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Hors-Les-Murs #27 – Le naufrage de l’Etat face au Covid-19

A quelques jours du déconfinement, Hors les Murs vous propose de revenir sur le désastre de la réponse de l’Etat face au Covid-19. Rarement depuis les débuts de la Vème République, les autorités gouvernementales n’ont subi pareille débacle. Communication chaotique et contradictoire, mensonges flagrants à répétition, maintien du premier tour des élections municipales, pénurie interminable de masques, manque criant de moyens pour les personnels soignants, réflexes répressifs pour imposer les mesures de confinements, explosion des violences policières, incapacité à déployer des tests pour la population, commande de milliers de respirateurs non-adapatés, sacrifice des personnes âgées en EHPAD etc. La liste est longue, voire interminable. 

Comment expliquer une telle incurie ? Libre à chacun.e de tenter une réponse. Cet exercice de recensement nous a paru d’autant plus essentiel que la crise semble loin d’être terminée. Avec le début du déconfinement annoncé pour lundi 11 mai, il y a fort à parier que la liste s’allongera encore. Le conseil scientifique, évoqué à tout-va par l’exécutif pour vernir ses décisions d’une indiscutable arrogance, s’est par exemple prononcé contre la réouverture de tous les établissements scolaires avant septembre…

EPISODE 1 : Y A T’IL UN PILOTE DANS L’AVION ?

Le gouvernement, au courant du danger depuis décembre ? (Le Canard Enchaîné, repris par Le Parisien)

Comme si le tableau n’était pas suffisamment noir, le Canard Enchaîné du mercredi 6 mai nous apprend que l’ambassadeur de France à Pékin, Laurent Bili, avait alerté Emmanuel Macron ainsi que son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves le Drian, dès le mois de décembre qu’un virus dangereux circulait à Wuhan. Une révélation qui met du plomb dans l’aile à la rhétorique du « on ne savait rien » déployée depuis des semaines par les autorités.

La conseillère santé d’Emmanuel Macron termine son contrat fin janvier et ne sera remplacée qu’un mois tard (Mediapart)

C’est la première désertion qui interroge. Alors que l’exécutif est manifestement au courant de la tempête qui s’annonce, le contrat de Marie Fontanel, conseillère Santé d’Emmanuel Macron, arrive à son terme le 31 janvier.  L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) est pourtant alarmante à cette date et évoque déjà une « urgence de santé publique de portée internationale ». Sa remplaçante, Anne-Marie Armanteras de Saxcé, ne sera nommée que le 1er mars, un mois plus tard.
Comme le pointent les journalistes de Mediapart, « cette situation pose une nouvelle question sur la gestion de la pandémie par le pouvoir, au cours des semaines qui ont précédé les mesures de confinement. Déjà mis en cause sur le manque de masques, de tests et de médicaments, l’exécutif est aussi accusé d’avoir trop tardé à prendre certaines décisions, comme le report des élections municipales. La menace sanitaire se profilait dès le mois de janvier, mais au Palais, personne n’a jugé bon de demander à Marie Fontanel de prolonger son contrat.« 

A quelques jours de la tempête, Agnès Buzyin, ministre de la Santé, démissionne pour remplacer Benjamin Griveaux dans la course aux municipales. (FranceInfo)

Comme si cela ne suffisait pas, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qui quitte son poste mi-février. La raison ? Remplacer Benjamin Griveaux qui vient tout juste de se retirer de la course à la mairie de Paris. Un calcul étonnamment politicien alors que l’urgence est sanitaire. Mais qu’on se rassure : « C’est « une décision de cœur et d’engagement », assure l’Elysée à l’AFP, tout en ajoutant que cette candidature était « un choix cohérent qui doit être salué. »

Macron au théâtre à une semaine du confinement, la début d’une mascarade mal interprétée ? (Mediapart – blog)

Qui a oublié la sortie d’Emmanuel Macron dans un théâtre parisien le vendredi 6 mars alors même que l’épidémie frappe massivement le nord de l’Italie et qu’il n’y a guère plus de doute sur ce qui nous attend ? Un épisode qui restera un symbole de la gestion et de la communication macroniste : à vue, privilégiant l’économie, et aussitôt contredite !

Malgré la pandémie et en défi de tout bon sens, le premier tour des élections municipales maintenu (Libération)

Dimanche 15 mars, le premier tour des élections municipales est maintenu. Pourtant, l’OMS a déclaré que le Covid-19 constituait une pandémie trois jours plus tôt, le 12 mars. Alors que le virus circule activement sur le territoire (stade 3), difficile de comprendre un tel arbitrage, qui a certainement causé la contamination de milliers de personnes.
Patrick Kanner, le patron des socialistes au Sénat, a fait un calcul : les municipales, ce sont 69 000 bureaux de vote, entre 5 et 7 personnes à l’intérieur, pendant douze, treize voire quatorze heures. «Entre 450 000 et 500 000 personnes d’un côté et 20 millions de Français de l’autre. Qui peut oser dire qu’il n’y a pas eu de contaminations ?» »

A Saint-Ouen, bouillon de culture dans les bureaux de vote (France info)

Exemple à Saint-Ouen, où France 2 a pu joindre 209 assesseurs sur les 303 en activité le jour de l’élection. 73 ont déclaré avoir par la suite contracté des symptômes proches du Coronavirus. Ont-ils/elles été contaminé.e.s le jour du scrutin ? Ont-ils/elles au contraire contaminé certain.e.s des 11 193 électeur.e.s qui se sont déplacées ce jour-là ? France 2 a enquêté.


Politique de confinement : de la répression, encore de la répression, toujours de la répression (Amnesty)

D’entrée de jeu, le gouvernement a fait le choix de la répression pour faire appliquer son confinement. Alors qu’on dépasse le million d’amendes et que les vidéos témoignant d’un déchaînement de violences policières se multiplient, notamment dans les quartiers populaires, comment ne pas questionner ces méthodes employées par les autorités ? « Toutes ces situations contribuent à une perte de confiance dans la police et les autorités, qui est particulièrement problématique dans un contexte de lutte contre une pandémie. Une approche exclusivement répressive risque de contribuer à une augmentation des tensions et à un rejet des règles de santé publique, pourtant essentielles » avertit Amnesty. 

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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