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HORS-LES-MURS #7 – Face aux violences domestiques, les réponses laissent sceptique

@dayofisa

Pour des milliers de femmes et d’enfants, le foyer n’est pas un lieu sûr. En période de confinement, il devient même un piège. « Ces dernières semaines, tandis que s’aggravaient les pressions économiques et sociales et que la peur s’installait, le monde a connu une horrible flambée de violences domestiques », a déclaré dimanche 5 avril le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avant de lancer un appel mondial à protéger les femmes et jeunes filles « à la maison ». 

En France, cette flambée était notable dès la première semaine du confinement. « En zone gendarmerie », ces violences ont augmenté de « 32% en une semaine », et, dans la zone de la Préfecture de police de Paris, elles ont été en hausse de « 36% en une semaine ».  Les mesures d’urgence adoptées depuis laissent celles et ceux qui travaillent de longue date sur des violences de genre sceptiques. En matière de droits des femmes comme à l’hôpital, les annonces grandiloquentes – et parfois déroutantes – ne suffisent pas à rattraper des années d’incurie.

Un phénomène mondial (France Inter)

Le phénomène est mondial. « En Chine, berceau de l’épidémie qui sort progressivement d’une quarantaine drastique de plusieurs semaines, l’association des Droits de la femme Weiping a fait état d’un triplement des violences rapportées », peut-on lire sur France Inter. Le même article fait état d’une « hausse de 25% des appels et des signalements sur le web au Royaume-Uni, des appels qui augmentent de 16% en Espagne, une augmentation de 40 ou 50% au Brésil, et de 20% au Texas. »

« Il n’est pas interdit de fuir » ( Nous toutes)

« Il est déconseillé de sortir, il n’est pas interdit de fuir », repète le collectif féministe #Noustoutes sur les réseaux sociaux. Une avocate spécialisée dans la défense des victimes de violences conjugales a même laissé son numéro de portable pour recevoir à toute heure du jour et de la nuit les appels à l’aide des femmes confinées avec un homme violent.

Déluge d’annonces, de numéros et de mesures d’urgence (Le Monde)

Depuis trois semaines, le gouvernement français multiplie les annonces : mise en place d’un dispositif d’alerte dans les pharmacies, possibilité de prévenir la police par SMS ; financement de 22 000 nuits d’hôtel pour faciliter les mises à l’abri et les éloignements, déblocage d’un million d’euros pour les associations etc.


« Certains commissariats ne prennent plus de plaintes » (La Croix)

Dans le même temps, les associations déplorent que « certains commissariats ne prennent plus de plaintes. » Elles demandent au gouvernement « des mesures pour que le conjoint violent soit confiné ailleurs, loin de ses victimes potentielles, jusqu’à la fin de la crise sanitaire ».

Une plateforme de logement pour permettre l’éviction des conjoints violents (Ouest France)

Le gouvernement a annoncé l’ouverture « d’une plateforme temporaire de logements, qui permettra l’éviction des conjoints violents. » La sécrétaire d’État en charge de l’égalité femmes- hommes, Marlène Schiappa, précise également que « les 20 000 nuitées d’hôtels supplémentaires que nous destinons aux femmes pourront également servir, en complément de cette plateforme, pour faciliter l’éviction du conjoint violent. » 

« Pour sauver des vies un SMS ne suffira pas » (Le Monde)

Des chercheuses spécialistes des violences de genre et des institutions judiciaires, affirment que ces mesures ne sont pas adéquates. « Pour sauver des vies, il ne suffit pas d’empiler numéros et mesures d’urgence. Surtout quand ces mesures sont imposées à des fonctionnaires épuisé·es, insuffisamment formé·es et en sous-effectif ou tout simplement déléguées à des associations aux budgets insuffisants. En temps normal, le système est déjà asphyxié. Cela fait vingt ans qu’en matière de violences conjugales, l’Etat vote des lois sans engager les dépenses qui les rendraient efficaces », expliquent-elles dans une tribune publiée dans Le Monde. 


« Les hommes qui exercent des violences ne s’arrêtent pas d’eux-mêmes. » ( Le Monde)

Depuis le 6 avril, un numéro destiné aux auteurs de violences baptisé « Ne frappez pas » a été mis en place. Ce dispositif, basé sur la responsabilité individuelle de l’agresseur, laisse sceptique les chercheuses de cette tribune. « La violence conjugale ne se résume pas à un simple conflit de couple qui aurait dégénéré. Elle engage des rapports de domination et des pratiques de contrôle complexes qui alimentent le danger. Les hommes qui exercent des violences sur leur partenaire ne s’arrêtent pas d’eux-mêmes ».

Un manque de moyens chronique (Mediapart) 

En novembre dernier encore, le Premier ministre annonçait quelques mesures sans moyens supplémentaires. Les conséquences s’en font sentir aujourd’hui. « L’annonce principale c’est que le Premier ministre confirme qu’ils ne mettront pas un euro supplémentaire sur la table», déplorait alors la militante féministe Caroline de Haas.

Photo : Image extraite du compte Instagram Collages féminicides Paris. Collage virtuel réalisé par @dayofisa le 4 avril 2020.

@dayofisa
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Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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