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Hors-les-murs #9 – Pas de trêve pour les exilé.e.s

Gel des demandes d’asile, confinement impossible, fermeture des frontières, montée du racisme et réduction drastique de l’aide essentielle fournie par les associations et les volontaires : les réfugiés sont d’ores et déjà les grands perdants de cette crise partie pour durer encore plusieurs semaines, si ce n’est plusieurs mois.

D’après l’UNHCR, l’agence de l’ONU en charge de la protection des réfugiés, ce sont plus 70 millions de personnes qui sont aujourd’hui déracinés à travers le monde, et qui subsistent le plus souvent dans des conditions inhumaines. Une situation qui a de quoi inquiéter, laissant présager un drame sanitaire loin des caméras et des objectifs. Hors les murs tente d’y remédier, et vous propose ce tour d’horizon sur la situation.


L’Italie ferme ses portes aux navires qui secourent les migrants en Méditerranée
(Ouest France)

La première conséquence directe du covid-19 est sans surprise la fermeture des frontières. Le gouvernement italien a ainsi publié un décret mardi 7 avril interdisant l’entrée des navires abritant des migrants dans les ports du pays. Un navire de l’ONG allemande Sea Eye, qui a secouru 150 exilé.e.s la veille en mer Méditerranée, se voit pour l’instant refuser d’y débarquer et risque d’errer en mer jusqu’à trouver un point d’accueil.

 La Turquie démantèle les camps de migrants à sa frontière, le long du fleuve Evros (Le Monde)

La Turquie a quant à elle fait démanteler le long du fleuve Evros les camps de fortune abritant les exilés qui souhaitaient se rendre en Europe. Ce revirement survient après que le président turc Recep Tayyip Erdoğan ait, dans un premier temps, annoncé leur « ouvrir les portes » du continent fin février, déclenchant une crise sans précédent à la frontière gréco-turque.

 L’administration Trump profite de la pandémie pour expulser des sans-papiers (Human Rights Watch)

D’autres États n’ont pas hésité à instrumentaliser la situation migratoire et la crise sanitaire pour s’affranchir de la loi. Aux États-Unis, les services de l’immigration ont commencé à expulser tous les migrants « illégaux » contrôlés à la frontière, y compris des mineurs non-accompagnés. Dans le même temps, le département de la Justice a proposé de suspendre le cadre légal de la demande d’asile, pour une durée indéterminée, aux personnes infectées par une maladie qui pourrait porter préjudice à la santé publique.

Le secteur agricole portugais, dominé par la sous-traitance et les travailleurs étrangers (Agricultures-migrations.org)

 La décision des autorités portugaises de régulariser les sans-papiers a été beaucoup relayée, et avec enthousiasme. Mais il se pourrait qu’elle cache une autre réalité moins reluisante. Au-delà du caractère temporaire de la mesure – qui ne devrait durer que jusqu’au mois de juillet -, il est probable que la décision ait aussi une ambition économique : fournir au secteur agricole comme au BTP une main d’œuvre suffisante pour maintenir leur activité.

 La menace du Coronavirus plane sur les camps de réfugiés au Sahel (Le Monde)

Un peu partout dans le monde, c’est aussi de la santé des exilés dont nous devrions nous inquiéter. Enfermées dans des camps, sans accès à l’eau ni à des facilités médicales décentes, des centaines de milliers de personnes se retrouvent livrées à elles-mêmes. Le confinement s’avère impossible pour toutes celles et ceux qui s’entassent littéralement dans des abris de fortune, et pour qui les gestes barrières semblent inapplicables. C’est le cas au Sahel par exemple.

 « Exigeons du gouvernement grec et des dirigeants européens une action immédiate qui mettra en sécurité les demandeurs d’asile et les migrants » (Libération)

 Premiers cas de coronavirus détectés dans les camps de réfugiés en Grèce (Le Monde)

C’est également le cas en Grèce. C’est au nord du pays, ainsi que sur cinq îles de la mer Égée que se matérialise une bonne partie de la frontière extérieure de la forteresse européenne. Les « hotspots », imaginés par la Commission européenne et par Athènes pour fixer l’afflux migratoire, débordent littéralement tant les capacités d’accueil sont dérisoires.

Les camps de fortune y comptent jusqu’à 20 000 personnes – à l’image de Moria sur l’île de Lesbos –, avec souvent peu ou pas d’installations sanitaires décentes. Alors que des premiers cas ont été confirmés, les associations et volontaires ont drastiquement réduit leurs activités et les exilés se retrouvent bloqués dans des abris de fortune.

L’évacuation du camp d’Aubervilliers ne rassure pas pour autant les associations ni les exilés (La Croix)

En France, les mesures de confinement se sont doublées de quelques rares relogements, comme à Aubervilliers où plusieurs centaines d’exilés ont été emmenés dans des gymnases, réquisitionnés pour l’occasion. Ici encore, les décisions prises semblent contraires à l’idée même de confinement.

Utopia 56 et l’Auberge des Migrants déterminées à poursuivre leur travail malgré les amendes (Utopia56.com)

Certaines associations, à l’instar d’Utopia56, n’entendent pas pour autant arrêter leur soutien aux réfugié.e.s. Malgré les amendes, elles poursuivent leur activité.

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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