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Hors-Les-Murs #28 – Le naufrage de l’État face au Covid-19

À quelques jours du déconfinement, Hors les Murs vous propose de revenir sur le désastre de la réponse de l’État face au Covid-19. Rarement depuis les débuts de la Vème République, les autorités gouvernementales n’ont subi pareille débâcle. Communication chaotique et contradictoire, mensonges flagrants à répétition, maintien du premier tour des élections municipales, pénurie interminable de masques, manque criant de moyens pour les personnels soignants, réflexes répressifs pour imposer les mesures de confinements, explosion des violences policières, incapacité à déployer des tests pour la population, commande de milliers de respirateurs non-adaptés, sacrifice des personnes âgées en EHPAD etc. La liste est longue, voire interminable.

Comment expliquer une telle incurie ? Libre à chacun.e de tenter une réponse. Cet exercice de recensement nous a paru d’autant plus essentiel que la crise semble loin d’être terminée. Avec le début du déconfinement annoncé pour lundi 11 mai, il y a fort à parier que la liste s’allongera encore. Le conseil scientifique, évoqué à tout-va par l’exécutif pour vernir ses décisions d’une indiscutable arrogance, s’est par exemple prononcé contre la réouverture de tous les établissements scolaires avant septembre…

EPISODE 2 : L’INTERMINABLE PÉNURIE?

8500 nouveaux respirateurs inutilisables pour le Covid-19 (Radio France)

Même sur le volet décisif des respirateurs artificiels, les « manageurs » étatiques n’ont pas été capables d’obtenir un résultat satisfaisant, à en croire une enquête de Radio France. Le 31 mars, lors d’une visite sur une usine près d’Angers, Emmanuel Macron annonçait avec fierté un partenariat conclu avec plusieurs grandes entreprises – Air Liquide, PSA, Valeo et Schneider Electric – pour produire 10 000 respirateurs artificiels répondant aux besoins des soignants.

Sauf que derrière l’effet d’annonce, 8500 de ces appareils, de type Osiris, sont des respirateurs mobiles à utiliser en urgence mais qui ne sont pas adaptés au Covid-19 : « Ce n’est clairement pas, pour être pudique, un respirateur adapté à la prise en charge d’une détresse respiratoire aigüe compliquée, explique Philippe Meyer, médecin réanimateur à l’hôpital Necker à Paris. On a un peu l’impression qu’on a fait un effet d’annonce pour montrer qu’on était capable de produire 10 000 respirateurs. Mais personnellement je n’utiliserais pas un Osiris en réanimation. C’est très clair.

La question des masques, symbole d’une gestion erratique et mensongère (Mediapart)

L’abandon du stock stratégique de masques, les consignes contradictoires données à la population ainsi que l’incapacité de l’État à s’approvisionner une fois la gravité de la pandémie admise, sont sans doute le symbole le plus marquant du naufrage de la gestion néolibérale de cette crise.

Après avoir souligné comment la communication gouvernementale s’était en réalité ajustée non pas à des impératifs sanitaires, mais à la pénurie de matériel, Mediapart enfonce le clou en révélant les coulisses des tentatives calamiteuses d’achats de masques par l’État : « Des livraisons en retard, des occasions ratées, des interlocuteurs fiables méprisés et, in fine, des importations plus efficaces pour les entreprises que pour les soignants : une nouvelle enquête (…) démontre les choix stratégiques catastrophiques du gouvernement dans l’approvisionnement du pays en masques. »

Après les masques, la pénurie de surblouses inquiète (La Croix)

« Une carence se substituerait-elle à l’autre ?, interroge La Croix. Après les masques, ce sont à présent les surblouses qui manquent aux soignants. Ce sont ces équipements étanches qui permettent de couvrir leurs blouses en tissu et de les protéger des projections liquides. »

Les images de soigant.e.s tentant, désespéré.e.s, d’enfiler les blouses de substitution informes qui leur ont parfois été adressées ont fait le tour des réseaux sociaux. Pour tenter de se protéger, « des gens redécoupent des plastiques différents, certains soignants vont jusqu’à utiliser des sacs-poubelles. », raconte La Croix. « Ou des sacs plastiques alimentaires, comme au CHU de La Roche-sur-Yon. Des alternatives « peu glorieuses », regrette Pierre Parneix mais, rappelle-t-il, « du plastique, quelle que soit sa forme, demeure du plastique, c’est efficace ». »

Tests : la défaillance organisée au sommet de l’Etat (Mediapart)

Instances internationales et scientifiques sont unanimes sur la question : une politique de dépistage massif est, avec l’usage généralisé des masques, une des clés de contrôle de la pandémie. Or dans ce domaine aussi, malgré toujours une communication rassurante, c’est la désorganisation et le flou artistique d’un Etat ayant passé les deux dernières décennies à organiser sa propre impuissance qui prédomine. Fin mars, tandis que la Direction générale de la santé « pédalait complètement dans le yaourt », le gouvernement ignore les appels des labos vétérinaires départementaux, des labos privés et des labos de recherche publics qui sont en ordre de bataille pour pratiquer des tests.

Une « cellule tests » est finalement impulsée par l’Élysée début avril, et « c’est la direction interministérielle à la transformation publique, assistée du cabinet de conseil McKinsey, qui préside à la mise en place de ce Meccano. (…) Un peu plus d’une semaine après avoir été officiellement créée, la cellule tests a une idée de génie : mandater le cabinet de conseil Bain pour réaliser un audit sur les capacités des laboratoires à réaliser des tests en France. »

« Ironie de l’histoire, poursuit Mediapart, si la France a tant de mal à évaluer aujourd’hui les capacités des labos à réaliser des tests Covid-19 sur son territoire, c’est qu’elle a sciemment décidé de fermer les capteurs qu’elle avait dans les départements à savoir les pôles « 3 E » pour « Entreprises, Économie, Emploi » (…). Une « modernisation » de l’État, en forme de coupe drastique dans les effectifs, décidée par le gouvernement d’Édouard Philippe à l’été 2018, avec, en appui, des cabinets de conseils comme McKinsey. La boucle est bouclée et l’État, qui a organisé sa propre défaillance, doit aujourd’hui recourir au privé face à l’une des plus graves crises sanitaires jamais connues. »

Le test d’un gouvernement déficient et policier (Reporterre)

« Les dirigeants français ont collectivement échoué », tacle Reporterre. Alors que l’information nécessaire était à disposition, la classe dirigeante et les institutions françaises se sont révélées incapables de prendre les bonnes décisions comme de les mettre en œuvre, se rabattant sur une gestion très répressive de la crise. La faute à une élite arrogante et déconnectée, ainsi qu’à une Vème République dont la concentration extrême du pouvoir entre les mains de la présidence est devenue synonyme d’une totale inefficacité.

« Verticalité arrogante, impéritie, contrôle policier et numérique : l’éventail serait incomplet si l’oligarchie ne préparait une relance marginalisant, une fois de plus, l’enjeu écologique. Après l’urgence sanitaire, on va vouloir nous imposer l’urgence économique. (…) Là, encore, l’urgence serait à la délibération, à la réflexion collective, au recours à l’intelligence de toutes et de tous. Mais en France, une oligarchie sourde n’attend que de reprendre le chemin du passé. L’après-confinement sera une bataille. »

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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