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Témoignage spontané depuis Saint-Nazaire (2) – La ville

Un habitant de Saint Nazaire a fait parvenir deux précieux retours d’expérience spontanés à covid-entraide. La seconde partie parle de la tentative de créer un réseau à l’échelle de la ville :

En même temps que je tentais de développer un groupe d’entraide dans mon quartier, j’ai essayé de créer un réseau sur la ville de personnes voulant s’impliquer dans l’esprit « covid’entraide ». Autant mon groupe de quartier se développe pas mal, autant ce cadre de coordination sur la ville patine un peu.

On a commencé dès le début du confinement à partir d’un petit groupe de personnes engagée, Avec la création d’une mailing liste et un référencement sur le site covid’entraide. Une trentaine de personnes.  Cette liste a commencé à servir à échanger un peu tout pas forcément en lien avec l’entraide (des lectures, des réactions sur l’actualité, …) puis s’est tarie : une première semaine avec envie d’agir mais sans trop savoir comment puis devant les difficultés, ça s’est endormi dans le confinement. Pour l’entraide à destination des « personnes les plus vulnérables » (SdF, les migrants, les femmes battues , …) c’est les réseaux associatif de terrain qui ont fait le boulot, très bien, d’ailleurs, alors que les acteurs plus institutionnels étaient dans les choux.

Une page facebook a été crée, rassemblant vite une centaine de personnes mais n’est pas très vivante et utile. Un autre groupe facebook crée et référencée sur la carto par une personne inconnue rassemble plus de 400 personnes mais son activité reste également limité (posts anecdotique, tuto masques, confection blouse pour l’hosto, une ou deux offres/demande d’entraide, photos de ses activité pour s’occuper pendant le confinement, …). Pas familier et fan de facebook, je ne m’y suis pas trop investi. A tord sans doute.

Puis j’ai tenté de lancer des « AG virtuelles » en utilisant Jitsi et un pad. Et en tentant d’inviter du monde à partir de différentes listes mail militantes et en faisant référence à la plate forme Covid’entraide. Peu de retours, silence radio. J’ai ajouté petit à petit à notre mailing liste, quelques personnes qui ont témoigné de l’intérêt pour la démarche. On a fait trois réu en ligne, un peu chaotiques et peu productives : à cause de l’obstacle de la technique (difficultés à se connecter, à avoir un bon son, pas à l’aise avec l’outils) ainsi que la difficulté à construire une conscience collective autour de ce qu’on cherche à faire. Toujours le « débousollement » et la « tétanie ».

Les réseaux militants, sur lesquels j’ai au début pas mal misé (aussi parce que c’était l’essentiel de mes réseaux) ont globalement été sur la touche  : effet de sidération, tentation de reproduire les schémas habituel devenus inopérants, posture dominantesur « il faut préparer l’après » sans arriver à imaginer des choses pour le « pendant », et toujours cette difficulté fréquente à aller vers les « gens normaux » qui ne sont pas d’emblée dans un discours très politique. Je m’excuse d’être un peu sèvère mais quand même.

Au final c’est avec des personnes un peu « neuves » (certes politisées mais qui évitaient un peu les cadres organisés du mouvement social et politique) que j’ai cherché à construire les choses, petit à petit, à force de coups de fils personnels pour discuter, inventer, proposer des pistes, des choses à essayer. Et pour ces gens qui arrivent, il faut, malgré l’envie, du temps pour construire un « imaginaire des possible » et trouver les moyens de les mettre en œuvre.

A la quatrième réu en ligne, on a réussi à être une quinzaine en utilisant une conférence téléphonique + Pad (techniquement plus robuste). Mais encore une fois la discussion est restée beaucoup polarisée par les militant.e.s sur « comment on arrive à s’exprimer et dénoncer ce qui ne va pas ». Développer des groupes de quartier ne semble pas être sinon une priorité, au moins quelque chose qui demande une action concertée et volontaire (« ça se fait tout seul »!). Des groupes de quartiers commencent pourtant à exister (entre 4 et 5 sur la ville). Soit suite à une démarche volontariste comme je l’ai fait dans le mien, soit grâce à des associations de quartier déjà existantes. On n’arrive pas encore à se connecter à ce qui existerait et qu’on ne connaît pas. La dynamique reste encore faible et demanderait à être entretenue et développée mais on n’arrive pas encore à bien s’organiser à l’échelle de la ville pour le faire. Et pour le moment on n’a pas encore de vrai coordination et échanges d’expériences. 
Un autre chantier qui émerge est celui des circuits courts avec les petits producteurs. La demande explose, certains sont débordés, d’autres n’arrivent pas à écouler leur production. On en a recensé plein sur un pad mais on peine à aller plus loin : il y aurait un potentiel de developpement de chose la dessus, en arrivant à relayer ça dans les groupes de quartier mais c’est un gros chantier qui demande une équipe pour le porter.

A quelques un.es, on est en train de bosser à mettre en place une page web qui présente un peu où on en est et ce qu’on cherche à faire pour pouvoir communiquer plus largement et raccrocher du monde à notre petit réseau. Tout ça est tellement lent que des fois je suis content (pardon!) que le confinement dure longtemps et que même après le 11 mai ça risque de rester très compliqué !

En conclusion :

– La construction d’un réseau de personnes qui partage une vision commune et la mise en place d’une structure de travail est lente et laborieuse.

– la question des outils de communication est importante : pas mal de monde n’est pas à l’aise avec, il faut un apprentissage, des expérimentations. Et les tests multiples avec des outils différents on mis certain.e.s à rude épreuve.

– les schémas mentaux sont long à faire évoluer, à réinventer. Le tâtonnement est nécessaire et le découragement vient vite. Surtout dans ce contexte où on ne se sent pas toujours bien soi même, isolé chez soi avec un sentiment d’impuissance, à juste « attendre l’après » en rongeant son frein.

Se convaincre qu’il y a des choses à faire et trouver les solutions pour les faire semble coûteux en énergie mentale et demande des ressources personnelles très inégalement partagées.

Ca ne fait qu’un mois finalement. Sans doute je suis trop impatient. On va voir comment ça évolue. A suivre…

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