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Un groupe d’entraide dans la vallée d’Ossau !

Jean-Pierre habite sur la côte Basque. Depuis deux ans il participait à une association de réflexions sur la collapsologie, le mouvement initié par Pablo Servigne pour se préparer à l’effondrement du système actuel. Lorsque ça a commencé à sentir le roussi avec l’annonce  du confinement, il est revenu dans la vallée du Béarn où habitent ses parents pour prendre soin d’eux. Au départ il pensait d’abord organiser individuellement son autonomie matérielle, et puis le 19 mars il a vu la vidéo où Pablo Servigne, dans l’émission l’An01 en direct depuis la cuisine de François Ruffin, annonçait la création du réseau #COVIDENTRAIDE. Il a alors décidé de créer un groupe d’entraide locale dans son village, groupe qui s’est vite agrandi à la vallée toute entière… On s’est appelé pour qu’il partage l’expérience des dix derniers jours. Entretien.

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Alors comment tu t’y es pris, pour contacter les gens sans connaître personne ?

J’ai d’abord essayé de trouver des gens sensibles dans le village. Sans utiliser le vocabulaire de la collapsologie pour ne pas effrayer tout le monde. C’est plutôt en parlant d’écologie que le rapprochement a pu se faire.
Comme Telegram me paraît hors d’atteinte de tout le monde ici, le 22 Mars j’ai choisi de créer un groupe Facebook, ce qui n’est pas forcément accessible à toutes et à tous non plus,  mais beaucoup sont présents sur ce réseau. Le groupe proposait un questionnaire, pour savoir d’où les gens venaient dans l’idée de limiter l’accès au groupe aux habitantes et aux habitants du village, mais en réalité ça a rapidement dépassé ce cadre pour s’agrandir à l’échelle de la vallée. 175 personnes participent à ce jour au groupe d’entraide sur Facebook.
Tout ça s’est fait très spontanément, on s’est contacté petit à petit et on est environ cinq personnes motrices pour l’instant. Pour s’organiser entre nous de manière plus opérationnelle on s’appelle directement au téléphone ou par messagerie, et on utilise des documents collaboratifs en ligne. Pas de flyer jusqu’ici, même si je pense que ça peut être très efficace.

Que se passe t-il sur ce groupe ?

Sur le groupe Facebook on relaie des informations sur ce qu’il se passe. J’avais peur qu’il y ait des problèmes avec des gens qui essaient de faire trop de politique mais pour le moment ça se passe très bien, les gens respectent le cadre de la discussion.
Ça a mis un peu de temps à démarrer. On a d’abord fait attention à ce qu’on diffusait, en privilégiant les messages rassurants et amicaux. Par exemple on a d’abord proposé aux gens de partager des photos de chez eux pour sortir de l’aspect anxiogène du confinement. Ça a bien fonctionné, les gens ont participé et l’atmosphère est ainsi restée détendue.
On a ensuite amené la question de l’alimentation et de la résilience, ça a coïncidé avec le jour d’interdiction des marchés. On a donc commencé qà recenser les producteurs et agriculteurs du coin, notamment ceux qui font de la livraison. 

Comment est-ce que vous vous y êtes pris ?

Concrètement on a tout simplement commencé un document texte collaboratif pour y répertorier tous les producteurs. Le document a commencé à être bien repris, tellement que la communauté de communes a relayé l’initiative en refilant le document à toutes les communes de la vallée : épicerie, viande, légumes, fromages… On va ainsi pouvoir diffuser plus largement les informations sur qui produit quoi et où, dès que le document sera finalisé. Il est déjà accessible sur le groupe depuis le début de sa rédaction collaborative.
J’ai l’impression que les gens se réveillent ! Ils et elles se rendent compte qu’en fait il y a des producteurs et des productrices dans tout le pays et qu’il faut les protéger. Tout le monde lance des plateformes pour sauver les agriculteurs et les agricultrices du coin. Plein de gens veulent même lancer leur potager alors qu’ils et elles ne l’avaient jamais fait auparavant ! Du coup on a lancé un groupement d’achat de plants avec un producteur bio local pour que les gens puissent démarrer. Avec des producteurs locaux et un magasin du village on organise même un sorte de drive local !

Que se passe t-il d’autre ?

On a fait des relevés d’informations sur la santé localement : les besoins matériels des hôpitaux ont été relayés et plein de personnes se sont mises à fabriquer des choses nécessaires, notamment des masques.
Et puis on a bossé sur la solidarité avec les personnes vulnérables. Des personnes ont donné leurs coordonnées pour faire du soutien, en lien avec la mairie qui relaie les demandes qu’elle reçoit. Un EHPAD a lancé un appel sur le groupe Facebook en sollicitant les gens de leur envoyer des mots, des dessins de soutien pour les personnes âgées qui se retrouvent isolées de leurs proches. Les gens ont répondu à l’appel et les personnes qui vivent à l’EHPAD sont bien contentes de recevoir des messages et des dessins de l’extérieur.
Sinon on essaye de soutenir les parents d’élèves, par exemple en relayant les plateformes pédagogiques et les personnes qui proposent des cours à distance. Et puis on a organisé un événement Facebook pour faire du dessin, pas mal de gens se sont mobilisés juste pour le plaisir de dessiner et de partager.

Enfin, on vient de lancer deux choses :     

– des petites annonces déposées via un formulaire sur Facebook

– en plus du drive, l’ouverture progressive d’une zone de gratuité pour préparer les soucis économiques de l’après confinement. Des gens pourront déposer des objets, d’autres pourront les récupérer. La mairie nous valide actuellement la mise à disposition d’un hangar pour ça ! Une personne voisine se propose pour ouvrir le local. On est en train de voir pour les mesures sanitaires. On va commencer par le partage de plans et de semis pour que les gens qui le souhaitent, puissent commencer leur potager. On doute un peu sur la légalité de la zone de gratuité pendant le confinement, mais la mairie nous soutient et nous nous renseignons pour ne pas propager l’épidémie ou être dans l’illégalité.

Comment fonctionnent ce drive et cette zone de gratuité ?

Il y a trois choses : 

– Pour les plants on a un formulaire en ligne de commande. On regroupe tout ça automatiquement dans un fichier excel. On envoie ça au producteur de plants et il nous livre la commande groupée. Chaque personne vient retirer sa commande un par un dans le local après passage au gel.

– Pour l’alimentaire des producteurs locaux : chaque personne commande aux producteurs deux fois par semaine via un magasin de produits locaux du village qui a déjà l’autorisation de vendre de l’alimentaire. Le client vient chercher sa commande sans entrer dans le magasin comme dans les drives des supermarché. Il paye d’avance sur le site en ligne du magasin qui paye ensuite les producteurs.

– Enfin pour la partie gratuité encore en phase d’étude : on pense que celui qui veut déposer un « truc » nous le dit, on le centralise dans un document, on communique dessus. Et celui qui veut le récupérer le valide en ligne. Et seulement dans ce cas, on organise le « troc » avec dépôt dans le local pour éviter l’effet brocante ou vide grenier qu’on veut à tout prix éviter.    

Et la suite alors ?

Il y a encore plein de trucs à faire, mais clairement avoir potassé la collapsologie en amont a beaucoup aidé. Au niveau des outils pour se relier on est pas encore au top, mais pour ce qui est d’une direction pour l’entraide au niveau local on voit déjà ce qu’il faut faire. Merci les livres de Pablo Servigne ! Profitez du confinement pour les relire tous !    C’est drôle comme au début il y a eu une forme de concurrence entre le village et le groupe local, car les maires sont un peu débordés, n’ayant jamais réfléchi à l’effondrement. Ils trouvaient ça bizarre et puis finalement au bout de dix jours c’est la communauté de commune qui relaie les actions du groupe ! Il faut faire du lien avec toutes ces personnes là même si elles risquent d’avoir des difficultés avec l’effondrement. Il faut donc échanger avec eux tout en sachant qu’on doit pouvoir continuer à faire différemment sans eux, peut-être un jour.
Je me demande enfin s’il faut parler avec les gens de collapsologie, j’ai très envie de continuer à échanger sur cette analyse de la situation actuelle et à venir, mais c’est vraiment pas facile d’aborder le sujet sans faire peur à tout le monde. En étant dans l’action et les faits du moment je pense que cela suffit pour avancer actuellement.

Que penses-tu de  #COVIDENTRAIDE ?    

C’est super inspirant, j’adore le journal des confiné.e.s où chacun y va de sa plume, également la partie détente qui fait du bien au moral. Les ressources du site sont utiles aussi. Sinon je suis tombé sur les initiatives de circuits court par exemple la charrette qui organise des livraisons pour les producteurs : ma zone n’est pas référencée du coup on va essayer de se mettre dessus. J’ai aussi vu une activité de comptage des oiseaux avec la LPO, je pense que dans son jardin, ça peut être une activité sereine à faire avec ses enfants. Bref on voit plein de trucs utiles qui passent sur les boucles Telegram et si on a une question il y a vite plein de réponses qui arrivent. Merci à vous tous ! Et bonne continuation pour vos actions !