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Hors-Les-Murs#18 Le Coronavirus, une fausse bonne nouvelle pour la biodiversité

Un puma dans les rues de Santiago du Chili. Un alligator dans un centre commercial américain. Des bouquetins aperçus au bord d’une plage en Israël. Des dauphins dans un port de Sardaigne. Des rorquals dans les eaux des Calanques. Des canards gambadant dans les rues de Paris. Des daims dans celles de Boissy-Saint-Léger. Les témoignages du « retour » d’animaux sauvages dans nos villes désertées se multiplient sur les réseaux sociaux, faisant la joie d’humains confinés en manque de nature. Pourtant, inutile de se bercer d’illusions, la nature ne reprend pas « ses droits » et ce répit de courte durée pourrait voir ses maigres effets bénéfiques totalement anéantis par des plans de relances économique ultra polluants ainsi que par l’abandon des législations environnementales.

Confinés mais aux aguets (LPO) 

Dès le début du confinement, la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) a lancé une vaste opération de recensement des oiseaux autour de chez soi. Les néophytes peuvent s’aider de fiches disponibles sur le site Oiseaux des Jardins. Les résultats de cette opération, qui a connu un grand succès, seront connus après le confinement.

« Cette crise remet en cause notre relation au reste du vivant » (Ouest France) 

Allain Bougrain-Dubourg, le directeur de la LPO, explique que l’absence de pollution sonore est une aubaine pour les oiseaux, notamment en période de reproduction. « Ils ont besoin de s’exprimer pour séduire les femelles et marquer leur territoire. Il y a tellement de bruit que certains d’entre eux finissent par refuser de chanter alors que d’autres font des efforts terribles pour se faire entendre. » Effets bénéfiques également pour les amphibiens, les hérissons, les chevreuils ou encore les renards, qui ne finiront pas leur existence écrasés sur le macadam.


En Chine, interdiction de manger des animaux sauvages. (Le Monde) 

Alors que le pangolin et les chauves-souris sont accusés d’avoir servi d’hôtes intermédiaires au coronavirus, Pékin a annoncé des mesures pour endiguer la vente et la consommation d’animaux sauvages, un secteur dont le poids économique est estimé à 600 milliards de yuans (77 milliards d’euros). Mais les associations de défense des animaux s’inquiètent de failles dans cette législation pour l’industrie de la fourrure, la médecine traditionnelle, la recherche médicale et l’élevage pour les zoos. 


Faute de touristes, les singes meurent de faim en Thaïlande. (Courrier International) 

Le confinement n’est pas une bonne nouvelle pour tous les animaux, surtout pour ceux qui survivent grâce à l’industrie touristique. En Thaïlande, les singes sont habituellement nourris par les touristes en échange de photo. Leur absence entraîne une pénurie de nourriture pour des animaux qui ne savent plus la chercher par eux-mêmes. Une violente bagarre entre deux bandes de singes affamés a récemment éclaté dans les rues de Lopburi. Toujours en Thaïlande, plus de 1000 éléphants exploités par l’industrie touristique pour­raient mourir de faim, leur gardiens ayant du mal à se procurer de la nourriture nécessaire. Enfin, au Japon dans la ville de Nara, les cerfs habituellement nourris par les touristes, pénètrent dans la ville pour fouiller les poubelles.


Un répit et après ? (Reporterre) 

Le naturaliste Pierre Rigaux se réjouit du répit « temporaire » pour certains animaux, comme les oiseaux ou les amphibiens, mais s’inquiète de la suite. « À court terme, le fait qu’il y ait moins d’humains paraît positif – les animaux consacrent moins de temps à être vigilants et donc plus de temps à se nourrir, à se reproduireMais que se passera-t-il quand, dans quelques semaines, les humains reviendront à nouveau ? « 


Le climat a besoin de mesures sur la durée (LCI) 

Malgré des effets positifs à court terme, comme la baisse des émissions de gaz à effet de serre et de la pollution, l’avenir s’annonce sombre pour la planète. Le chercheur et membre du GIEC François Gemenne est plutôt pessimiste. « L’Histoire nous apprend qu’il y a toujours un rebond de la pollution et des émissions de gaz à effet de serre après les crises : les plans de relance économique ont tendance à vouloir relancer la machine, c’est-à-dire une économie essentiellement fondée sur l’extraction des énergies fossiles ». 


Le coronavirus, une bombe à retardement pour le réchauffement climatique (Basta !)  

Interrogé dans Basta !, François Gemenne pense que la crise économique post déconfinement va être utilisée comme excuse pour se débarrasser des réglementations environnementales, pour « instiller l’idée que pour avoir une économie qui fonctionne, il faudrait relâcher la contrainte environnementale… Autrement dit, que la protection de l’environnement serait un ennemi de l’économie, ce qui me semble dramatique en termes de message politique. »    

Climat et biodiversité : la crise du coronavirus sera-t-elle un électrochoc ? (France Culture)

Le coronavirus a entraîné le report de tous les grands évènements climatiques, de la COP26 à Glasgow à la COP15 de l’ONU sur la biodiversité ainsi que le sommet sur les océans. En Europe, certains pays demandent à revenir sur le « Green new deal » un pacte vert doté de 1 000 milliards d’euros sur dix ans pour financer la transition écologique. Pour la diplomate Laurence Tubiana, économiste et architecte de l’accord de Paris sur le climat, c’est au contraire le moment où jamais de mettre en œuvre un plan de relance verte. Et surtout, d’avoir des citoyens informés qui feront pencher la balance du bon coté. « Cette pandémie peut convaincre les citoyens qu’il faut changer les choses et du coup, en retour, donner l’énergie et le courage aux gouvernements d’y aller. Ce facteur de l’opinion publique va être tout à fait déterminant.« 

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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