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HORS LES MURS #1 – Reprise du travail pour des milliers de salariés : « Quel qu’en soit le coût » ?

Après deux semaines de confinement, et tandis que la situation sanitaire est de plus en plus tendue, de nombreux.ses salarié.e.s ont repris ou s’apprêtent à reprendre le travail.

Contrairement aux gouvernements italien et espagnol qui ont mis une grande part de leur économie à l’arrêt, l’exécutif français reste fidèle à sa ligne initiale : la « sécurité sanitaire », et en même temps la « sécurité économique ». C’est à dire le maintien coûte-que-coûte de l’activité assorti d’un maximum d’aides financières pour les entreprises.

« Covid-19: les efforts de «guerre» ne sont pas centrés sur le sanitaire » (Mediapart)

Les grandes entreprises sont sur la même longueur d’onde : Arcelor-Mittal, Airbus, Renault ou PSA,tentent de se mettre en ordre de bataille pour redémarrer la production. C’est déjà le cas dans certains secteurs, comme l’aérospatial et la défense avec une reprise progressive des activités d’ArianeGroup depuis le 23 mars. 


Conduit à marche forcée, le processus ne va pas sans résistances. Chez PSA par exemple, « tous les syndicats à l’unanimité ont refusé ce projet de réouverture. (…) On ne peut pas organiser ainsi le déconfinement de centaines de salariés alors que le corps médical nous supplie de rester chez nous. Ce serait criminel ! »

« PSA envisage de redémarrer ses usines en France, les syndicats inquiets » (Le Parisien)

Le jeu est dangereux : l’incohérence de ce « deux poids deux mesures », entre d’un côté un confinement répressif, de l’autre la poursuite du « laisser-faire » dans la production, risque  de laisser flamber l’épidémie et de faire céder le système de santé.
La logistique, des grosses plateformes aux travailleurs ubérisés de la livraison, concentre les inquiétudes. En réponse aux critiques et inquiétudes, les entreprises tentent de rassurer en s’en remettant aux « gestes barrière » et autres « guides de bonne conduite ».

« Nicolas, préparateur de commandes : « On est pris d’assaut, c’est la folie » » (Bastamag)

Chez le géant de la livraison FedEx à Roissy, la situation est préoccupante. Après le décès d’un intérimaire, les 2500 salariés du site, qui travaillent dans la promiscuité, vivent dans l’angoisse, comme le raconte cet article édifiant :

« Coronavirus : le décès d’un intérimaire de FedEx angoisse les salariés de Roissy » (Le Parisien)

Mais en venant bousculer l’ordre habituel des choses, la crise actuelle ouvre aussi la possibilité de réflexions, de débats, peut-être de changements plus profonds sur des questions jusqu’ici inaccessibles.
Au travail, la pandémie et les choix opérés interrogent : quelles activités sont « essentielles » ? Desquelles, plus accessoires voire parfois nuisibles, pourrions-nous nous passer ? Surtout, à qui reviennent de telles décisions qui touchent à l’organisation même de la société ? Des tensions émergent dans certaines entreprises ou certains secteurs.

« Le travail ou la vie. Contester la subordination pour stopper l’épidémie »
(Revue Frustration)

Dans les services publics, le dépôt d’un préavis de grève pour le mois d’avril, destiné à protester contre certaines mesures de l' »état d’urgence sanitaire » et à permettre aux salarié.e.s de se protéger, a déclenché l’ire du gouvernement

« «Nos collègues tombent les uns après les autres» : la CGT services publics dépose un préavis de grève pour tout le mois d’avril » (LCI)

Un « collectif de fonctionnaires et de hauts fonctionnaires », issus de plusieurs secteurs, réclame de son côté des réquisitions pour produire masques, gels hydroalcooliques ou respirateurs mais également la définition et l’arrêt des activités « non-essentielles », et la stricte « protection des salariés dans les entreprises et les services essentiels ».

« La limitation de la casse économique ne doit pas prévaloir sur la limitation de la casse sanitaire » (Le Monde)

Depuis ce lundi, un appel circule pour « refuser que des vies soient sacrifiées au nom de l’économie ». Ce texte rappelle que  » Nous avons tous et toutes autour de nous, quelqu’un qui aujourd’hui, demain, sera forcé de retourner exécuter une activité qui n’est pas vitale. Nous avons tous autour de nous quelqu’un que nous aimerions protéger, retenir par la main pour lui dire « N’y va pas »… « 

« N’y va pas ! » (blog mediapart)

Hors les murs – Nouvelles d’un monde bouleversé

Comment nous informer sur cette crise inédite ? Par son ampleur, sa rapidité, par les bouleversements qu’elle provoque dans nos vies, celle-ci nous sidère, nous inquiète, nous déstabilise et menace de nous faire perdre prise sur une réalité inconcevable il y a à peine quelques semaines. Continue, anxiogène, l’avalanche d’infos alimente le sentiment d’être submergé.e.s, dépassé.e.s. Il est pourtant plus que jamais nécessaire de comprendre, de donner un sens à ce que nous vivons, et donc de nous réapproprier les enjeux. Nécessaire pour ne pas être tenu.e.s à l’écart de décisions qui nous concernent tou.te.s, nécessaire pour maintenir notre capacité collective à agir et garder prise sur la situation.

C’est pourquoi chaque jour, nous publierons ici mais aussi sur Télégram et Facebook, une sélection d’informations fiables et vérifiées. Chaque jour, nous aborderons une nouvelle thématique pour tenter d’appréhender cette crise complexe et d’en examiner les nombreuses facettes.

Qui travaille encore et dans quelles conditions ? Que signifie « rester chez soi » selon où l’on se trouve ? Quels sont les effets sur les femmes de la pandémie et de sa gestion ? Pendant et après, comment tisser des solidarités ? Quel(s) monde(s) reconstruire ?… Dans le tourbillon d’infos, nous retiendrons les témoignages, enquêtes, tribunes, analyses… qui éclairent cette époque troublée. Cette sélection, non exhaustive, a bien-sûr vocation à être alimentée, complétée, discutée.

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