escort dominatrice qui anime le compte Instagram @tapotepute, et Awen, travailleur du sexe en région parisienne, racontent leur confinement difficile. Perte de revenu à hauteur de 1200 euros, reconversion sur le web et dans la photo pornographique ou encore survie grâce à la solidarité familiale et associative.

De la rue à l’écran : une intensification de l’activité des cam girls (BFM TV) 

Durant le confinement la demande sur les plateformes de mise en relation entre cam girls et clients augmente. Les travailleuses du sexe en ligne témoignent d’une augmentation de leur activité : « Désormais, je travaille au moins de 9 heures à 23 heures alors qu’en temps normal, je garde mes soirées pour lire » affirme ainsi une cam girl.

La profession de cam girls s’ubérise pendant le confinement (Numerama) 

Le problèmes des cam girls en temps de confinement, c’est qu’il y a plus de voyeurs que de payeurs. D’autant que si ces travailleuses du web travaillent plus que l’accoutumée, la rémunération à l’heure n’a pas évolué. Et elle n’est pas élevée : quelques euros par minutes dont 20 à 85% ponctionnés par les sites. À l’image d’Uber, les plateformes refusent de baisser les commissions tant que l’offre est haute. C’’est le cas en ce moment puisque beaucoup de  prostituées se sont converties au travail en ligne. Pour le sociologue Pierre Brasseur, “ces plateformes expliquent qu’en travaillant avec elles, il est possible de gagner beaucoup. Ce que l’on a vu, c’est qu’il faut surtout beaucoup de présence en ligne et de travail gratuit pour y arriver.” Il conclut : “les plateformes ont réussi à faire ce que personne avant elles n’avait réussi : casser les prix du marché du sexe.”

En Nouvelle-Zélande, les prostituées davantage protégées par l’État (The Guardian) 

Les travailleuses du sexe néo-zélandaises ont l’habitude de travailler avec le gouvernement. Une collaboration fructueuse qui a permis de leur éviter la précarité pendant la crise sanitaire. Depuis une loi élaborée en 2003 en concertation avec des travailleuses du sexe elles-mêmes, le travail du sexe est considéré comme toute autre forme de travail. Ainsi, lorsque les maisons closes ont fermé, les prostituées ont profité de la subvention salariale d’urgence mise en place pour tous les travailleurs dont les revenus ont baissé de plus de 30%. 

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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