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Témoignage spontané depuis Saint-Nazaire – dans un quartier

Un habitant de Saint Nazaire a fait parvenir deux précieux retours d’expérience spontanés à covid-entraide. La première partie parle de la tentative de constitution d’un groupe de quartier :

Avec deux couples de voisins ont s’est d’abord motivé pour lancer le truc. Rédaction d’un flyer (imprimé A6 avec imprimante) et distribué dans une dizaine de rue avoisinantes + affiche dans les hall d’immeubles.   

Il invitait à se serrer les coudes, à se manifester en cas de difficultés ou pour proposer son aide. 

En une semaine, on a reçu une quinzaine de sms ou coup de fil de personnes intéressées pour aider mais aucune demande d’aide. On a compilé tous ces contacts dans un tableur en ligne. On a pris contact téléphonique avec tout le monde pour faire connaissance. On a créé une boucle de mail et un groupe whatsapp avec celles et ceux qui voulaient. En utilisant un Pad  on écrit l’état de notre réflexion, envie et projets.  Chacun à pris contact avec ses voisins pour faire connaissance, signaler l’existence du groupe d’entraide et voir si des personnes ont des besoins (personnes agées, …). On a ainsi des sortes de « référents de rue ». 

On a ensuite tenté une première réunion virtuelle, d’abord en utilisant Jitsi (ce qui permettait de se voir c’est plus sympa) mais techniquement c’était pas très fiable (son chaotique pour certains, …). La deuxième fois on a préféré une conf téléphonique (service gratuit OVH). Les réus se passent donc au téléphone avec un pad ouvert devant les yeux où on écrit nos idées, le « clavardage » (chat du pad) servant à prendre la parole ou échanger par écrit. Une personne doit bien animer la réu pour que ce soit pas trop chaotique. 

Après trois semaines, on a refait un flyer/affichette pour redire que le groupe existait et lister plus en détail le type de services qu’on voulait se rendre et on a élargi un peu le périmètre.  Depuis, pas une journée ne passe sans qu’une ou deux personnes ne se manifestent pour prendre contact, nous féliciter pour l’initiative, pour proposer son aide et au final rejoindre le groupe. Nous somme une trentaine de personnes plus les voisins directs en contact avec chacun.e de nous. 

Alors certes, on ne fait pas grand-chose d’extraordinaire en soit en terme d’entraide. On n’a pas (encore ?) « sauvé » des gens en détresse ! Le quartier n’est pas un quartier populaire, ni trop bourgeois non plus. Mais c’est clair que ce n’est pas ici que la précarité est la plus forte et que les conditions de confinement sont les plus dures.

On a recensé les « compétences » de chacun.e (bricolage, informatique, courses, mécano, …). Une personne a donné son numéro de tel pour servir de standard et redispatche les demandes de coup de main (par sms, whatsapp, tel). Imprimer un doc pour quelqu’un sans imprimante, dépanner une voiture en panne, déboucher un wc, faire des course pour une personne âgée,  se prêter des outils de jardin, s’échanger des fabrications culinaires, refaire marcher la TV d’une mamie, … Plein de petits services qui sont autant d’occasion de se rencontrer, de faire connaissance, de mailler notre quartier et de rencontrer de nouveau voisins.

On a tenté de monter des ravitaillements collectifs (commande groupées à des petits producteur) mais ça n’a pas encore bien pris vraiment : le marché est juste à coté et sortir faire ses course reste une activité à laquelle chacun tiens pour prendre l’air et voir un peu de monde, quitte à faire la queue un peu longtemps. Mais on garde l’idée et on la teste plus ponctuellement…

Il y a sans doute plein d’idées qu’on a pas encore exploré. Mais on a un réseau en place.

Il a fallu, pour porter la dynamique, un peu de volontarisme et quelqu’un.e.s n’ont pas hésité à se voir en réel pour discuter, se motiver. Et pour que cela vive il faut à la fois inciter les membres à prendre des initiatives sans attendre d’en parler à tout le monde, avec ses voisins directs ou les personnes avec qui il y a plus d’affinités (les contacts de tout le monde sont à disposition en ligne). Mais il faut aussi « animer » le groupe, organiser les réu en ligne, faire circuler les infos, … Parce qu’on n’est pas très sûr de nous, parce qu’on se demande si c’est vraiment utile. Parce que ce confinement tend à nous replier sur nous même. Mais en même temps, il y a la satisfaction de créer du lien, de faire connaissance avec des gens sympas du quartier qu’on ignorait jusqu’à présent, les retours positifs des personnes qui ont reçu le flyer et nous félicitent de l’initiative. tout cela aide à entretenir la dynamique. On a commencé en fait à recréer un semblant de « vie de village » qui n’existait pas  vraiment avant dans notre quartier et cela semble constituer pour tout le monde une  bouffée d’air frais de grande valeur. Effet totalement paradoxal du confinement !

Quelle valeur ça a ce petit réseautage et est-ce que ça mérite l’énergie qu’il faut y mettre ? Je ressens du scepticisme régulièrement auprès de mes réseaux militants habituel. Cela m’a fait douter. Mais au final pas de regrets :  visiblement ce contexte est une occasion unique de sortir de notre entre soi, d’apprendre à s’auto-organiser localement autour d’un état d’esprit, l’ « entraide », qui est précisément celui qui faisait bien défaut dans notre société. Et puis mes voisins ont vu mes pancartes « confinés mais pas bâillonnés » à mes fenêtres et plusieurs ont apprécié… P’têt qu’ils feront bientôt pareil et que certains m’aideront à aller remettre des flyers dans le quartiers pour une prochaine initiative ?

Après la fin du confinement, l’épidémie continuera certainement sous une forme ou une autre et nous risquons de connaître d’autres phases comparables. Je fais le pari que tout l’énergie investie pour construire ce genre de réseau est un investissement de valeur pour la suite.

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