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HORS-LES-MURS #8 – Le capitalisme en insuffisance respiratoire ?

Avec la fermeture de nombreux commerces et de pans entiers de l’économie, le ralentissement des échanges internationaux et la chute de la « croissance », la panique des bourses et l’injection massive de liquidités par les banques centrales, il est tentant d’accorder du crédit aux discours annonçant la fin prochaine de la « mondialisation », du néo-libéralisme, quand ce n’est pas du « capitalisme » lui-même. 

Placé en soins intensifs avec les gouvernements à son chevet, ce dernier vit-il ses derniers instants ? Maintes fois énoncée, la prophétie ne s’est jamais réalisée. Dès lors, faut-il plutôt nous attendre, dans le sillage des turbulences de l’après crise de 2008, à une nouvelle séquence de transformation du « système », voire de radicalisation de ses logiques sur fond de tensions sociales ?


L’économie française en état d’exception
 
(Mediapart)

En France, pour le journaliste de Mediapart Romaric Godin, l’économie aurait basculé dès la mi-mars, avec la mise en place du confinement, dans un mode de gestion « administré », au sein duquel l’État jouerait un rôle prépondérant : « Évidemment, l’économie marchande n’a pas entièrement disparu, loin de là. (…) Néanmoins, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle est en sommeil et l’État a pris le relais en assurant une création monétaire de substitution à cette création de richesses. »

La BCE lance un plan d’urgence historique pour calmer les marchés (Le Monde)

Pour éviter l’effondrement du secteur privé, le gouvernement a sorti l’artillerie lourde, annonçant 45 milliards d’euros en soutien aux entreprises et 300 milliards de garantie sur les crédits. Au niveau international, face aux marchés pris de vertiges, la Banque centrale européenne (BCE) annonçait de son côté « un plan de sauvetage colossal » de 750 milliards d’euros, tandis que les règles d’équilibre budgétaire étaient suspendues par la Commission européenne.

« L’enjeu de cette crise est de planifier la mutation de l’économie »  (Mediapart)

Pour l’économiste Cédric Durand, de telles politiques prennent « le contre-pied complet du dogme des « finances saines » qui vise, en réalité, à garantir au secteur privé le monopole du financement de l’économie. (…) Cette crise, poursuit l’enseignant-chercheur, rend visibles des instruments de politique économique que l’on écartait jusqu’ici. On comprend bien pourquoi elle constitue une opportunité de tourner définitivement la page du néolibéralisme. »

Pour autant, prévient l’universitaire, « il ne faudrait pas se bercer d’illusions. Rien ne se fera sans batailles sociales et politiques. (…) On ne peut que constater que le plus grand soutien est encore une fois accordé par les banques centrales aux marchés financiers, au secteur bancaire et aux très grandes entreprisesL’objectif des autorités reste de sauver l’économie telle qu’elle est, dans sa structure actuelle. »

« Si cette crise est très violente, on peut espérer qu’elle ne sera pas très longue » (Le Figaro)

Dans les milieux financiers, on table sur une crise transitoire et on pense le coup d’après. Tout en préconisant, selon les recettes habituelles, une «  baisse des impôts des entreprises » et « des aides fiscales à l’investissement », l’économiste « en chef » de la banque d’affaires Natixis, Patrick Artus, reconnaît la nécessité d’une « hausse des dépenses dans la santé, l’éducation », une « accélération de la transition énergétique », de même que des embauches de « personnel hospitalier, enseignants, policiers. » Les États, ajoute-t-il, voudront engager un rapatriement des industries stratégiques jusqu’ici délocalisées.

La fin de la mondialisation ? (Foreign policy)

La « mondialisation », telle que nous la connaissons, vit-elle ses derniers instants ? La revue états-unienne Foreign Policy (proche du camp démocrate) pose la question dans son dernier dossier. Si l’un des auteur.e.s juge que « la crise menace d’ouvrir la voie à un monde moins globalisé », d’autres estiment qu’elle débouchera plutôt sur une réorganisation géographique de la production. Laurie Garrett annonce ainsi « une nouvelle étape spectaculaire du capitalisme globalisé, qui verrait les chaînes d’approvisionnement rapprochées et garnies de surplus afin d’éviter de nouvelles ruptures. Ce qui pourrait réduire les profits à court-terme, mais rendre la totalité du système plus résilient. »

La capitalisme du coronavirus, et comment le combattre   (The Intercept)

Alors, « business as usual » ? La journaliste canadienne Naomi Klein tente d’attirer l’attention sur le risque d’une nouvelle « stratégie du choc » qui, en lieu et place d’une remise en question des orientations habituelles, verrait au contraire les gouvernements profiter de la crise pour approfondir les politiques néolibérales.

« Nous connaissons, illustre-t-elle, les plans de Trump : une stratégie du choc dans la pandémie. Privatiser la sécurité sociale, fermer les frontières, enfermer toujours plus de migrants. (…) Mais la fin de l’histoire n’est pas écrite. Nous avons aussi, à portée de main, un éventail d’idées alternatives. Beaucoup étaient jugées trop radicales il y a encore une semaine. Aujourd’hui, elles commencent à être considérées comme la seule voie raisonnable pour sortir de la crise. »

Crise et Reprise – Le coronavirus et l’économie aux États-Unis (Agitations)

Le devenir des marchés sera en tout état de cause lié à l’état de santé du cœur de la machine, à savoir l’économie états-unienne. L’historien Aaron Benanav, spécialiste du chômage, alerte sur les conséquences de la crise sur les classes populaires du pays, évoquant « un cataclysme en cours sur le marché du travail ». Et de prévenir : « 2019 aura été une année de soulèvements dans le monde entier. Attendez-vous à ce que 2020 en apporte davantage. »

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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Une réflexion au sujet de « HORS-LES-MURS #8 – Le capitalisme en insuffisance respiratoire ? »

  1. Bonjour, je me questionne sur un après différent quand j’entends l’annonce du ministère de l’économie ce matin sur France Inter d’injecter une somme colossale a Air France !!!!!!!!! Est ce une priorité ? Pour qui ? Ça semble être une obstination a sauvegarder le système sans tirer les leçons, la cupidité semble toujours être plus forte……

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