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Rencontre avec le syndicat de la montagne limousine

Ce zoom est le premier et l’introduction d’une série à venir sur un territoire particulièrement actif dans le Limousin. A bien des égards, cette initiative très complète, transversale et inspirante d’un réseau à l’échelle d’un territoire nous a rappelé les formes d’entraide et de solidarité ainsi que les outils d’auto-organisation soutenus par le réseau #COVIDENTRAIDE. C’est pourquoi nous avons décidé d’un commun accord de réaliser une série entretiens sur les différentes facettes de ce syndicat de la Montagne Limousine

Depuis 2015, sur le Plateau de Millevaches, a lieu en septembre la fête de la montagne limousine : « Une manifestation qui vise à rassembler le plus grand nombre possible d’acteurs du territoire autour des grands enjeux du moment« . De cette fête est né l’an dernier un syndicat de territoire autonome qui fédère les nombreuses formes d’entraide, d’alternatives solidaires et d’outils d’auto-organisation déjà existants sur ce territoire situé aux confins de la Creuse, de la Corrèze et de la Haute-Vienne. Sur la brochure d’invitation à l’assemblée générale de création du syndicat en novembre dernier, on lit ceci :

« Un syndicat pour se regrouper sur le territoire que nous habitons et défendre nos intérêts communs. Une force collective qui soit plus que la somme des parties qui le constituent, et qui puisse s’opposer aux puissances qui façonnent sur notre dos l’avenir du territoire, les banques, les administrations diverses, les lobbies économiques locaux, régionaux, internationaux… ».

On lit également 6 perspectives principales :

– Relocaliser l’usage des ressources du territoire
– Permettre l’accès à la terre et au logement
– Défendre les infrastructures existantes et se doter des moyens et des services dont ce territoire a besoin
– S’organiser face aux violences du système, de l’économie et à l’arbitraire administratif
– Mettre en place un droit d’asile local
– Mettre un terme à notre échelle à la destruction du vivant

Concrètement, des groupes de travail s’organisent pour donner corps à ces perspectives : un groupe se bat pour garder la gestion de l’eau au niveau communal, d’autres font de l’entraide psychologique ou du lien entre les paysans, réfléchissent à la gestion forestière, proposent des outils pour récupérer les biens vacants, soutiennent les exilés, organisent des temps d’entraide juridique et administrative.

Avec le confinement, le syndicat a créé un groupe d’entraide interlocal « pour faire face aux différents aspects induits par le confinement et l’épidémie de coronavirus sur la Montagne Limousine (Plateau de Millevaches). » On avait envie d’en savoir plus alors on les a contacté et Michel, qui fait partie de la coordination du syndicat, a eu la gentillesse de répondre à nos questions.

Pour commencer, peux tu nous raconter un peu l’histoire et le contexte de création de ce syndicat sur le Plateau de Millevaches ?

Il y a toujours eu une dynamique associative et/ou d’habitants assez forte sur ce territoire. Dans les années 1980 des « Fêtes du Plateau » annuelles réunissaient déjà de nombreuses personnes et le tissu associatif était très développé. Dans les années 2000, une association issue de ces dynamiques locales qui s’appelait « de fils en réseaux » a même été créée. Son objet était de faire de l’accueil pour les nouveaux habitants, de la mise en relation et du lien entre les alternatives existantes dans la région. Le Plateau de Millevaches est une zone peu peuplée, mais depuis quelques années elle attire pas mal de monde qui cherche à s’installer pour changer de vie et construire quelque chose de pérenne loin des villes. L’association allait donc à la rencontre de celleux qui s’installaient pour rendre leur arrivée plus facile et leur permettre d’assez vite se relier avec les initiatives et personnes actives sur le territoire.

Juste avant les élections municipales de 2014, il y avait eu une réunion organisée autour d’un maire normand (commune du Chefresne) qui était venu ici pour nous raconter comment il avait fonctionné pendant deux mandats avec un comité de village qui réunissait qui le voulait de la commune autour d’une assemblée. Les orientations de la municipalité se prenaient là. Pour nous c’était l’occasion de lancer une réflexion dans la région sur le sujet. Suite à ça un groupe d’une centaine de personnes a délégué à une vingtaine d’entre eux le soin de mettre par écrit des « Propositions pour une plateforme de la Montagne limousine ». Ça recoupait déjà pas mal les six points du syndicat qui formalisent les choses aujourd’hui tandis que la plateforme était plutôt le partage d’une vision : notamment on essayait dans ce texte de dire que la richesse de notre territoire pour nous, avant
même la forêt et l’eau, c’était un certain nombre d’initiatives de solidarité et de structures collectives qui étaient reliées entre elles : « La richesse de ce territoire réside moins dans des entités, entreprises, lieux, associations, événements collectifs que dans ce qui se tisse entre tout cela, au travers de tout cela. C’est le soin que nous apportons à toute cette vie, parce que nous veillons à ce qu’elle y prospère, qui fait et fera la véritable “attractivité“ de la Montagne limousine. » C’est par ce maillage là que le territoire avait quelque chose d’exceptionnel pour nous. Et c’est sur ce réseau de relations que la fête de la montagne limousine puis le syndicat se sont construit ces dernières années.

Alors du coup comment ça fonctionne ce syndicat ?

Ce n’est pas une association ou une structure à laquelle on adhère. Les gens qui se reconnaissent dans le texte d’invitation au syndicat sont le syndicat. Quand on se réunit pour travailler sur le syndicat nous sommes le syndicat. Il y a un groupe de coordination constitué par des personnes volontaires qui se sont proposées (et ont été acceptées en assemblée). La coordination ne prend pas de décisions, elle est un outil de réalisation des choses qu’on veut faire. Par exemple le groupe de coordination a mis en place la lettre d’information régulière ou a été à la rencontre du groupe mille soins, un réseau de professionnels de la santé sur le territoire.

Comment est ce que vous avez réagit au confinement ?

Les moments officiels de rencontres ont lieu à trois reprises dans l’année. Une première a eu lieu en janvier avant le confinement, la prochaine est prévue au mois de Juillet pour un camp d’été élargi aux luttes en cours sur le territoire, on espère qu’on aura le droit de se réunir d’ici là. Les groupes de travail qui se réunissent continuent leurs réunions de manière plus soutenue que d’habitude mais par téléphone. Le groupe d’entraide administrative qui organise des permanences bimensuelles (en tournant dans les communes) a mis en place un système de sollicitation et de réponse par téléphone.

On s’est posé la question de comment s’organiser sur le territoire ici. On a constaté que les bonnes réponses peuvent être à des échelles très différentes. L’entraide type coup de main se gère plutôt à des échelles communales. Beaucoup de communes ont mis en place d’ores et déjà des choses, mais d’autres pas du tout. On a essayé de faire le lien entre les producteurs locaux et les habitant.e.s, ainsi dans un coin du territoire où ça manquait on a référencé sur une affiche qu’on a distribuée le contact des producteurs locaux. A Felletin des gens s’organisent pour faire rouvrir le marché, à Eymoutiers pareil, tout ça le syndicat ne l’organise pas mais ce sont des gens qui se sentent membre du syndicat qui s’y mettent.

On en est encore à se poser des questions sur comment ça va se passer par la suite : on n’a rien fait pour le moment sur la question des contrôles policiers qui en inquiètent plus d’un, mais on pourrait être amené à le faire par exemple. Les choses avancent en fonction des réalités auxquelles on estconfrontées au fur et à mesure. Le syndicat s’occupe de solidarité, d’entraide, de partage… alors la situation dans laquelle nous sommes oblige de laisser voir venir : de manière générale on reste vigilant et on réfléchit à comment faire dans cette période pour faire des choses qui arrangent la situation au mieux.

Comment ça se passerait s’il n’y avait pas le syndicat ?

S’il n’y avait pas le syndicat, on ferait la même chose, sauf que là on a des outils existant (lettre d’information, groupes de travail, affiches…) tout ça donne une dimension supplémentaire. En fait le syndicat, il existait déjà avant de manière informelle, sauf que là on cherche à le formaliser. C’est moins parce qu’il y a syndicat que des choses se font que l’inverse. Le syndicat renforce l’existant. Les choses sont ainsi mieux repérées et un certain nombre d’interlocuteurs et de partenaires comprennent qu’on ne fait pas n’importe quoi, qu’on n’est pas isolés, qu’on agit de concert. Par exemple lors d’une présentation du syndicat en février dans le cadre d’une manifestation du coin, un élu pas forcément sympathisant de nos idées était là, mais il ne pouvait pas descendre le syndicat parce qu’un élu peut difficilement s’opposer à ce que nous faisons principalement : du lien et de la solidarité. Le syndicat nous permet d’établir un rapport de force avec un certain nombre de réalités locales. C’est là qu’il a une pertinence. Le fait que le syndicat existe ne change pas grand chose en soit, mais il fait que toutes les choses qui existent déjà sont regardées différemment.

Le syndicat est là pour susciter l’entraide et la solidarité, mais il faut que la mayonnaise prenne, si personne ne s’y met ça n’existera pas : nous n’irons jamais forcer personne.

Pourquoi avoir rejoint le réseau #COVIDENTRAIDE ?

D’abord parce que dans covid-entraide il y a cette démarche qui est la même que la nôtre de participer à un réseau de liens préexistants et à en susciter de nouveaux : on s’entraide, on est solidaires, alors on crée des outils pour que cela soit visible, rejoignable, appropriable. Ensuite parce que nous faisons partie de tous ces gens qui prennent la parole et qui se positionnent actuellement en disant que c’est pas parce qu’on est dans une période exceptionnelle qu’on va gober tout ce que nous sert le gouvernement. Cette démarche nous paraît pertinente au niveau de notre territoire, alors nous avons nous même intérêt à nous relier à ce qui se fait ailleurs et surtout à faire que tous les liens de solidarité qui se créent en ce moment perdurent et ne se perdent pas une fois le
confinement terminé.

Merci, les prochains zooms se feront sur les différents groupe de travail du syndicat, pour voir plus en détail ce qu’il se fait par chez vous !

Quelques liens :
Site de la fête de la Montagne limousine
– Présentation du Syndicat
Les Propositions pour une plateforme de la Montagne limousine
– Il existe une lettre du Syndicat à laquelle on peut s’inscrire en écrivant à : syndicat-montagne@ilico.org