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HORS-LES-MURS #4 – Surveillance informatique : des libertés individuelles en quarantaine ?

Utilisation de données téléphoniques, bancaires ou d’algorithmes… Au nom de la sécurité sanitaire, l’État renforce les dispositifs numériques de surveillance et de contrôle social qui menacent les libertés individuelles. La Chine, souvent présentée comme précurseur dans la mise en œuvre de tels systèmes, n’est aujourd’hui plus la seule à utiliser les données téléphoniques pour contrôler la population. En France, cette pratique, déjà facilitée par la loi sur le renseignement de 2015, semble aujourd’hui s’intensifier. 

Les systèmes de surveillance profitent des périodes de crise pour s’épanouir, au risque de leur survivre. Mais doit-on choisir entre lutte contre l’épidémie et protection de la vie privée ? L’urgence sanitaire justifie-t-elle des atteintes pérennes aux libertés publiques ? 

Les téléphones déjà sous surveillance (La Quadrature du Net)

Face au COVID-19, de nombreux États annoncent leur intention de recueillir massivement des données de géolocalisation auprès des opérateurs de communication. En Chine, aux États-Unis, en Italie, en Israël, en Corée du Sud, en Belgique. En dépit d’un amendement scélérat proposé par l’opposition, une telle ambition est pour l’heure absente du projet de loi français dédié à l’épidémie, actuellement débattu au Parlement. Et pour cause : depuis 2015, la loi renseignement autorise déjà de telles mesures. L’an dernier, [la Quadrature du Net a] attaqué cette loi devant le juge de l’Union Européenne, dont [elle attend] bientôt la décision. Cet article en rappele les dangers.

L’utilisation actuelles des données téléphoniques dans la « gestion de crise »  (Le Figaro)

« Quarantaine intelligente » ou violation de la vie privée ? La République tchèque teste un système informatique de surveillance en vue de lutter contre l’épidémie. Ce système informatique retrace rapidement, grâce aux données notamment de téléphonie, les contacts qu’ont eu des personnes infectées par le nouveau coronavirus, afin d’enrayer sa propagation.

Quand l’Europe réclame les données des opérateurs téléphoniques (Le Monde)

 Bruxelles a demandé des données statistiques agrégées et non nominatives pour vérifier « si les consignes de confinement sont appliquées » et combattre la pandémie. En France, Orange a été choisi pour répondre à cette demande.  

Quand Orange donne ses données à l’Etat français (Le Monde)

Selon une analyse statistique réalisée par Orange à partir des données de ses abonnés téléphoniques, 17 % des habitants de la métropole du Grand Paris ont quitté la région entre le 13 et le 20 mars. 

Quand une start-up fabrique l’application « CoronApp » pour suivre la pandémie à la trace  (Cnews)

Au-delà des données provenant des opérateurs téléphoniques, des outils spécifiques de géolocalisation, impliquant un traçage par GPS, pourraient être déployés. À l’instar de plusieurs pays comme la Corée du Sud, la Chine, l’Autriche, l’Allemagne… le gouvernement français a annoncé, mardi 24 mars, réfléchir à une «stratégie numérique d’identification des personnes ayant été au contact de personnes infectées». Cette volonté a été entendue. En 72 heures, une start-up a créé une application géolocalisée, baptisée «CoronApp», programmée pour suivre les mouvements et les interactions des utilisateurs pendant quatorze jours. Ainsi, « si un porteur du virus se déclare comme malade du Covid-19, l’algorithme va retracer son parcours pour vérifier les personnes que l’utilisateur contaminé a croisées et les informera via une notification alors de l’heure et de la date à laquelle ils ont été en contact avec cette personne. »

Anonymes ? Jusqu’à quand ? 

Jusqu’à présent, l’approche adoptée en France s’appuie sur des données anonymisées et agrégées, en conformité avec la règlementation européenne, la RGPD. Mais d’autres pays, comme la Corée du Sud, Singapour ou Taïwan vont plus loin avec le backtracking, ou traçage numérique, qui consistent à collecter et traiter les données personnelles de géolocalisation GPS des téléphones de particuliers. Ces techniques permettent d’isoler et de suivre des individus quitte à identifier publiquement les personnes malades. Pour l’heure, le gouvernement français est ambivalent : tandis que Christophe Castaner dément travailler sur le traçage de données – « pas dans la culture française » – , la ministre de la Recherche et de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, laisse entrevoir une stratégie pistage-dépistage

Quand un sondage prétend qu’une majorité de français seraient favorable à une application similaire (Le Monde)

Un sondage sur un échantillon de 1000 posesseurs de smartphone commandé par une équipe de recherche de l’université britannique d’Oxford montrerait, selon Le Monde, « que [huit français sur dix] seraient favorables à l’utilisation d’une application enregistrant leurs interactions sociales et les avertissant s’ils ont été en contact avec une personne malade du Covid-19, ou prévenant ceux qu’ils ont côtoyés s’ils sont eux-mêmes infectés. » Les trois principaux freins ? Le risque de piratage, la possibilité que cette surveillance puisse être prolongée et le risque d’une augmentation de l’anxiété. L’étude est cependant limitée : « les sondés ont uniquement été interrogés sur un projet précis, formulé par une université respectable et connue mondialement. » Rien ne dit que l’acceptabilité soit la même dans le cadre d’un projet présenté par le gouvernement.

Vers un contrôle social durable ? (Revue Terrestres)

Dans cet article, Gideon Lichfield s’appuie sur les modélisations de l’évolution de la pandémie réalisées par l’équipe des épidémiologistes de l’Imperial College de Londres, paru le 16 mars, et reprises par le Comité scientifique qui conseille Macron. Le pronostic qu’en tire l’auteur est clair : l’épidémie ne disparaîtra pas au bout de 2 ou de 6 mois. Nos vies confinées et contrôlées non plus. Nous entrons dans le temps du délitement : il faut nous préparer à un cycle long alternant périodes de privation de libertés, lors des résurgences du virus, et moments d’assouplissement de ces restrictions en périodes de décrue. Lichfield pronostique que le nouvel impératif de sécurité sanitaire va doucement envahir nos vies et les conduire vers plus de surveillance, de contrôle social et surtout d’inégalités. 

 Appel à la vigilance  (France Culture)

Dans ce contexte, les appels se multiplient pour rester  » vigilants que jamais face à l’aspect technologique de la crise sanitaire actuelle ». On pourrait craindre ainsi la mise en place d »indice de contagiosité, qui pénaliserait  les travailleurs les plus exposés ». « Le risque est que l’opinion finisse par considérer ces mesures de surveillance comme naturelles »Olivier Tesquet, journaliste à Télérama et auteur de A la trace, enquête sur les nouveaux territoires de la surveillance, s’inquiète : « Il ne faudrait pas que ces techniques qui empiètent sur les libertés viennent pallier l’impréparation du gouvernement. » 

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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HORS-LES-MURS #3 – Vider les prisons : une urgence internationale

La question du sort des prisonnier.e.s ne se pose pas seulement en France. Elle est d’autant plus urgente que de très nombreux systèmes carcéraux sont surpeuplés et insalubres. Dans certains pays, les détenu.e.s subissent des mauvais traitements allant de la privation de soins jusqu’à la torture.

Appels et campagnes internationales invitent à agir de toute urgence pour empêcher une contamination massive des détenu.e.s et pour que les prisons – tout comme les innombrables camps qui retiennent les exilé.e.s -, ne soient les foyers épidémiques de demain. La solution la plus simple et la plus efficace : des libérations, en masse.

Il en va, partout, de la santé des détenu.e.s comme de celle du reste de la population. Les prisons ne sont pas des systèmes hermétiques : prisonnières et prisonniers y côtoient gardienn.e.s, personnels administratifs, soignant.e.s ou livreurs, autant de personnes en contact avec le monde extérieur. 

Une action urgente s’impose pour éviter que le COVID-19 ne cause « des ravages dans les lieux de détention » (ONU)

Au niveau international, l’ONU s’alarme. Estimant « vital que les gouvernements prennent en compte la situation des personnes détenues », la Haute-commissaire aux droits humains appelle les pays à « réduire le nombre de personnes en détention. » 

Appel à protéger les prisonniers en Afrique du nord et Moyen-Orient (par 40 ONG)

La situation est particulièrement critique au Moyen-Orient, où la reprise en main par certains régimes autoritaires après la vague des soulèvements de 2011 a conduit à un enfermement massif des populations.

Pétition pour demander des mesures préventives pour les prisonniers en Egypte contre le COVID-19 (Collectif)

En Égypte, le tour de vis est brutal depuis le coup d’État de 2013. Plusieurs dizaines de milliers de prisonnier.e.s d’opinion peuplent les prisons du régime du président Abdel Fattah al-Sissi, dont la justice frappe aussi sévèrement les milieux populaires. Un collectif lance une campagne locale et internationale pour la libération des détenu.e.s égyptien.e.s.

Mourir du coronavirus, le terrible sort qui attend les Syriens (Amnesty International)

Dans la région, la Syrie est sans doute le pays où la situation est la plus alarmante. Outre les camps surpeuplés et dépourvus d’infrastructures élémentaires (plus d’un million de déplacé.e.s dans les seuls camps du nord-ouest), l’impitoyable système carcéral du régime de Bachar al-Assad retient toujours des dizaines de milliers de civil.e.s. Pour Amnesty International, la vie d’ « un nombre incalculable de Syriens » est en danger.

Face aux craintes, des usines se lancent dans les masques «made in Gaza» (La Croix)

Au-delà des cas de Covid suspectés dans les prisons israéliennes, les Palestinien.ne.s se retrouvent plus que jamais enfermé.e.s à ciel ouvert. Profitant de la crise, le gouvernement Netanyahu a encore durci leurs conditions de déplacement. À Gaza (2 millions d’habitant.e.s sur 365 km2), le compte à rebours est enclenché : faute de pouvoir importer des masques, on les fabrique.

Indignation suite au refus d’amnistie pour les prisonniers politiques turcs (The Guardian, en anglais)

Ailleurs, la pandémie provoque des décisions jusqu’ici impensables, sans pour autant mettre un terme à l’arbitraire. Après des libérations massives en Iran, c’est le pouvoir turc qui s’apprête à relâcher pas moins de 90 000 prisonnier.e.s. Une mesure dont sont exclu.e.s défenseur.e.s des droits humains, journalistes et opposant.e.s politiques – tels les membres du parti pro-Kurdes HDP.

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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